Né le 7 février 1956 à Paris (XVIIe arr.) ; militant de la Fédération anarchiste, enseignant-chercheur.

Il est marié et a deux enfants. Son père, Jean Pelletier (né le 9 août 1922 à Dijon), brièvement instituteur, devint ensuite fonctionnaire des postes et gravit les échelons au fil des mutations. Sa mère, Denise Pelletier née Fougerolles, née le 25 février 1923 et décédée le 31 août 2003, était issue d’une famille de mineurs et d’institutrices de la région stéphanoise. Elle exerça la profession de laborantine et renonça à son travail pour élever ses deux enfants.
Sa famille n’était pas encartée politiquement ni syndiquée, mais les discussions politiques allaient bon train au foyer. Sa conscience politique s’y forgea progressivement, en particulier grâce à la bibliothèque de son père qui vécut le STO en Allemagne nazie. Des lectures précoces d’ouvrages consacrés au nazisme et à la Seconde Guerre mondiale firent naître chez lui un fort sentiment pacifiste et antimilitariste, qui se traduisit notamment par une participation à la lutte contre la loi Debré au cours de sa période lycéenne et par son objection de conscience (1980-1982). Le bac en poche en 1972, il s’inscrivit en géographie à l’université de Saint-Étienne.
Le mouvement de grève contre la réforme du second cycle (1976) le lança dans le militantisme, il participa à l’aventure du MAS (Mouvement d’action syndicale) proche de la CFDT dans une tendance qui se qualifiait spontanément d’anarcho-syndicaliste. Il se sentit alors proche du PSU auquel il n’adhéra pas. Le congrès de Saint-Étienne (1978), dont il prononça le discours final et qui vit la mort du MAS, détruisit ses illusions sur le rôle et l’action des partis politiques. Après son mariage avec Geneviève Schaeffer en 1978, ils partirent au Japon. C’est là-bas que Philippe Pelletier rencontra un couple français sympathisant de l’anarchisme et qu’il acheta un livre de Daniel Guérin à Tôkyo et, dès lors, s’informa sans cesse sur l’anarchisme.
De retour en France (1980-1984), il fut objecteur de conscience à l’ONF de Saint-Étienne (1980-1982), participa aux activités du Mouvement pour une action non violente (MAN) et s’intéressa aux radios libres dès 1980. Il créa en 1981 la première radio stéphanoise associative, Radio-Dio, dont il devint le premier président.
Dans le cadre de la lutte « Ni Pershing ni SS 20 », il rencontra le groupe Nestor-Makhno de la Fédération anarchiste à Saint-Étienne et s’engagea peu à peu avec lui. Il fut présent au congrès de la FA à Besançon en 1982 et lança une émission anarchiste sur Radio-Dio, Rouge & Noir, tribune libertaire. Dès lors, il écrivit régulièrement dans Le Monde libertaire, dans des revues et des ouvrages anarchistes sur divers sujets : la science moderne, l’écologisme, les rapports entre l’écologie et l’anarchie, Élisée Reclus, Kropotkine, le mouvement anarchiste au Japon, en Corée et en Chine, le nationalisme, le fascisme et l’antifascisme, la géopolitique.
Il soutint sa thèse de 3e cycle en géographie en 1983 et repartit au Japon, dans le cadre d’une bourse de recherche (Université de Hiroshima, 1984-1986). À Hiroshima, il reconstitua le groupe anarchiste local qui regroupa deux ans plus tard une dizaine de sympathisants. Il y retrouva un vétéran du mouvement anarchiste japonais, Wasada Yoshio. Il essaya avec quelques autres de refonder une Fédération anarchiste japonaise, impulsant pour cela avec le groupe de Hiroshima les rencontres Hachi-Roku (8-6) tous les 6 août, lors de l’anniversaire du bombardement atomique de Hiroshima. Lors de ce séjour, il rencontra des anarchistes en Corée, à Hongkong et en Australie et participa (comme traducteur) à la tournée d’Abel Paz au Japon et en Corée (1986). Rentré en France, il soutint sa thèse d’État nouveau régime en 1990.
L’opposition à la première guerre du Golfe relançant un mouvement libertaire stéphanois, il s’investit dans la création et l’animation du Collectif libertaire Les Mauvais Jours finiront (1990-1993) qui atteignit une cinquantaine de membres à son apogée. Lors du congrès de Lille, il fut mandaté au secrétariat des relations internationales de la FA (1992-1994) où il œuvre à la rencontre anarchiste internationale de San Floriano de Polcenigo (Italie, 1993) sur la guerre en Yougoslavie. Après des désaccords grandissant avec certains militants lyonnais, il prit ses distances avec le militantisme. Il demeura adhérent de la Fédération anarchiste où il développa dans son hebdomadaire, Le Monde libertaire, des positions critiques sur l’écologisme, l’écologie profonde et le catastrophisme, issues de ses travaux de recherche en géographie. Il est membre du comité scientifique de Germinal, revista de estudios libertarios.

