TOMSIN Marc, Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir

Né le 15 juin 1950 à Paris XXe arr. Animateur du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), militant CGT, correcteur.

Il résida à Paris XIXe jusqu’en 1974, puis, successivement, à Poitiers de l’automne 1974 à l’été 1976, à Toulouse jusqu’au printemps 1977 et à Barcelone jusqu’à l’automne 1979 où il revint à Paris. Il est le fils de Jacques Tomsin, né à Paris (20 septembre 1922 - 9 juillet 1970), et de Claudine Labadie, née le 9 octobre 1926 à Bayonne. Son père fut professeur de lettres classiques dans le secondaire jusqu’en 1965, puis assistant à l’université de Poitiers. Il participa au mouvement libertaire de l’après-guerre et resta anarchiste de cœur, adhérent du SNES puis du SNESup et votant généralement PSU. Sa mère était infirmière des Hôpitaux de Paris, votait à gauche et sympathisa avec les libertaires lors des manifestations de Mai 68.
Marc Tomsin vit depuis 1993 avec Eva Ruschmann, Sarroise de nationalité allemande, née le 13 septembre 1963 à Neunkirchen, traductrice puis correctrice, membre du Syndicat des correcteurs depuis 1993.

Il poursuivit ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris (bac philo en 1969). En 1974, il s’inscrivit en philosophie à l’université de Poitiers dont il sera exclu suite à un boycottage actif des examens de l’été 1976 dans la perspective d’une remise en cause pratique de l’université et de son rôle social. Après une réinscription à l’université de Toulouse en 1976, il obtint une licence de philosophie.

Le lycée Voltaire fut le lieu de son premier engagement à l’automne 1967 sous l’influence des provos (Amsterdam, 1966), du Comité Vietnam national (CVN) puis des Comités d’action lycéens (1968). Il rejoignit la Jeunesse anarchiste communiste (JAC) en janvier 1968 et participa activement au mouvement de mai et juin 68 (assemblées, manifestations, émeutes), souvent en compagnie de Guil Teitler, compagnon de Voltaire, et de Madeleine Mallet (fille de Serge, fondateur du PSU). La lecture du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem, eut sur lui une influence majeure.
De l’automne 1968 à 1971, il participa au Comité d’action place des Fêtes, déterminant une conception de l’auto-organisation fondée sur l’assemblée et totalement horizontale (sans direction ni secrétariat). Lorsque la brève histoire de la JAC prit fin en 1969, il rejoignit le réseau Informations correspondance ouvrières (ICO). Il se lia avec Christian Lagant (revue Noir et Rouge), correcteur d’imprimerie, dont l’anarchisme critique fut aussi une influence marquante. À cette époque, il travaillait comme magasinier aux NMPP (1971-1972) puis comme chauffeur-livreur au Monde, en 1973, en compagnie de Germinal Clemente, coursier, avec qui naquit une amitié complice qui s’épanouit à Barcelone en 1977.

La destruction du quartier de la place des Fêtes et la fin d’ICO (1973) provoquèrent le départ pour Poitiers puis Toulouse, tout en participant à la revue parisienne La Lanterne noire (1974-1977, première utilisation du pseudonyme Bélial) et à IRL (revue libertaire lyonnaise). Il rencontra à l’automne 1976 Maria Mombiola, qui propageait à Toulouse l’expérience des collectivités d’Aragon. Les chemins de Germinal et de Maria le mèneront à Barcelone et aux Journées libertaires internationales (juillet 1977) où il noua avec Diego Camacho (Abel Paz) une amitié indéfectible. À Barcelone, il participa au collectif Etcetera, avec Quim Sirera et Santi Soler (ex-MIL), et entama de longues discussions avec Xavier Garriga Paituvi (ex-MIL).
De retour à Paris vers l’automne 1979, il s’initia à la correction auprès de Georges Rubel et adhéra au syndicat CGT des correcteurs. Il travailla trois ans dans des imprimeries de labeur, ensuite à l’Encyclopædia Universalis puis dans la presse quotidienne (L’Humanité, 1987-1999, Le Monde, 1999-2006). Il fut membre du comité syndical – direction du syndicat des correcteurs élue annuellement – pendant sept ans, entre 1992 et 2001 ; il y fut chargé de la solidarité internationale et du placement (secrétaire au placement en 2001).
En 1985, il fonda, avec Angèle Soyaux – connue à ICO en 1970 – les éditions Ludd, qui publièrent jusqu’en 1998 des textes de Kraus, Panizza, Wedekind, Dagerman, Vaneigem....

Des liens avec le Mexique le mènent à participer à la fondation du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) en janvier 1995. Un accord constructif et une solide amitié se nouèrent dans ce collectif avec les Mexicains Raúl Ornelas Bernal et Jorge Hernandez. En 1996, Marc Tomsin participa à la Rencontre européenne pour l’humanité et contre le néolibéralisme de Berlin (mai) et à la Rencontre intercontinentale au Chiapas (juillet). Une dizaine de séjours au Mexique entre 1996 et 2006 consolidèrent les relations de solidarité avec les communes zapatistes du Chiapas. Il fit de fréquentes interventions en France et en Belgique sur la situation au Mexique (Chiapas et Oaxaca). En 2007, il fonda à Ménilmontant les éditions Rue des Cascades, dont la collection « Les livres de la jungle » est dédiée aux peuples indigènes du Mexique. En 1997, Marianne Palmiéri réalisa sur le parcours libertaire de Marc Tomsin un documentaire de 28 minutes intitulé Anarchiste (G.H. Films).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155092, notice TOMSIN Marc, Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, version mise en ligne le 13 avril 2014, dernière modification le 13 avril 2014.

Par Hugues Lenoir

ŒUVRE : Articles pour La Lanterne noire :, « De la grève sauvage à l’autogestion généralisée », n° 1, juillet 1974 ; « Charles Fourier et les détours de l’utopie », n° 4, décembre 1975 ; « Efficacité et stratégie... à la Lanterne ! » (lettre de rupture avec le groupe), n° 8, avril 1977. Fait paraître simultanément à Barcelone, dans la revue Ajo blanco, et à Paris, dans Les Temps modernes, n° 396-397, juillet-août 1979, les traductions espagnole et française de l’interview « Les irréductibles de Berlin » (Ralf Reinders, Fritz Teufel, Gerald Klöpper et Ronald Fritzsch, du Mouvement du 2-Juin). Articles pour Cantonade (journal du syndicat des correcteurs CGT). « Stig Dagerman, un escritor anarquista », publié en 1997 par Etcetera, à Barcelone, en annexe à « Nuestra necesidad de consuelo es insaciable... » (réédité en 2007 par Pepitas de calabaza, à Logroño, Espagne). Réponse à l’enquête de la revue Chiapas, « ¿Cómo ve Europa a los zapatistas ? », Chiapas n° 4, juin 1997, UNAM, Mexico ; en français dans Les Temps maudits, n° 1, juin 1997, Paris. Articles dans Le Monde libertaire : « L’expérience zapatiste du soulèvement des montagnes » et « Par les sentiers de la création et de la rébellion », hors-série n° 21, juillet-août 2002 ; « Les barricades ferment les rues et ouvrent le chemin », hors-série n° 31, décembre 2006 - janvier 2007 ; « Le début d’un combat pour l’autonomie individuelle et collective », hors-série n° 34, mai-juin 2008..
Animation du site Internet du CSPCL.

SOURCES : témoignage direct, avril 2008.

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