Né le 6 janvier 1954 à Akbou (Algérie) ; cheminot ; syndicaliste et communiste libertaire.

Henri Célié (2006)
Archives d’AL
Lycéen, Henri Célié fut engagé dans le mouvement écologiste Survivre et Vivre jusqu’à son auto-dissolution en 1971. La même année, il fut renvoyé du lycée, avant d’avoir passé le baccalauréat, pour avoir animé une grève.
Il exerça alors différentes activités, y compris en entreprise routière, puis entra à la SNCF comme agent de bureau à Villeneuve-Saint-Georges en février 1973. Il milita alors au cercle Front libertaire (CFL) local, puis fut intégré au sein de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA).
Avec entre autres Claude Beaugrand et Serge Torrano, il publia le bulletin de boîte Le Rail enchaîné (1973-1976) et co-réalisa plusieurs numéros du tract Rail Enchaîné-Écho des luttes (au moins 8 numéros) parus à l’occasion de grèves dans les dépôts, en particulier en 1974. Il participa sans doute également à l’élaboration du tract « Vivre dans un foyer SNCF, c’est être anormal » publié en avril 1973 comme supplément au journal local de contre-information Canard du Val-de-Marne auquel participaient des militants de l’ORA.
Dès septembre 1973, il se syndiqua à la CFDT puis, à partir de 1974, il fut élu au bureau de l’union locale CFDT, chargé du soutien à la création des journaux de sections syndicales. Aux élections professionnelles de 1975, il fut élu et siégea au comité mixte d’établissement du triage de Villeneuve-Saint-Georges.
À l’époque, il rejoignit la tendance Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) qui, au sein de l’ORA voulait concentrer l’action révolutionnaire dans les entreprises et le syndicalisme. En avril 1976, au congrès d’Orléans de l’ORA, la tendance UTCL fut exclue, et Henri Célié participa dès lors (avec, entre autres, Thierry Renard et Patrice Spadoni) à la construction de cette organisation, écrivant des articles pour son journal Tout le pouvoir aux travailleurs puis, à partir de mai 1982, Lutter ! En 1979-1980, il devait animer, avec Michel Desmars, le bulletin de boîte Cheminot en lutte.
À partir de 1977, il entra au bureau du syndicat des cheminots CFDT de Villeneuve ainsi qu’au comité départemental de l’UD-CFDT du Val-de-Marne, considérée comme « anarcho-syndicaliste ». Suite aux élections professionnelles du 12 février 1981, il siégea au titre de la CFDT au comité mixte professionnel (CMPTC).
Lors de l’expérience des 324 comités d’entreprise à la SNCF (1984-1985), il fut secrétaire adjoint du CE Exploitation de Villeneuve-Saint-Georges où la CFDT était majoritaire. Il était alors membre d’une commission confédérale sur les transports de matières dangereuses et le CE de Villeneuve avait eu recours à des expertises sur la radioactivité des wagons transporteurs. Il fut élu secrétaire général de l’UPR-CFDT de Paris-Sud-Est en 1982 et il demeura à cette responsabilité jusqu’en 1986.
Lors du congrès de Lamoura des 13-16 octobre 1986, Henri Célié fut élu au bureau de la fédération CFDT des cheminots. Quelques semaines plus tard, démarrait la grande grève des cheminots de l’hiver 1986.
À cette occasion, Henri Célié et la majorité du bureau fédéral de la CFDT-cheminots défendirent l’auto-organisation des travailleurs, la souveraineté des assemblées générales, et cette nouveauté que constituait l’apparition de coordinations de grévistes. En revanche, ils contestèrent la légitimité de la Coordination nationale intercatégories (CNI), vue comme une manipulation de Lutte ouvrière. Un militant de LO, Daniel Vitry, représenta quelque temps la fédération CFDT-Cheminots à la CNI. Puis, quand ses camarades du bureau fédéral lui demandèrent de cesser, il continua tout de même et l’ensemble du bureau fédéral, dont Henri Célié, décida de le démettre de son mandat fédéral. Cela déclencha une violente polémique de LO contre l’UTCL et la LCR. « Mais il n’était pas question d’entretenir la confusion au nom d’on ne sait quel copinage d’extrême gauche, concluait Henri Célié vingt ans plus tard. Le camarade en question a eu à choisir entre ses responsabilités syndicales et son obéissance à la direction de LO, et il a choisi. »
L’année suivante, Henri Célié devint permanent syndical et fut également chargé, au sein du secrétariat, de la formation syndicale et du journal Le Cheminot de France. Il participa à tous les congrès fédéraux CFDT de 1976 à 1993, ainsi qu’à tous les congrès confédéraux CFDT de 1976 à 1982.
Lors du congrès de 1982 à Metz, il participa, avec Michel Desmars, à la mise en place du « forum » des syndicats CFDT oppositionnels à la ligne confédérale, et y participa régulièrement jusqu’à 1995 au titre de l’UD Val-de-Marne. Durant cette période, il participa également aux revues de réflexion sur l’alternative syndicale Résister puis, à partir de 1987, Collectif.
En 1990, Henri Célié fut un des signataires de l’Appel pour une alternative libertaire, qui prétendait opérer un aggiornamento des forces communistes libertaires éparpillées dans différentes organisations. En juin 1991, il fut un des fondateurs d’Alternative libertaire, l’organisation issue de cet appel.
En Décembre 95, Henri Célié fut un des animateurs de la grande grève des cheminots, puis un des protagonistes de la rupture avec la CFDT (avec Christian Mahieux notamment, autre cheminot de l’UTCL). Il fut membre du bureau provisoire de SUD-Rail en janvier 1996. Au premier congrès de SUD-Rail en 1997, à Lyon, il présenta le rapport d’activités et fut élu au bureau fédéral. Il siégea également au conseil national de l’union syndicale dite « Groupe des Dix » – regroupant notamment les syndicats SUD – avant de devenir membre du bureau national de l’union syndicale Solidaires en 1999, où il s’occupa d’action juridique et de formation syndicale. Il quitta Alternative libertaire à la même époque.
Agent mouvement voyageurs (AMV) au triage de Villeneuve, Henri Célié fut chargé de l’encadrement des « emplois-jeunes », de 2000 à 2003. À cette date, il fut muté au triage de Saint-Jory, près de Toulouse (Haute-Garonne). Il quitta alors ses fonctions au bureau fédéral de SUD-Rail et au bureau de Solidaires.
Aux élections pour le conseil d’administration de la SNCF en 2003, il fut 2e sur la liste de SUD-Rail qui obtint 13,40 % des voix et un élu. À mi-mandat, il remplaça Joëlle Pierré et représenta SUD au CA de la SNCF à partir d’octobre 2005. Il était alors membre d’Attac et de son groupe de travail Transports.

SOURCES : Témoignage d’Henri Célié, 2006. — Arch. CFDT. — Le Monde, 27 janvier 1996. — Le Fer peinard n°1, 1996 (supplément). — Jean-Michel Dauvel, Décembre 1986 : Les coordinations de grévistes ouvrent une ère nouvelle, Alternative libertaire de décembre 2006. — Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991), Alternative libertaire, 2013.

Michel Gorand, Rolf Dupuy, Guillaume Davranche

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