Né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 28 juillet 1862, mort à Paris le 21 février 1913 ; photographe puis dactylographe ; anarchiste puis socialiste.


Sous l’influence de sa mère, d’origine italienne et ardente socialiste, Angèle Taglioretti, Maurin adhéra dans sa jeunesse à un groupe de carbonari marseillais. Il fut attiré très vite par les doctrines anarchistes. En mai 1882, il fut arrêté à Rome. Relaxé, il revint à Marseille. Quelques mois plus tard, à la suite des manifestations de mineurs d’août 1882 à Montceau-les-Mines et des attentats à la bombe d’octobre 1882 à Lyon, il fut impliqué dans le « Procès des 66 » (voir Toussaint Bordat) qui s’ouvrit le 8 janvier 1883 devant le tribunal correctionnel de Lyon. Il fut condamné par défaut, le 19 janvier, à cinq ans de prison, 2 000 francs d’amende et cinq ans d’interdiction des droits civils.
En janvier 1884 il était déclaré insoumis. Réfugié à Genève, Maurin y séjourna jusqu’en 1886. Après l’amnistie de 1889, et ayant été réformé pour cataracte à l’oeil gauche, il s’installa à Grenoble. C’est alors qu’il prit le pseudonyme de Murmain et se fit photographe ambulant, ce qui lui permit de se livrer à une active propagande.
En 1890, il porta secours aux anarchistes incarcérés à la prison de Grenoble et fit, à cette occasion, la connaissance de Pierre Martin*, à qui il fit passer des livres. Ce dernier garda de Murmain le souvenir d’un « beau gaillard alerte, vif, vigoureux, sobre de paroles ».
En 1891, il fut à son tour condamné par la cour d’assises de Grenoble à six mois de prison pour incitation de soldats à la révolte. Son ménage fut alors brisé, et il commença à perdre la vue. En 1892, il partit à Paris faire soigner sa cécité menaçante à l’hôpital des Quinze-Vingts. En vain : il fut bientôt complètement aveugle. « C’est fait, je suis emmuré », écrivit-il alors à Pierre Martin. Aidé par sa compagne Eugénie, il se réadapta, apprit à utiliser la machine à écrire et se fit dactylographe.
Début septembre 1895 il revint brièvement à Marseille avec sa compagne où il participa à quelques réunions et prit la parole notamment aux cotés d’Octave Jahn* et d’Augustin Marcellin*. Il regagna ensuite Grenoble, dès la mi septembre semble-t-il. Il collabora à cette époque à Sur le trimard, la petite revue animée par Mécislas Golberg*.
Au début du XXe siècle, il collabora au Libertaire et à L’Éducation libertaire qui, de juin 1900 à avril 1902 fut la revue des Bibliothèques d’éducation libertaire dont les responsables étaient C. Papillon* et René Barué*.
Il écrivit pour L’Œuvre nouvelle de décembre 1903 et de janvier 1904 un article intitulé « L’évolution de l’anarchisme ». Il y évoqua le temps où Pierre Kropotkine* affirmait au procès des 66 : « Avant dix ans, la révolution sociale éclatera », et il commentait : « Cette déclaration de Kropotkine était considérée par beaucoup de compagnons comme trop réservée. J’étais de ceux qui croyaient à la subite, à l’immédiate catastrophe. Effet de jeunesse, dira-t-on. Ceux qui, à une rumeur lointaine au milieu de la nuit, couraient à leur fenêtre, pensant que c’était le peuple qui se révoltait, peuvent dire ce que fut notre espérance. »
Élie Murmain ne revint à Grenoble qu’en 1906, en pleine agitation syndicaliste révolutionnaire. Il entra vite en relations avec David* et Sorrel*, les leaders libertaires de la bourse du travail et, au printemps 1907, c’est lui qui conçut l’idée d’une université populaire que créa bientôt l’union des syndicats et qui devint vite un centre de propagande anarchiste. À l’époque, il collabora à la revue Les Cahiers de l’Université populaire, qui parurent de janvier 1906 à novembre 1907 et dont le rédacteur principal était Henri Dagan*.
Murmain participa à toutes les grandes luttes par la suite, et à la fin de l’année 1907 il était, malgré sa cécité, considéré comme un des éléments antimilitaristes les plus dangereux. Selon La Guerre sociale, il s’éloigna de l’anarchisme à l’époque, et adhéra à la fédération des Alpes du Parti socialiste.
Vers 1910, il revint s’installer à Paris où il fit partie de l’équipe de La Vie ouvrière. Sa réputation de probité lui valut d’être, au moins à deux reprises, sollicité comme membre d’un « jury d’honneur » devant juger d’une accusation de mouchardise. Il le fut dans l’affaire Adolf Reichmann, sujet autrichien accusé en mai 1910 d’être au service de la Sûreté roumaine, et dans l’affaire Dudragne*.
Le 12 septembre 1910, il fut désigné à la commission de réorganisation du Libertaire (voir Pierre Martin), qui réorienta l’hebdomadaire pour en faire un organe exclusivement anarchiste communiste et prosyndicaliste révolutionnaire.
Il mourut le vendredi 21 février 1913 et fut incinéré au columbarium du Père-Lachaise. Pierre Martin prononça une oraison funèbre et Henri Chapey* déclara qu’il avait perdu « un père, un père dans la belle acception du mot ». Une souscription fut lancée pour venir en aide à sa compagne.

SOURCES : CAC Fontainebleau 19940437/art337 (dossier Henry Combes) — Arch. Dép. Isère, 76 M I. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 1R1052. — La Guerre sociale du 8 juin 1910 et du 26 février 1913 — Le Libertaire du 1er mars 1913 — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France, op. cit. — Henri Chapey, Élie Murmain, préface de Robert Louzon, 1923 — René Bianco, « Cent ans de presse… », op. cit. — notes de Rolf Dupuy et de Thierry Bertrand.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Yves Lequin, notice complétée par Guillaume Davranche

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