Né le 23 janvier 1844 à Montpellier (Hérault), mort le 1er avril 1912 à Neuilly-sur-Marne (Seine-et-Oise) ; médecin ; militant de l’Internationale puis socialiste réformiste.

Fils d’un professeur de médecine, Paul Brousse étudia à la faculté de Montpellier.
Ami de Jules Guesde*, il était membre de l’Internationale en 1872. En décembre, il se fixa à Barcelone où, avec Charles Alerini* et Camille Camet*, il forma un comité de propagande révolutionnaire socialiste de la France méridionale et rédigea la Solidarité révolutionnaire, introduite clandestinement en France.
En août 1873, avec Alerini, il quitta Barcelone et se rendit à Lyon, puis en Suisse en compagnie de Boriasse*.
Au 6e congrès de l’AIT (Genève 1-6 septembre 1873), il représenta une section française et la Fédération régionale espagnole. Il s’y prononça en faveur de l’anarchisme et s’opposa à toute organisation centrale : « Vous voulez abattre l’édifice autoritaire, l’anarchie est votre programme, et vous paraissez reculer devant les conséquences de votre œuvre ? N’hésitez pas. Vous avez donné un coup de hache, une portion de l’édifice est tombée. Donnez-en un second, un troisième, et que l’édifice s’écroule. » Après le congrès, Brousse se rendit à Berne pour y rencontrer Bakounine. Grâce aux relations de son père, il devint assistant au laboratoire de chimie de l’Université. Il y fit la connaissance de Nathalie Landsberg, étudiante russe, née à Kischinev en 1847, qui devint sa compagne.
Brousse prit la parole à de très nombreux meetings de la Fédération jurassienne, collabora à son Bulletin et organisa une petite section de l’AIT à Berne. Une autre section, de langue allemande, y publia l’Arbeiter Zeitung (15 juillet 1876-13 octobre 1877) à la rédaction duquel il collabora (on traduisait ses articles) et qui fut en bonne partie financé par Nathalie Landsberg.
Le 18 mars 1877, des membres de la Fédération jurassienne formèrent un cortège à Berne, drapeau rouge en tête, qui fut attaqué par la police et certains éléments de la population. Les manifestants ripostèrent vigoureusement. Plusieurs d’entre eux furent condamnés à la prison, Brousse à trente jours qu’il purgea au mois d’octobre, et de trois ans de bannissement du canton. C’est à cette occasion qu’il écrivit la chanson Le Drapeau rouge, sur l’air d’un chant patriotique suisse.
L’Avant-Garde (2 juin 1877-2 décembre 1878), organe de la Fédération française de l’AIT jusqu’en avril 1878, était rédigée par Kropotkine et Brousse. Celui-ci représenta la fédération au congrès de l’AIT à Verviers (6-8 septembre 1877) et au congrès socialiste de Gand (9-15 septembre 1877). À l’occasion des élections d’octobre 1877, il rédigea deux manifestes qui appelaient à l’abstention et furent affichés clandestinement. La presse antirépublicaine les cita abondamment pour démontrer la permanence du « péril rouge ».
Après avoir purgé son mois de prison, Brousse put terminer l’année académique à Berne. Au congrès de la Fédération jurassienne à Fribourg, en août 1878, il se prononça pour la participation aux élections municipales et défendit l’idée d’une candidature de Blanqui. Il résida ensuite à Zurich, puis à Vevey. Son approbation du régicide dans l’Avant-Garde amena le gouvernement suisse à suspendre le journal le 10 décembre 1878 et à faire arrêter son rédacteur. Traduit devant les assises fédérales, à Neuchâtel, les 15 et 16 avril 1879, Brousse fut condamné à deux mois de prison, dix ans de bannissement, 200 f d’amende et aux frais. Conduit à la frontière française le 17 juin, il alla à Bruxelles, puis fut expulsé et gagna Londres. Avant de quitter la Suisse, il avait collaboré à la préparation du journal Le Révolté où il écrivit le premier article « Nous sommes des révoltés » (22 février 1879).
Depuis sa condamnation, Brousse estimait qu’il fallait se rapprocher des différentes courants socialistes pour les unir dans un seul grand parti. C’est pour défendre ces idées qu’il créa Le Travail, bulletin mensuel du Club international d’études sociales de Londres (avril 1880-octobre 1880 ?).
Rentré en France en juillet 1880, Brousse se fixa à Paris. En septembre, il soutint sa thèse à Montpellier. Il contribua ensuite à la scission qui forma la Fédération des travailleurs socialistes de France ou « possibilistes » et se consacra à l’action électorale. (Pour cette période et les sources, voir le DBMOF.)

Justinien Raymond et Marc Vuilleumier, notice abrégée par Marianne Enckell

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