DONIO Martine [Dictionnaire des anarchistes]

Par Théo Roumier

Née au Mans le 7 décembre 1952 ; factrice ; communiste libertaire et syndicaliste.

Ouvrier agricole avant-guerre dans la Sarthe, le père de Martine Donio travailla par la suite aux usines Renault du Mans. Se déclarant gaulliste, il se syndiqua néanmoins, d’abord à la CGT puis à la CFDT. Quant à sa mère, sans être encartée, Martine Donio dit d’elle qu’elle était une « militante à sa manière », s’attachant à des « gestes de solidarité concrète » dans le quartier fortement marqué par l’influence du PC et de la CGT où ils habitaient.

Benjamine d’une famille de neuf enfants, Martine Donio fit sa scolarité dans une « école de bonnes sœurs » et envisageait tout à fait à l’époque d’être missionnaire. Malgré cela, sous l’uniforme (bleu marine obligatoire et manteau écossais), elle garde le souvenir de différences de classes persistantes.

En mai 1968, âgée de 15 ans, Martine Donio était en classe de seconde, son père était en grève et son usine occupée. Elle s’y rendit pour lui rendre visite à plusieurs reprises. Son premier engagement fut alors de rejoindre les rangs de la Jeunesse ouvrière chrétienne, la JOC, dont elle fut responsable nationale. Sensible aux valeurs de solidarité, Martine Donio y a vu une « excellente école ouvrière ».

En 1971, au terme de ces études secondaires, elle souhaitait entamer un cursus de philosophie à l’Université de Brest mais dut se rabattre sur la faculté de Lettres du Mans. Elle y rencontra notamment des militants du PSU, tout en restant membre de la JOC. Rapidement cependant elle dut travailler et trouva à s’embaucher dans une usine d’emballage de viande. Elle s’exila par la suite en région parisienne où elle fut d’abord surveillante d’internat au collège privé Notre-Dame Les Oiseaux à Verneuil-sur-Seine dans les Yvelines. Elle y assurait également le cours de français pour les classes de troisième.

Inscrite en Philosophie à Nanterre à la rentrée 1972, Martine Donio continua à dispenser des heures de cours, dans l’enseignement public cette fois. Elle réussit néanmoins à obtenir sa Licence de Philosophie. Mais, assez vite, elle se retrouva « triquarde » dans l’académie de Versailles du fait de son militantisme. Privée d’emploi, elle rejoignit en 1975 les comités de chômeurs de la JOC.

L’ANPE lui conseilla alors de passer les concours d’entrée à la Poste. Elle obtint celui de facteur en 1976. Elle fut nommée au bureau de Paris 18. Ce « bureau disciplinaire, plein de fortes têtes » était alors « tenu » par la CGT. Ce fut d’ailleurs un facteur CGT qui « forma » Martine Donio. Mais ce fut à la CFDT qu’elle adhéra. N’étant alors plus à la JOC, Martine Donio fut approchée par un militant de Lutte ouvrière, également membre de la CFDT : « un meeting [lui] suffit » pour s’en éloigner.

Elle s’investit pleinement dans l’activité syndicale où se distinguaient les militants d’une toute jeune organisation, l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), représentée dans son bureau par un « baba cool chevelu en chemise mauve ». Ce fut la découverte d’un courant libertaire « ancré dans les luttes », dont « l’aspect anti-autoritaire » rencontrait ses préoccupations. Elle y milita alors aux côtés de Thierry Renard , Patrice Spadoni et Patrick Velard au sein du secteur PTT, le plus dynamique de l’UTCL. Afin d’éviter le mélange des genres entre militantismes syndical et politique Martine Donio allait diffuser le Postier affranchi aux portes d’autres établissements que le sien. Les réunions du « PA » se déroulaient à son domicile parisien, et elle se souvient d’une « fraternité de pensée », de « moments fabuleux » comme de « vrais débats politiques » avec Daniel Guérin au sein de l’UTCL.

Elle inscrivit son militantisme dans les bureaux de poste parisiens où la gauche syndicale CFDT, animée notamment par des militants d’extrême gauche, était très active. Elle fut par exemple l’une des premières signataires de « l’appel de syndicalistes des services postaux de Paris » à un 1er mai unitaire en 1980.

Cet appel se traduisit par une manifestation de près de 10 000 participants où défilaient en tête les syndicalistes postiers parisiens et où le service d’ordre était assuré par la LCR et l’UTCL.

Dans les années 1980, Martine Donio devint secrétaire du syndicat des « Postaux de Paris », les POP. Elle travailla notamment à intégrer la dynamique féministe à la lutte syndicale, ce qui se traduisit par une commission femmes montée au sein du syndicat, mais aussi par des actions de « crèches collectives ».

En novembre 1988, elle fut une des premières suspendues de ses fonctions au sein de la CFDT par la direction de la fédération des PTT.

Elle s’impliqua tête baissée dans la création de SUD PTT qu’elle allait par la suite contribuer à développer en province, suite à sa mutation à Clermont-Ferrand en 1994. Ce choix militant devait s’accompagner d’un retrait du militantisme politique même si Martine Donio resta adhérente d’Alternative libertaire, organisation dont elle fut l’une des cofondatrices.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155266, notice DONIO Martine [Dictionnaire des anarchistes] par Théo Roumier, version mise en ligne le 16 avril 2014, dernière modification le 12 juillet 2017.

Par Théo Roumier

SOURCES : Archives UTCL — Archives interfédérales CFDT, F3C, 20T136 et 20T137 ; Fonds Szechter conservé au CHT de Nantes, SZE 3 et SZE 4 — témoignage de Martine Donio du 12 mai 2009 — Entretien avec Patrice Spadoni du 15 juillet 2010 — Annick Coupé, Anne Marchand, Syndicalement incorrect. SUD-PTT, une aventure collective, Syllepse, 1999 — Thibault Dufour et Patrice Spadoni, SUD 20 ans, DVD, 2009 — Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991), Alternative libertaire, 2013.

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