Né le 10 mai 1876 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 10 octobre 1933 à Paris ; journaliste et écrivain ; Anarchiste, puis socialiste, communiste puis de nouveau socialiste. Fondateur de la Ligue internationale des combattants de la paix.

Victor Méric (1921)
Agence Meurisse.
Personnage fin, journaliste talentueux mais fantasque, Victor Méric eut durant toute sa carrière militante une solide réputation de dilettante. Il était surtout doté d’un fort sens de l’autodérision. Pour preuve, dans le numéro du 3 octobre 1908 des Hommes du jour, journal dont il était le principal rédacteur, il se laissa portraiturer par Miguel Almereyda, qui l’étrilla sans méchanceté : « Qu’est-il ? Quelles sont ses idées ? Est-il anarchiste comme il l’a cru lui-même un moment ? Ne l’est-il pas ? Est-il socialiste ? Est-il ceci ? Est-il cela ? À parler franc, il est difficile de le classer. Méric n’est ni un doctrinaire ni un homme de parti. Il n’est pas non plus un homme d’action. [...] Il s’est mis un grand nombre d’anarchistes à dos, parce qu’il n’a pu résister au plaisir de plaisanter leurs travers. Il n’est pas pris au sérieux par les socialistes, parce qu’il s’accommode mal du rituel et du charabia des groupes. Les uns le soupçonnent d’arrivisme. Les autres le prennent pour un farceur sans foi ni convictions. Les uns et les autre se trompent. Méric n’a pas la foi, mais il a des convictions. Il manque d’enthousiasme, voilà tout, et son esprit critique est trop développé — de sorte que des hommes et des théories, il voit, avant toute autre chose, les défauts et les faiblesses. »
Issu d’une famille républicaine, Victor Méric partit fut incorporé en mars 1895 au 7e régiment de génie. En avril 1896 il fut promu caporal, mais son indiscipline lui valut le conseil de guerre. Le 6 janvier 1897, pour « abandon de poste », il fut rétrogradé 2e sapeur mineur et écopa de deux mois de prison. Son certificat de bonne conduite lui fut par la suite refusé.
Grand lecteur de Vallès, Verlaine et Zo d’Axa, il se tourna vers l’anarchisme et s’engagea dans l’Affaire Dreyfus. Il collabora alors notamment au Libertaire, à La Tribune internationale puis au Journal du peuple de Sébastien Faure.
Dessinateur à l’hôtel de ville de Paris puis correcteur d’imprimerie, il fréquenta le milieu de la « petite bohème » dans le quartier de Buci — « la Bustoc » — à Paris 6e, qu’il décrivit longuement dans ses souvenirs (À travers la jungle politique et littéraire), la qualifiant de « cour des Miracles de la rive gauche ». Vers 1901, il fonda le groupe anarchiste La Jeunesse libertaire du 6e, très marqué par la « bohème » du quartier. Méric racontera plus tard qu’il y venait « des rapins chevelus, des ouvriers, des étudiants ». La police, qui le surveillait, le soupçonnait alors des pires turpitudes : proxénétisme, pédérastie et faux-monnayage...
Victor Méric fut en 1904 un des fondateurs de l’Association internationale antimilitariste où il rencontra notamment Gustave Hervé, Almereyda et Yvetot*. Inlassable propagandiste, il se lança dans un tour de France de la parole et ne cessa de faire campagne pour l’antimilitarisme le plus intransigeant. Tout en refusant de la signer, il participa, semble-t-il, à la rédaction de la fameuse « affiche rouge » placardée sur les murs de Paris en octobre 1905, et qui entraîna un retentissant procès (voir Roger Sadrin).
En décembre 1906 il fut, avec Gustave Hervé, un des fondateurs de La Guerre sociale. C’est sous l’influence d’Hervé que Méric adhéra au PS, dans la tendance insurrectionnelle. Il milita à la IVe section de la Fédération parisienne à majorité hervéiste et à minorité guesdiste, où il rencontra Graziani, Madeleine Pelletier, Aristide Jobert et Raymond Escholier. Il fut par la suite délégué aux congrès PS de Toulouse (1908), Nîmes (février 1910, où il s’éleva contre le projet de loi sur les retraites ouvrières), Paris (juillet 1910) et Strasbourg (février 1920).