ŒUVRE : De nombreux articles dans Le Monde libertaire.

- « Kôtoku Shûsui, socialiste anarchiste », Subversion, 3, 1985, 48 p. — « Un géographe novateur ». Kropotkine, Itinéraire, 3, 1988, p. 19-22.
— « L’influence kropotkinienne en Asie orientale ». Kropotkine, Itinéraire, 3, 1988, p. 43-48. — « Une œuvre : nationalisme contre culture ». Rudolph Rocker, Itinéraire, 4, 1988, p. 32-35. — Super Yalta, esquisse géopolitique de la situation mondiale en 1991. Brochure anarchiste, 2, Éditions du Monde libertaire, Paris, 1991, 82 p. — Yougoslavie, le terrorisme des États, analyse critique et propositions anarchistes (Relations internationales de la Fédération anarchiste), brochure anarchiste, 7, Éditions du Monde libertaire, Paris, 1993, 66 p. — « Ôsugi Sakae (1885-1923), "Eutopie" anarchiste et transgression individualiste », Historiens & Géographes, n° 344, juin-juillet 1994, p. 233-242.— « Furansu, kiro ni tatsu anâkizumu undô » (France, le mouvement anarchiste à la croisée des chemins). Herumesu / Hermes, 5, 1997, p. 82-93. — Du fascisme au post-fascisme, mythes et réalités de la menace fasciste, éléments d’analyse et propositions d’actions (groupe Nestor-Makhno - région stéphanoise - de la Fédération anarchiste), brochure anarchiste, Éditions du Monde libertaire, Paris,1997, 62 p. — « Culture anarchiste et culture orientale », La Culture libertaire, ACL, Lyon, 1997, 474 p., p. 225-255. — « Les anarchistes et la science, approche », L’anarchisme a-t-il un avenir ? Histoire de femmes, d’hommes et de leurs imaginaires, ACL, Lyon, 2001, 562 p., p. 171-193. — « Un oublié du consensus : l’anarchosyndicalisme au Japon de 1911 à 1934 », De l’Histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire, actes du colloque international « Pour un autre futur », Paris, Éditions CNT-RP et Nautilus, 2001, 306 p., p. 175-225. — « Ôsugi Sakae, une quintessence de l’anarchisme au Japon », Ebisu - Études japonaises, 28, 2002, p. 93-118. — « La "plus grande merveille de l’histoire", le Japon vu par Élisée Reclus" », Hérodote, 2005, 117, p. 183-191. — « La Géographie innovante d’Élisée Reclus », Les Amis de Sainte-Foy et sa région, cahiers, 2005, 86-2, p. 7-38. — « La grande séparation à résorber : l’Orient et l’Occident vus par Élisée Reclus », Transtext(e)s-Transcultures, 2005, p. 80-99. — « Passion et raison, la nature chez Élisée Reclus », Élisée Reclus, natura e educazione. Marcella Schmidt di Friedberg éd., Mondadori, Milan, 2007, 300 p., p. 41-57. — « Passione e ragione, la natura in Élisée Reclus », Élisée Reclus, natura e educazione. Marcella Schmidt di Friedberg éd., Mondadori, Milan, 2007, 300 p., p. 58-71. — « La grande séparation à résorber : l’Orient et l’Occident vus par Élisée Reclus », Ciència i compromis social, Élisée Reclus (1830-1905) i la geografia de la llibertat. Publicacions de la Residència d’investigadors, 32, Barcelone, 2007, 178 p., p. 51-92. — « Élisée Reclus, géographie et anarchie, Éditions du Monde libertaire/Éditions libertaires, Paris/Oléron, 2009, 258 p.

SOURCES : témoignage direct, décembre 2009.

Hugues Lenoir

Version imprimable de cet article Version imprimable