Né à Genève le 6 décembre 1837, mort le 7 mars 1909 ; graveur et cartographe ; membre de l’AIT et de la Fédération jurassienne.

Charles Perron fut formé par son père, peintre sur émail, avant de rejoindre l’école d’art de Genève. De 1857 à 1861 il travailla en Russie, puis rentra à Genève comme peintre et photographe. Il fréquentait la colonie des réfugiés russes et se lia bientôt avec Michel Bakounine* puis avec James Guillaume*. Il fut parmi les fondateurs de l’Alliance internationale de la démocratie socialiste ; il collabora au Progrès du Locle et à la Solidarité. En 1868, il publia une brochure, De l’obligation en matière d’instruction, dédiée à Varlin* alors en prison, où il affirmait la nécessité de l’instruction libre et gratuite pour la libération sociale et la fin de l’exploitation. Après la Commune de Paris, il fit parvenir (par l’intermédiaire de Schwitzguébel*) un certain nombre de passeports suisses aux militants contraints de se cacher ou de s’exiler.
En 1875, c’est avec Elisée Reclus* qu’il reconstitua à Vevey, en Suisse, une section de la Fédération jurassienne. Ils collaborèrent à la revue Le Travailleur, qui souhaitait la création d’écoles libertaires et d’universités populaires, où la géographie trouvera bientôt une place prépondérante.
Reclus rédigeait alors la Nouvelle Géographie universelle, un ouvrage de 19 volumes et plus de 17 000 pages. Perron y signa plus de 3000 cartes en noir et blanc sur 6000 et une cinquantaine de grandes tables en couleurs. Reclus concevait l’iconographie en parfaite symbiose du texte, et demandait à ses cartographes de suivre des indications très précises : des cartes simples, des toponymes clairs et peu nombreux, évitant toutes les formules abrégées et les symboles obscurs non compréhensibles.
Les premières collaborations de Perron, depuis le deuxième volume, coïncidèrent avec une importante innovation technique pour la production des cartes : le procédé Gillot, qui permet de les envoyer directement à l’imprimeur, sans passer par le graveur à Paris. Perron tenta de trouver une solution à l’un des problèmes les plus difficiles de la cartographie : représenter la troisième dimension, et inventa « l’outil qui est aujourd’hui entre les mains de tous les cartographes. Il se compose d’une simple règle en acier rayée sur le bord comme le sont les décimètres et contre laquelle se meut une équerre à angle modifiable, munie d’un ressort qui, glissant sur la règle, déclique en passant sur chaque millimètre. L’angle plus ou moins ouvert de l’équerre, joint au nombre de millimètres parcourus entre chaque arrêt de celle-ci, permet de rapprocher ou d’éloigner d’une quantité quelconque les traits des grisés. »
En 1894, Elisée Reclus quitta la Suisse. Sa collaboration avec Perron se poursuivit pour le projet du Grand Globe à l’échelle de 1:100 000 (127,5 mètres de diamètre), qu’il projetait de construire pour l’Exposition universelle de 1900. Dans la grande équipe chargée de réaliser le globe, Perron se réserva la création du relief de la Suisse. À cette échelle, une montagne de mille mètres correspond à un centimètre de relief, dimension déjà perceptible à la vue et au toucher. Perron fabriqua un pantographe ingénieux pour graver les hauteurs sur des surfaces en bois ou carton pressé. Du Grand Globe, qui ne vit jamais le jour par manque de financement, ne fut fabriqué que le relief de la Suisse. Présenté à l’Exposition de Paris de 1900, ce fragment d’œuvre gagna la médaille d’or.
Perron s’engagea alors dans un projet de musée cartographique qui ouvrit ses portes en 1907 mais ferma déjà en 1920.
Les archives cartographiques de Charles Perron et Elisée Reclus sont conservées à la Bibliothèque de Genève.

ŒUVRE : Outre de très nombreuses cartes, conservées pour la plupart à la Bibliothèque de Genève, et d’autres travaux géographiques : De l’obligation en matière d’instruction, publication de l’Association du sou pour l’affranchissement de la pensée et de l’individu, Genève 1868.

SOURCES : http://blog.mondediplo.net/2010-02-... — Peter Jud, Elisée Reclus und Charles Perron, Schöpfer der Nouvelle Géographie universelle : ein Beitrag zur geographischen Wissenschaftshistorie des 19. Jahrhunderts, Constance 1987 — DHS (Dictionnaire historique de la Suisse, www.dhs.ch)

Federico Ferretti, adapté par Marianne Enckell

Version imprimable de cet article Version imprimable