CAVANHIÉ René, Henri [dit Cavan] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy

Né le 25 mars 1922 à Decazeville (Aveyron), mort en 1996 ; anarchiste.

En 1942, René Cavanhié passa à la clandestinité et organisa une filière de passage en Espagne pour rejoindre Londres. Il créa ensuite un groupe autonome de résistance dans le Lot. Après une courte adhésion aux Mouvements unis de la résistance (MUR), dont le contact fut perdu suite à un raid allemand sur Figeac, son groupe adhéra fin 1942 ou début 1943 aux Francs-Tireurs Partisans (FTP). En représailles, sa maison de Leymes (Lot) fut incendiée par une colonne SS.

Sur cette période, René Cavanhié devait raconter, quarante ans plus tard : « Nous sommes à Saint-Céré, en 1944, dans le Lot. La résistance recherche un petit libraire de la ville, chefaillon de la Milice en fuite. Chou blanc : Pierre Poujade a disparu. On en reparlera dix ans plus tard. »

Puis René Cavanhié démissionna de la Résistance « officielle » lorsqu’on parla de militariser les groupes. À ce propos il devait encore évoquer ce souvenir : « Pour marquer son pouvoir dans la France occupée par les nazis, la Résistance organise une grande cérémonie en plein jour, en pleine ville... Et les maquis défilent au milieu de la foule qui applaudit... Les maquisards sont jeunes. Leur armement est disparate. Les défroques civilo-militaires n’évoquent en rien un défilé du 14 juillet... La foule ricane gentiment. Soudain, le silence. Puis, dans un brouhaha étonné, on entend le martellement des talons d’une troupe entraînée. Apparaissent des maquisards vêtus du même uniforme impeccable. Les armes sont tenus réglementairement. La cadence et les alignements feraient la joie d’un vieil adjudant... Ce ne sont plus des gamins qui défilent, mais des hommes de 30 à 40 ans... J’entends autour de moi "ça ce sont des soldats", "enfin des militaires". Un commandement sec, et la colonne s’arrête comme un seul homme. Je regarde "l’officier" qui donne des ordres : il mesure 1,50 mètre environ. J’en ai déjà entendu parler. Tout s’éclaire : ces parfaits militaires sont des anti-militaristes de la CNT-FAI. Ils ont tous participé à la guerre d’Espagne. J’apprendrai que l’état-major des FTP les jette dans tous les coups durs. Parce qu’ils sont les plus aguerris et, de loin, les meilleurs combattants des maquis ? Pour se débarasser de militants anarchistes ? Va savoir. »

Adhérent à la Fédération anarchiste (FA) dès sa reconstruction en 1945 et membre de la commission d’autodéfense, René Cavanhié habitait à Vincennes et figurait sur la liste des anarchistes dont le domicile était surveillé par la police. Il était, en 1949, secrétaire aux relations internationales et, à ce titre, participa au congrès international de Paris, du 11 au 19 novembre 1949. Membre de la Commission de relations internationales anarchistes (CRIA) il collaborait au Libertaire sous le pseudonyme de Cavan.

Il a collabora ultérieurement à Liberté de Louis Lecoin et, dans les années 1970, au Réfractaire de May Picqueray.

Auteur de Poèmes et chansons anarchistes, Cavanhié obtint, en 1974 un prix littéraire international. Il fut également l’auteur, sous le nom de Cavan, du roman Révolution au paradis.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155258, notice CAVANHIÉ René, Henri [dit Cavan] [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 13 avril 2014, dernière modification le 22 mai 2014.

Par Rolf Dupuy

ŒUVRE : (sous le nom de Cavan), Révolution au Paradis, Paris, Scorpion, 1958 — Poèmes et chansons anarchistes, Juvignac, éd. Liberté, s.d. (rééd. Culture et liberté, préface de Léo Campion*, 1983).

SOURCES : Bulletin du CIRA, Marseille, n°23-25, 1985 (témoignage de René Cavanhié) — Arch. PPo BA/1900, rapport du 1er février 1949 — Georges Fontenis, Changer le monde, Alternative libertaire, 2008 — Notes de Guillaume Davranche.

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