Né le 15 janvier 1881 à Monlet (Haute-Loire), mort le 27 juin 1960 à Paris ; correcteur d’imprimerie ; anarchiste puis syndicaliste révolutionnaire ; fondateur en 1909 de La Vie ouvrière.

Pierre Monatte (avant 1914)
Cedias/Musée social.
Pierre Monatte occupe une place importante dans l’histoire du mouvement ouvrier français, dont il a été un acteur et un observateur de référence pendant plus de cinquante ans. Son itinéraire politique — de l’anarchisme au « syndicalisme pur » est surtout représentatif de l’évolution d’une fraction du mouvement anarchiste syndicaliste avant la Première Guerre mondiale.

Jeune anarchiste

Né à Monlet (Haute-Loire) le 15 janvier 1881 d’une mère dentellière et d’un père maréchal ferrant-forgeron, Pierre Monatte entra comme boursier au collège de Brioude. A quinze ans, il adhéra aux Jeunesses socialistes de Clermont-Ferrand et, à dix-sept ans, collabora au Tocsin populaire du Berry et de l’Auvergne, de tendance blanquiste. Il confia, plus tard, avoir été très marqué par la lecture, vers 13 ou 14 ans, des Misérables qui l’orientèrent vers le socialisme.
Après son baccalauréat, il devint répétiteur de collège dans l’académie du Nord ; successivement à Dunkerque en mai 1899, à Abbeville, au Quesnoy en 1901, à Condé-sur-Escaut en 1902. Il fréquentait les réunions des groupes anarchistes du Nord et lisait assidûment L’Aurore dreyfusarde, Les Temps nouveaux de Jean Grave, Le Libertaire de Sébastien Faure, Le Mouvement socialiste d’Hubert Lagardelle et la littéraire Revue blanche. En 1900, se rendant à Paris pour l’exposition universelle — et peut-être le congrès international antiparlementaire —, il rencontra pour la première fois Pouget*, Delesalle* et Grave rue Mouffetard.
Dans le Nord, il se lia avec le poète Léon Deubel et avec des militants syndicalistes de la région, surtout avec Charles Delzant*, anarchiste et une des âmes du syndicalisme des verriers.
Supportant mal les contraintes administratives de la vie de collège, il démissionna au début de 1902 pour venir à Paris. Il avait fait la connaissance de Charles Guieysse et Maurice Kahn, animateurs de Pages libres, qui avaient été frappés par la qualité des commandes de librairie de cet abonné du Nord. Ceux-ci l’embauchèrent comme employé à l’administration de leur revue et à la librairie qui lui était attenante. Il y fit connaissance d’Alphonse Merrheim et se lia avec Émile Pouget.
Il contribua à la fondation du syndicat des employés de librairie, participa aux activités des étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes (ESRI) dont il fut l’ultime secrétaire. À côté de son activité professionnelle, il collaborait aux Temps nouveaux et au Libertaire (il en assura même, durant une courte période, le secrétariat de rédaction).
En 1904, pour avoir plus de liberté, il devint correcteur d’imprimerie (métier qu’il devait exercer jusqu’en 1952). La même année, Émile Pouget le fit entrer au comité confédéral de la CGT comme représentant de la Bourse du Travail de Bourg-en-Bresse.