En janvier 1908 il lança, avec Henri Fabre, Les Hommes du jour, une revue mi-politique, mi-satirique, appelée à un succès durable. La virulence de la plume de Victor Méric, qui signait Lux ou Flax, lui valut deux séjours en prison. Le 26 septembre 1908, il passa en procès aux assises avec Aristide Delannoy* pour la publication en couverture des Hommes du jour d’une caricature du général d’Amade — protagoniste d’une expédition coloniale au Maroc — en boucher au tablier sanglant. Tous deux furent condamnés à un an de prison et 3 000 francs d’amende. Il fut écroué le 12 novembre 1908 au quartier politique — où il retrouva Almereyda, Merle, Hervé et Marchal —, ce qui lui permit de continuer à écrire.
À cette époque, Victor Méric ne faisait pas mystère de sa judéophobie. On le mesure au portrait de Drumont qu’il rédigea en 1908 pour Les Hommes du jour, où il regrettait que Drumont soit un personnage aussi détestable et l’antisémitisme une idéologie aussi caricaturale, car l’un et l’autre empêchaient, selon lui, une véritable critique contre « les Juifs ». En fait, Méric était un déçu du dreyfusisme. Comme beaucoup de révolutionnaires, il jugeait que le capital était essentiellement détenu par deux fractions en état d’alliance conflictuelle, l’une juive, l’autre catholique, et que l’Affaire Dreyfus avait donné durablement l’avantage à la fraction juive, ce qui autorisait à « renoncer à “bouffer du curé” et à tâter un peu du “youpin” », comme il devait l’expliquer dans La Guerre sociale du 5 avril 1911.
En février-mars 1909, il collabora à l’éphémère quotidien de Pouget, La Révolution. Le 26 avril 1909, il fut de nouveau condamné, pour un article, à 6 semaines de prison et 100 francs d’amende. Il fut placé en liberté conditionnelle le 18 août 1909.
En 1909-1910, il défendit entre autres causes celles de Francisco Ferrer et de Liabeuf, jeune ouvrier condamné à mort.
En 1910, il publia une petite brochure aux forts relents blanquistes, Comment on fera la révolution, sorte de réponse au Comment nous ferons la révolution de Pouget et Pataud, où il affirmait la nécessité d’une dictature révolutionnaire transitoire : « Seule la violence aura pu nous donner une victoire momentanée, seule la Terreur pourra nous conserver cette victoire... Il ne faudra pas craindre d’être féroces ! Nous parlerons de justice, de bonté et de liberté après. » Cela lui valut d’être attaqué par les anarchistes.
En juin 1910, après avoir rompu avec Les Hommes du jour, il lança, avec les socialistes André Morizet et Maurice Allard, le petit hebdomadaire La Barricade, de tendance antiparlementaire. La Barricade parut de juin à octobre 1910, puis Méric revint aux Hommes du jour. Une nouvelle parution eut lieu de juin à octobre 1913.
La conférence antimaçonnique et antisémite organisée le 3 avril 1911 par Émile Janvion semble l’avoir définitivement « guéri à jamais de l’erreur antisémitique » comme il l’expliqua dans La Guerre sociale du 5 avril. Il écrivit alors que, s’il détestait les capitalistes juifs, il n’avait jamais voulu être confondu avec les cléricaux réactionnaires.
En 1912, à l’occasion des élections municipales, Victor Méric renonça à l’anti-électoralisme et appela, dans Les Hommes du jour, à voter pour la SFIO. Quelques jours plus tard, il cosigna le manifeste paru dans La Guerre sociale du 8 mai 1912 contre « les ravages de l’abstentionnisme et de l’antiparlementarisme anarchiste au sein de la CGT ».
Victor Méric s’était alors, en suivant le cours de l’hervéisme, complètement détaché de l’anarchisme, même s’il garda longtemps des amitiés dans le mouvement — notamment celle de Sébastien Faure. Pacifiste pendant la Première Guerre mondiale, il fut brièvement un des dirigeants du Parti communiste, en fut exclu en 1923 et participa à l’Union socialiste communiste. En 1931, il cofonda la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) ainsi que le journal La Patrie humaine, organe du pacifisme intégral dans lequel devaient s’exprimer un certain nombre d’anarchistes — Sébastien Faure, Louis Loréal*, Mualdès*, Rothen*, Leretour*, Alphonse Barbé*...
À ses obsèques, en 1933, Sébastien Faure prononça son oraison funèbre. Il avait, pour L’Encyclopédie anarchiste de ce dernier, contribué à l’article sur la Révolution française. Selon la nécrologie que lui consacra L’Œil de Paris à sa mort, Victor Méric aurait également été le « nègre » de Michel Zévaco* : « Plusieurs des “Pardaillan” sont entièrement de sa main. »
Pour le détail de l’itinéraire de Victor Méric après 1906, consulter le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

