Né le 5 octobre 1839 à Claye-Souilly (Seine-et-Oise), fusillé à Paris le 28 mai 1871 ; ouvrier relieur ; socialiste, syndicaliste et coopérateur ; un des dirigeants de l’AIT en France ; membre de la minorité anti-autoritaire de la Commune de Paris.

Si Eugène Varlin ne peut être considéré comme anarchiste stricto sensu, le mouvement anarchiste se réclame communément de ce militant précurseur du syndicalisme révolutionnaire, proche de Bakounine au sein de la Première Internationale, et membre de la minorité anti-autoritaire de la Commune de Paris.
Ouvrier relieur très instruit, Eugène Varlin participa dès 1857 à la fondation de la Société civile des relieurs, une société de secours mutuels associant patrons et ouvriers. Il habitait alors 33, rue Dauphine, à Paris VIe.
En août 1864, il participa à la grève victorieuse des relieurs. Une deuxième grève se produisit en 1865, qui échoua. Exclu de la société mixte patrons-ouvriers, Varlin aida à la création de la Société d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs, dont il fut élu président. Partisan de l’égalité des sexes, chose rare à l’époque, Varlin imposa la présence de la future communarde Nathalie Le Mel au sein du conseil d’administration.
L’année précédente avait été créée l’Association internationale des travailleurs (AIT). Le premier bureau parisien s’installa en janvier 1865, 44, rue des Gravilliers, à Paris 3e. Varlin y adhéra (carte n° 256) et entre à la commission administrative. Du 25 au 29 septembre 1865, il assista à Londres à la conférence de l’AIT, où il fit la connaissance de Marx.
Du 3 au 8 septembre 1866 Varlin fut délégué au Ier congrès de l’AIT à Genève. Il s’y trouva en minorité dans la délégation parisienne en défendant le droit au travail des femmes, et l’instruction publique obligatoire des enfants (au lieu de l’éducation par les mères).
En cette année 1868 commencèrent les poursuites contre l’AIT. En mars, Eugène Varlin devint un des trois secrétaires de la section parisienne, où les collectivistes prenaient l’avantage sur les proudhoniens. En 24 juin, plusieurs responsables de la section furent condamnés à trois mois de prison et à 100 francs d’amende. Varlin, écroué en juillet, ne put participer au congrès de Bruxelles de l’AIT.
À sa sortie de prison, en octobre, Varlin s’attela à la reconstruction de l’AIT en France. L’année 1869 fut fertile en grèves, et il s’en fit le promoteur, y voyant « l’organisation des forces révolutionnaires du travail » (L’Égalité du 20 novembre 1869). La grève, pour Varlib devait être autant une école de lutte qu’un moyen d’améliorer la condition ouvrière. Le syndicalisme révolutionnaire reprendra cette idée.
L’année 1869 fut aussi une année d’élections. Malgré l’opposition des « abstentionnistes, proudhoniens enragés », écrivit-il à Aubry le 8 janvier, Varlin présenta, en compagnie de 19 membres de l’AIT, un programme d’inspiration républicaine et socialiste aux élections générales de mai.
Délégué au IVe congrès de l’AIT à Bâle, en septembre 1869, une majorité collectiviste s’affirma. Hostile à l’étatisme, partisan de l’auto-organisation des travailleurs, Varlin rejoignit alors, pendant quelque temps, le courant animé par Michel Bakounine*, sans adhérer à toutes ses vues.
Dans Le Commerce du 19 septembre il écrivit : « Les sociétés corporatives (résistance, solidarité, syndicat) […] forment les éléments naturels de l’édifice social de l’avenir ; ce sont elles qui pourront facilement se transformer en associations de producteurs ; ce sont elles qui pourront mettre en œuvre l’outillage social et organiser la production. » Là encore, l’idée sera développée par Fernand Pelloutier*.
Durant le premier semestre 1870, Varlin parcourut le pays aider à créer des sections de l’AIT. Une nouvelle vague de répression le contraint à se réfugier en Belgique.
Rentré en France au lendemain de la proclamation de la République, en septembre 1870, il devint commandant du 193e bataillon de la Garde nationale et entra au Comité central provisoire des vingt arrondissements de Paris avec 6 autres membres de l’AIT. Il cosigna la circulaire aux sections de province de l’AIT, qui déclarait : « Paris assiégé par le roi de Prusse, c’est la civilisation, c’est la révolution en péril. Nous voulons défendre Paris à outrance [...]. Notre révolution à nous n’est pas encore faite, et nous la ferons lorsque, débarrassés de l’invasion, nous jetterons révolutionnairement les fondements de la société égalitaire que nous voulons. »
Après le 18 mars 1871, Varlin fut élu par les 17e, 12e et 6e arrondissements pour siéger à la Commune. Varlin choisit de représenter le 6e et participa à la commission des Finances, passa aux Subsistances puis à l’Intendance.
Le 1er mai, il fit partie de la minorité anti-autoritaire du conseil de la Commune qui s’opposa à la création du comité de Salut public. Le 15 mai, il cosigna la déclaration accusant la Commune de Paris d’avoir « abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public. »
Au cours de la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871, Varlin se battit sur les barricades jusqu’au dernier jour. Il tenta vainement de s’opposer au massacre des otages. Le dimanche 28, alors qu’il errait rue Lafayette, il fut dénoncé et arrêté. Conduit rue des Rosiers – aujourd’hui rue du Chevalier-de-la-Barre – il fut adossé à un mur. Avant d’être fusillé, il cria : « Vive la République ! Vive la Commune ! »
Pour une notice détaillée sur Eugène Varlin, consulter le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

SOURCES PARCELLAIRES : La Vie ouvrière du 5 mai 1913, numéro spécial consacré à E. Varlin. — Michel Cordillot, Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné, Éditions ouvrières, 1991 — « Eugène Varlin », Itinéraire, 1993.

Jean Maitron, révisé par Michel Cordillot. Adaptation par Guillaume Davranche.

Version imprimable de cet article Version imprimable