Meneur syndicaliste

Aux obsèques de Louise Michel, en janvier 1905, Benoît Broutchoux, qui était sous le coup d’une inculpation et devait entrer en prison à Béthune, demanda à Monatte de le remplacer à la rédaction de L’Action syndicale de Lens, organe hebdomadaire du « Jeune syndicat » des mineurs du Pas-de-Calais. Monatte passa toute l’année 1905 dans ce département, nouant des contacts solides avec les militants (en particulier avec Georges Dumoulin et Dehay), affermissant ses liens avec le monde ouvrier. Il prit surtout une expérience directe du journalisme syndical et de là datèrent sans doute l’importance et l’intérêt qu’il attacha toute sa vie à la presse, comme mode d’action privilégié.
Au cours de ce séjour, Monatte eut sa première condamnation. Lors du procès de Broutchoux, à l’énoncé de la peine de celui-ci, il cria « à bas le tribunal » et fut condamné à six mois de prison. Après quinze jours d’internement à Béthune, il fut transféré à Douai et son avocat, Ernest Lafont, lui obtint le sursis.
À la fin de 1905 il regagna Paris et reprit son travail de correcteur, mais retourna dans le Pas-de-Calais en mars 1906 au moment de la catastrophe minière de Courrières et de la grande grève des mineurs qui suivit. Monatte participa activement aux travaux du comité de grève et rédigea pour les Temps nouveaux une série d’articles où il incitait à l’organisation syndicale.
Avant le 1er mai 1906, Monatte fut arrêté une nouvelle fois, inculpé de menées anarchistes par le juge d’instruction de Béthune. On y mêla l’histoire d’un prétendu complot fomenté par les syndicalistes révolutionnaires liés aux agents bonapartistes, allant jusqu’à accuser Monatte d’avoir touché 75 000 francs du comte Durand de Beauregard pour fomenter des troubles et, en particulier, la grève des mineurs du Pas-de-Calais.
Relâché, Monatte rejoignit Paris et son action dans le milieu syndical s’affirma peu à peu, sans qu’il aspirât à prendre un poste de responsabilité. Volontairement, il resta éloigné de toute fonction importante. Son influence était discrète, s’exprimant par son action au sein du comité confédéral, ses contacts personnels et ses articles, ce qui devait rester un des caractères dominants de son ascendant. Par exemple, s’il n’intervint pas au congrès de la CGT à Amiens en 1906, il en fit un long commentaire des travaux pour les Temps nouveaux.
En août 1907, il participa, avec notamment René de Marmande, Amédée Dunois* et Benoît Broutchoux, au congrès anarchiste international d’Amsterdam. Il s’y fit le porte-parole de la doctrine syndicaliste révolutionnaire de la CGT française, et appela les syndicalistes d’autres pays à suivre ce modèle. Il soutint également une célèbre controverse avec Malatesta, qui contestait le caractère révolutionnaire du mouvement syndicaliste ou, à tout le moins, que le syndicalisme puisse « se suffire à lui-même ». Suite à ce congrès, il cessa sa participation aux Temps nouveaux, qui avait plutôt pris parti pour Malatesta. Il y publia une ultime brève dans le numéro du 28 septembre 1907.
En janvier 1908, Monatte entra comme correcteur à l’imprimerie confédérale de la CGT, impasse de la Grange-aux-Belles. Il en fut bientôt le prote (régisseur). Au même moment, il participa au lancement de l’hebdomadaire L’Action directe, organe officieux du syndicalisme révolutionnaire, avec Griffuelhes, Merrheim, Pouget, Delesalle, Luquet, Lagardelle, Dunois et Cornelissen. Le n°1 parut le 15 janvier 1908 et la parution s’acheva avec le n°32, en octobre de la même année.
Du 20 au 22 février 1908, il comparut devant la Cour d’assises avec 11 autres militants de la CGT pour l’affiche Gouvernement d’assassins (voir Delalé), éditée en juin 1907 pendant la grève des vignerons du Midi. Défendus par Me Bonzon, « les douze » furent acquittés.
En août 1908, lors de la fusillade de Villeneuve-Saint-Georges, il s’enfuit en Suisse pour échapper au mandat d’arrêt lancé contre les dirigeants de la CGT. Il y séjourna quelques mois sous le pseudonyme de Louis Baud.
Deux journalistes, Leclercq et Girod de Fléaux, ont fort bien caractérisé le rôle de Monatte à cette époque dans leur ouvrage Ces messieurs de la CGT  : « Il faut vivre dans la fréquentation des plus grands chefs pour connaître Monatte [...]. Assistant aux débats du comité confédéral, consulté par les secrétaires chaque fois que ceux-ci ont une décision importante à prendre, apprécié par Pouget, écouté par Griffuelhes même, Monatte incarne l’hommage spontanément rendu à une culture et à une instruction supérieures. »

