MALON Benoît [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron et Justinien Raymond, notice résumée par Marianne Enckell

Né le 23 juin 1841 à Précieux (Loire), mort à Asnières (Seine) le 13 septembre 1893 ; ouvrier teinturier, puis commis-libraire, journaliste et écrivain ; un des fondateurs de l’Internationale ; membre de la Commune ; coopérateur ; franc-maçon.

Fils de pauvres journaliers, Benoît Malon gagnait déjà sa vie à 7 ans comme gardien de dindons. Il fréquenta l’école durant quelques mois et fut le meilleur de sa classe. Ayant tiré un bon numéro, il fut exempté du service militaire et, en septembre 1863, il arrivait dans la région parisienne et trouvait à s’embaucher dans une teinturerie à Puteaux. Il allait dès lors pousser très loin sa culture et jouer un grand rôle dans le mouvement ouvrier de son temps.
Militant de l’Internationale, Malon fit partie de la délégation de onze membres envoyée par le bureau de Paris pour assister au 1er congrès de l’AIT tenu à Genève du 3 au 8 septembre 1866.
Durant les années 1869-1870, il apparaît comme une sorte de “commis voyageur” de l’Internationale, fondant des sections, ou les renforçant dans le Nord et dans le Centre. Le 18 mars, il représenta la section de Puteaux à la réunion où fut élaboré le projet de statuts de la Fédération parisienne de l’Internationale. Le Troisième procès de l’Internationale, le 8 juillet 1870, le condamna à un an de prison, 100 f d’amende, quatre mois de contrainte par corps le cas échéant, et un an de privation des droits civiques. Ce même mois, Malon signa, comme membre de la section des Batignolles, le manifeste contre la guerre adressé aux travailleurs de tous les pays. Il fut libéré le 5 septembre par la proclamation de la République survenue la veille. Adjoint au maire du XVIIe arr. parisien, en novembre 1870, il fut chargé des services d’assistance, avec Varlin*. Il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer “la trahison” du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : “Place au peuple ! Place à la Commune !”
Le 26 mars, il était élu membre de la Commune par les habitants du XVIIe arr. Il appartint à la commission du Travail et de l’Échange et à la Commission chargée de définir les attributions du Comité central. Il fut l’auteur, le 24 avril, d’un projet de décret sur la réquisition des logements. Il vota contre le comité de Salut public et adhéra à la déclaration de la minorité le 16 mai : “La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public”.
Avec Jaclard, il organisa la défense des Batignolles, le 22 mai et, le lendemain, fut sauvé par Ferdinand Buisson et sa mère qui le cachèrent. Vers le 15 juillet, il passa en Suisse. Par contumace, le 6e conseil de guerre le condamna, le 30 novembre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.
Peu après son arrivée en Suisse, Malon adhéra à la Section centrale de Genève, de tendance marxiste. C’est alors qu’il écrivit son ouvrage La Troisième Défaite du prolétariat français. Le 12 novembre, avec Gustave Lefrançais*, B. Malon assistait au Congrès constitutif de la Fédération jurassienne, sans toutefois que l’un ou l’autre eussent été délégués. Ils s’étaient joints, à titre individuel, à Guesde* et Joukovsky* qui représentaient la Section de propagande et d’action révolutionnaire de Genève. Jusqu’alors, Malon s’était efforcé d’éviter la rupture avec le Conseil général de Londres et avait joué un rôle conciliateur. Mais il lui fut demandé, ainsi qu’à Lefrançais, Perrare* et Ostyn*, membres comme lui de la Section centrale, de choisir entre celle-ci et la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève, qui faisait partie de la Fédération jurassienne. Ils optèrent pour la Fédération jurassienne.
Malon quitta Genève en février 1872 et s’installa à Neuchâtel où il reprit son ancien métier de vannier auprès de Gaffiot. Le 19 mai, il représentait la section de Neuchâtel au congrès de la Fédération jurassienne au Locle. Vers la mi-juin, il quitta Neuchâtel et alla rejoindre sa compagne André Léo. Malon vécut alors tantôt à Milan, sous le nom de Bréa (nom de jeune fille de Mme André Léo), tantôt à Lugano. Arrêté à Milan le 5 janvier 1876, il fut conduit à la frontière suisse et se fixa alors à Lugano où André Léo vint le retrouver. Mais vers mars 1878, celle-ci écrivit que leur union, rompue depuis longtemps, allait se dénouer par “une séparation de fait”. André Léo retourna à Milan retrouver son fils André.
Malon avait été mis en accusation au congrès de La Haye, en septembre 1872, et proposé pour l’exclusion en raison, disaient certains marxistes, “d’agissements ayant pour but la désorganisation de la Société internationale des travailleurs”. Le congrès ne suivit pas l’accusation et, seuls, Bakounine* et J. Guillaume* furent exclus.
La collaboration de Malon avec les Jurassiens se traduisit par des articles dans le Bulletin de la Fédération jurassienne et dans l’Almanach du Peuple pour 1872, 1873, 1874. Puis une polémique au sujet de l’État surgit en mars 1876 et, écrit J. Guillaume (op. cit., t. IV, p. 17), “à partir de ce moment, d’ennemi sournois qu’il avait été, il fut notre ennemi déclaré”. Malon se rapprocha alors de Guesde et collabora à son hebdomadaire l’Égalité, 1re et 2e séries, novembre 1877-juillet 1878 et janvier-août 1880. Rentré en France après l’amnistie, il adhéra au Parti ouvrier français. (Pour cette période et les sources, voir le DBMOF.)
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Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155222, notice MALON Benoît [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron et Justinien Raymond, notice résumée par Marianne Enckell , version mise en ligne le 23 avril 2014, dernière modification le 6 août 2016.

Par Jean Maitron et Justinien Raymond, notice résumée par Marianne Enckell

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