GUESDE Jules [BAZILE Mathieu, Jules dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Justinien Raymond, notice adaptée par Marianne Enckell

Né le 11 novembre 1845 à Paris, mort le 28 juillet 1922 à Saint-Mandé (Seine) ; publiciste radical, puis collectiviste, vulgarisateur du marxisme en France ; député, ministre de 1914 à 1916.

Jules Bazile naquit dans l’île Saint-Louis. Il prit par la suite le nom de sa mère Éléonore. Son père Benoît Bazile était professeur libre, puis fonda et dirigea à Passy un établissement d’enseignement secondaire qui fonctionna jusqu’en 1870. C’est là que Guesde fut éduqué. Il se consacra très jeune au journalisme politique à Paris, Toulouse puis Montpellier où il fut secrétaire des Droits de l’Homme en 1870.

La lutte qu’il menait contre l’Empire et contre la guerre lui valut six mois de prison pour avoir situé l’ennemi non à la frontière, mais aux Tuileries. Éloigné de Paris quand la Commune y éclata, il ne pouvait s’y compromettre que sur le plan idéologique. Il le fit si bien, en la louant dans son journal et en essayant de lui susciter l’aide de la province, que la cour d’assises de l’Hérault lui infligea, le 22 juin 1871, cinq ans de prison et quatre mille francs d’amende auxquels il échappa en quittant la France.

Réfugié à Genève, où il arriva le 25 septembre 1871, Guesde y rencontra des Communards exilés, des révolutionnaires de toutes tendances chassés de tous pays, internationaux, collectivistes, communistes et libertaires. Il instruisit le procès de la répression par Le Livre rouge de la Justice rurale, et retint comme essentiel de la Commune la révolte ouvrière et la répression bourgeoise. En exil, il fut frappé par le retentissement international de la lutte des Versaillais et des Communards.

Dans le foisonnement des brûlots de la proscription, il lança Le Réveil international qui, faute de fonds, fut sans lendemain. Le 6 septembre 1871, il contribua à fonder la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste. Le 12 novembre 1871, il la représenta au congrès de Sonvillier d’où sortit la Fédération jurassienne, qui allait jouer un rôle clef dans la formation de l’Internationale anti-autoritaire. Il en fut secrétaire, rédigea la protestation contre les façons autoritaires du conseil général de Londres et de Karl Marx et fut un des deux orateurs, remarqué, de la réunion publique qui clôtura le congrès.

Une santé défaillante, le manque de ressources l’obligèrent bientôt à quitter Genève. Il gagna Gênes puis, après un départ manqué pour l’Argentine, il s’installa en avril 1872 à Rome où il vécut de leçons particulières. Il garda le contact avec le milieu genevois, fonda une section de l’Internationale, collabora à divers journaux italiens et français d’extrême gauche. Défendant Paul Brousse* contre Dentraygues, envoyé de Marx en France, Guesde prit vigoureusement parti dans le conflit qui déchirait l’Internationale dont il dénonça le centralisme autoritaire (« Les Proconsuls marxistes en France », Bulletin de la Fédération jurassienne, 15 avril 1873). Il était alors franchement anarchiste ("anarchiste bouffon devenu bouffeur d’anarchistes" dit toutefois de lui André Prudhommeaux*) et condamnait le suffrage universel. « À l’époque du cens, a-t-il écrit, la bourgeoisie était un état-major sans armée. Le suffrage universel lui a fourni cette armée électorale dont elle avait besoin pour se maintenir au pouvoir » (cité par A. Zévaès, Jules Guesde, p. 29). Si elle ne fut qu’un moment fugitif de sa pensée, cette idée souligna sa rupture avec l’idéologie politique radicale. En 1873, pourchassé par la police, il se fixa à Milan où il se maria et demeura jusqu’à la fin de 1875. C’est alors qu’il commença à s’écarter des bakouninistes sous l’influence de ses lectures (Tchernychevski, les philosophes français du XVIIIe siècle, Dézamy) et des socialistes milanais aux côtés desquels il militait. On voit les résultats de ses réflexions dans son Essai de catéchisme socialiste (1875). Guesde plaçait désormais la solution du problème social dans la transformation révolutionnaire du droit de propriété, mais sans analyser encore les rapports de production capitalistes.

Pour n’avoir pas fait baptiser son fils, né fin 1875, Guesde fut découvert par la police et expulsé d’Italie. Il regagna la Suisse et, en septembre 1876, bénéficiant de la prescription de cinq ans, il rentra en France. Il collabora d’abord aux Droits de l’Homme, puis au Radical avant de lancer l’Égalité. En 1880, il se rendit à Londres en compagnie de Paul Lafargue pour demander à Marx et à Engels de cautionner le programme du Parti ouvrier français, dont il devint secrétaire national. Il fut ensuite une figure de proue de la IIe Internationale, député depuis 1893, puis ministre.

Pour une notice complète, voir le Maitron-en-ligne. Jules Guesde

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155207, notice GUESDE Jules [BAZILE Mathieu, Jules dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Justinien Raymond, notice adaptée par Marianne Enckell, version mise en ligne le 21 avril 2014, dernière modification le 21 avril 2014.

Par Justinien Raymond, notice adaptée par Marianne Enckell

ŒUVRE et

ŒUVRE et SOURCES : voir le Maitron-en-ligne, Jules Guesde

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