Fondateur et animateur deLa Vie ouvrière

En février-mars 1909, Monatte collabora à la rubrique « Mouvement social » de La Révolution, l’éphémère quotidien syndicaliste révolutionnaire lancé par Pouget.
L’échec du journal ne découragea pas Monatte. La crise du mouvement syndicaliste, avec la démission de Griffuelhes et l’élection de Louis Niel*, le manque de formation des militants l’incitaient à poursuivre une action primordiale pour lui. Avant de penser aux grands effectifs, il estimait qu’il fallait porter son attention sur les militants et travailler pour eux. Il organisa plusieurs réunions avec Merrheim, Picart, Dunois, Delaisi pour trouver le moyen le plus efficace de mener à bien ce projet. Ceux-ci pensaient surtout à des brochures, mais Monatte préférait une revue. Cela lui paraissait d’autant plus nécessaire que Pages libres disparaissait, absorbée par la Grande Revue et qu’une crise interne pouvait faire craindre un dépérissement du Mouvement socialiste. Le titre fut choisi : La Vie ouvrière, d’après le titre de l’ouvrage de Pelloutier.
Le premier numéro de cette petite revue à couverture grise parut le 5 octobre 1909. Monatte trouva dans la confection de la Vie ouvrière l’action qui convenait le mieux à son tempérament. Il avait des idées très précises sur la conception d’une revue qu’il définit comme un « foyer de coopération intellectuelle syndicaliste », un lieu d’échanges où les militants puissent trouver et apporter des renseignements sur leurs luttes. S’il fut l’animateur incontesté de La Vie ouvrière, celle-ci était cependant le fruit du travail d’une équipe, de ceux que Monatte appela le « noyau ».
Il s’agissait d’un comité de rédaction informel. Simplement, les militants proches de la revue venaient au siège. On discutait les projets, on apportait les articles, on évoquait non seulement les problèmes de la revue, mais ceux, plus généraux, de l’évolution syndicale.
Ce n’est que sur la couverture du n° du 5 octobre 1913 que parurent les noms des membres de ce noyau : secrétaire de rédaction : Monatte ; administrateur : Voirin ; le « noyau » : Henri Amoré, Léon Clément*, Charles Delzant, Maurice Dubois, Pierre Dumas*, Georges Dumoulin, James Guillaume, G. Lapierre, Alphonse Merrheim, A. Picart, Alfred Rosmer, Victor Roudine (pseud. de Hoschiller), etc. Au hasard des rencontres, d’autres militants participaient aux réunions. La Vie ouvrière fut ainsi amenée à jouer un rôle qui dépassait celui d’une revue, et représenta vraiment la principale tendance syndicaliste révolutionnaire de la CGT. En tant que responsable de La Vie ouvrière, Monatte joua ainsi un rôle important dans la vie de la confédération.
En 1911, l’idée d’un quotidien syndicaliste fut reprise par la tendance syndicaliste révolutionnaire de la CGT, plus spécialement par Griffuelhes. Monatte fut, bien sûr, associé aux réunions préparatoires et proposa le titre Le Travail. On lui préféra le titre de Griffuelhes La Bataille syndicaliste. Le 27 avril 1911 parut le premier numéro. Griffuelhes avait pris en main la direction et l’administration, une solide équipe de rédacteurs l’entourait. En juin, les premières difficultés commencèrent avec l’épuisement des fonds de départ. Griffuelhes désira alors interrompre cette expérience. La majorité du conseil d’administration de La Bataille syndicaliste souhaitait poursuivre, en intensifiant l’effort de diffusion. Griffuelhes fit obstruction et il fut alors démis de ses fonctions, ce qui entraîna une cassure entre Griffuelhes et le duo Merrheim-Monatte.
Monatte remplaça Griffuelhes comme administrateur de La Bataille syndicaliste pendant quelques semaines, et fut remplacé en août par Pierre Dumas. Enfin, désireux de consacrer plus de temps à La Vie ouvrière, Monatte démissionna du conseil d’administration du quotidien syndicaliste à la fin de 1912.
Malgré les difficultés, La Vie ouvrière se développait. Étouffant dans ses 64 pages, elle paraissait désormais sur 80 pages.
De mars à mai 1912, Monatte appartint au Comité antiparlementaire révolutionnaire — impulsé par la FRC — qui mena une campagne abstentionniste à l’occasion des élections municipales de mai. Ce comité, dont Henry Combes était le secrétaire et Lucien Belin* le trésorier, rassemblait 25 personnalités anarchistes et/ou syndicalistes révolutionnaires (voir Henry Combes).
En juin 1912, il fut membre du comité de l’Entr’aide, une caisse de solidarité avec les militants emprisonnés et leurs familles, impulsée par la FCA. Le comité de l’Entr’aide, dont Lacourte* était le trésorier, rassemblait une quarantaine de « personnalités » communistes libertaires et syndicalistes révolutionnaires.
En mai 1914, une réorganisation de La Vie ouvrière intervint pour rendre le travail plus efficace : Monatte confia le secrétariat de rédaction à Alfred Rosmer et garda l’administration, tâche qui lui avait toujours paru capitale pour le développement de la revue. Pour la première fois depuis de longues années, Monatte se sentit alors libre de prendre des vacances. En juillet, il repartit pour son pays natal. La mobilisation le ramena très vite à Paris.