ŒUVRE : Lettre à un conscrit, Paris, Publications de l’AIA, 1904, 8 p. — Le Bétail, pièce antimilitariste en un acte, préface de Charles Malato, Paris, Éd. de l’Internationale, 22 p. — Les Hommes de la révolution : Marat (vol. I), Camille Desmoulins (vol. II), Gracchus Babeuf (vol. III), Paris, Librairie du progrès, 1907 — Opinions subversives de M. Clemenceau, chef de gouvernement, recueillies et annotées par Victor Méric, Paris, La Guerre sociale, s.d. — Comment on fera la révolution ?, Paris, Petite bibliothèque des Hommes du jour, 1910 — Émile Zola, Paris, Éd. des portraits d’hier, 1909, 32 p. — Les Bandits tragiques, Paris, Simon Kra, 1926 — Le Crime des vieux, roman, Éd. de France, 1929 — La Der des der, Éd. de France, 1929 — Les Compagnons de l’escopette (roman de sac et de corde), Éd. de l’Épi, 1930 — À travers la jungle politique et littéraire, Paris, Librairie Valois, 1930 — Coulisses et tréteaux (À travers la jungle politique et littéraire, deuxième série), Paris, Librairie Valois, 1931 — La guerre aux civils (Discours prononcé au cours de la croisade de la paix organisée par la Ligue internationale des combattants de la paix), Paris, Éd. de la Patrie humaine, 1932 — Fraîche et gazeuse (la guerre qui revient), Paris, Éd. Sirius, 1932 — La véritable révolution sociale (avec Sébastien Faure, L. Barbedette, Voline), Paris, Éd. de l’Encyclopédie, 1933.

SOURCES : Arch. Nat. F 7/13324. — Arch. PPo., Ba 1777. — Bibliothèque nationale : fonds de lettres reçues : NAF 15900, ff 1-63 ; correspondance Jean-Richard Bloch, notamment volumes XIII (Capy), XXXII (Méric), XXXVIII (Pioch) — L’Anarchie du 28 avril 1910 — La Guerre sociale du 5 avril 1911 et du 8 mai 1912 — nombreux articles des Hommes du jour et de La Barricade où Victor Méric parle de lui — Victor Méric, « Vieilles choses, vieilles histoires, souvenirs d’un militant », in La Nouvelle Revue socialiste, n° 1, 2, 8, 9, 10, 14, 15, 17, 1926-1927 — Victor Méric, sa vie, son œuvre par ses amis, Éditions de la Patrie Humaine, 1934, 28 p. — Josephson (ed.), Biographical dictionary of modern peace leaders, Greenwood Press, 1985. — Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, op. cit. — Christophe Prochasson, Place et rôle des intellectuels dans le mouvement socialiste français, 1900-1920, Thèse, Paris I, 1989 — Gilles Heuré, Gustave Hervé, itinéraire d’un provocateur, La Découverte, 1997 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014 — note de Thierry Bertrand.

Michel Dreyfus, Nicolas Offenstadt, notice revue par Guillaume Davranche

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