ROUSSEAU Paul [dit le père Rousseau] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Constance Bantman, Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Marchand de vins à Paris, anarchiste.

Paul Rousseau
Paul Rousseau
DR

Selon Léon Jamin, Paul Rousseau serait né à Neuville-au-Bois (Loiret). Mécanicien ajusteur, il aurait ensuite eu une fabrique d’outillage à Orléans avant de s’établir cabaretier à Paris.

C’est chez Rousseau, marchand de vins au 131, rue Saint-Martin, que dans les années 1880 se réunissaient divers groupes anarchistes, dont le groupe des menuisiers anarchistes de Paris.

C’est chez lui qu’aurait été rédigée la brochure A l’armée par Émile Digeon et par le jeune Émile Pouget, et que fut préparée la manifestation des sans-travail du 8 mars 1883. En 1889 le groupe des menuisiers anarchistes de Paris comprenait Lucien Guérineau, Meunier, Franchet, Matteigne, Dussud, Bertrand, Villaret, Dupret et Gatineau.

Clément Duval adressait généralement à Rousseau sa correspondance depuis le bagne de Guyane et ses demandes de soutien. Vers 1894, le mouchard Allmayer le dénonça aux autorités pénitentiaires, inventant de toutes pièces une correspondance chiffrée entre les deux hommes.

Dans une lettre adressée à Max Nettlau, datée du 4 novembre 1931, Lucien Guérineau, qui avait rencontré Émile Pouget vers 1882 chez le père Rousseau, décrivait ainsi le lieu : « Ce fut là que se réunit la première phalange des menuisiers anarchistes adhérents à la Chambre syndicale, d’abord avec Franchet, Jamin, Leveillé, Gros, Montant, puis après Tortelier, Cardeillac, Noiret, Bricout, puis encore Francis, Brunet, etc. qui firent paraître le journal La Varlope. Puis vinrent chez Rousseau des camarades de tous métiers, des cordonniers qui avec Riefelder [soit Antoine Rieffel ] éditèrent Le Tire-Pied. Pouget des employés, Duprat des tailleurs, Constant Martin, Pennelier clerc de notaire, des terrassiers, des coiffeurs, des garçons de café s’y réunirent. [...] C’était dans une vieille maison, un minuscule marchand de vins. A droite en entrant était un petit comptoir, et quelques tables à gauche et au fond formaient le rez-de-chaussée. A gauche, un minuscule escalier en colimaçon montait au premier étage, au milieu un billard qui servait de grande table, autour duquel on discutait surtout d’actions immédiates. »

Ce fut là aussi que naquirent les déménageurs à la cloche-de-bois (Dufour), ainsi que le Syndicat des hommes de peine (voir Louiche) et la Secte des pieds-plats (voir Octave Jahn), « des chômeurs, des sans-le-sou qui pour manger trouvaient des subterfuges pour obtenir du crédit chez les restaurateurs pendant une semaine ou un mois et disparaître ensuite ».

Selon Jean Grave, le père Rousseau fut la « victime » à plusieurs reprises des arnaques des pieds-plats.

Il cessa sans doute son activité dans les années 1890. Il était encore en vie en 1915, selon une lettre de Léon Jamin à Victorine Brocher. Il habitait alors 18 rue Nansouty à Paris 14e.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155324, notice ROUSSEAU Paul [dit le père Rousseau] [Dictionnaire des anarchistes] par Constance Bantman, Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 25 mars 2014, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Constance Bantman, Rolf Dupuy, Marianne Enckell

Paul Rousseau
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SOURCES : Léon Jamin, Petit-Pierre, histoire et souvenirs d’un apprenti, Paris, Niclaus, 1912. — Combat syndicaliste, 4 juin 1937 (Souvenirs de L. Guérineau) – J. Grave, Quarante ans de propagande..., op. cit. – Archives du bagne, série H, 1286 et 2204 — Lettre de Guérineau à M. Nettlau, 4 novembre 1931 (Fonds Nettlau, correspondance, IISG), citée par Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — Brocher Papers, IISG.

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