De l’anarchisme au syndicalisme « se suffisant »

L’itinéraire politique de Pierre Monatte, passé de l’anarchisme au seul syndicalisme révolutionnaire, est emblématique de l’évolution d’une partie du mouvement anarchiste dans les quinze années qui précèdent la Première Guerre mondiale. On peut résumer cette évolution en 6 étapes.
1. De 1902 à 1906, Pierre Monatte fut un anarchiste qui faisait du syndicalisme. Il collabora au Libertaire puis à la rubrique Mouvement social des Temps nouveaux de 1906 à 1907. Dans le style, il était plus proche d’Émile Pouget et de Dumoulin que d’Yvetot* et de Broutchoux : par souci d’unité ouvrière, il ne faisait pas une publicité excessive de son anarchisme.
2. Le congrès d’Amiens d’octobre 1906 et son interprétation constituèrent un premier jalon dans l’évolution de Monatte, qui devint syndicaliste avant tout, et anarchiste par ailleurs. Au congrès, il vota pour la motion Griffuelhes (la future « Charte d’Amiens ») et contre la motion antipatriote d’Yvetot, donnant donc la priorité à l’unité ouvrière sur ses propres préférences idéologiques. Il s’en expliqua d’ailleurs dans Les Temps nouveaux, pour lesquels il rédigea un long commentaire du congrès. Il n’y présentait pas les anarchistes comme une fraction avancée devant guider le syndicalisme, mais comme les garants de sa neutralité, c’est-à-dire de l’action autonome de la classe ouvrière : « Est-il dans nos visées de subordonner le syndicat à une autre action ? Non pas. À quoi d’ailleurs chercherions-nous à le subordonner ? [...]. Tous nos efforts sont acquis au mouvement syndicaliste que nous voudrions voir progresser et se développer vers une telle puissance que l’action autonome de la classe ouvrière soit largement suffisante pour toutes les luttes et que bien des concours douteux puissent être remerciés. » La majorité de l’équipe des Temps nouveaux considéra cependant la motion d’Amiens comme un recul neutraliste de la CGT, qui allait brider l’influence des anarchistes. Sur ce désaccord, Monatte prit ses distances avec Les Temps nouveaux.
3. Le congrès anarchiste international d’Amsterdam d’août 1907 marqua une étape supplémentaire dans la centralité révolutionnaire qu’accordait Monatte au syndicalisme. Dans la controverse qui l’opposa à Malatesta, il présenta le syndicalisme comme une doctrine à part entière, qui intégrait et dépassait l’anarchisme de jadis. Il considérait désormais le syndicalisme comme un courant nouveau, qui « se suffit à lui-même », c’est-à-dire n’ayant besoin de se référer ni au socialisme, ni à l’anarchisme, pour trouver sa route. Le syndicalisme était même davantage qu’une doctrine particulière : il était le mouvement de la classe ouvrière elle-même, enfanté par la pratique plus que par la théorie. Il était donc crucial que le syndicalisme, pour préserver l’unité ouvrière, soit neutre, sur le modèle français : ni anarchiste, ni socialiste, ni chrétien, ni autre chose. L’« action directe » était l’alpha et l’oméga de cette nouvelle doctrine, à la fois instrument de lutte quotidienne, méthode d’auto-éducation et stratégie révolutionnaire. Tant qu’il resterait fondé sur l’action directe, le syndicalisme ouvrirait « à l’anarchisme, trop longtemps replié sur lui-même, des perspectives et des espérances nouvelles » et frapperait de stérilité un anarchisme qui prétendrait rester en-dehors. Suite au congrès d’Amsterdam, la rupture fut consommée entre Monatte et Les Temps nouveaux. Par la suite, Monatte attaqua Jean Grave dans L’Action directe.
4. De 1907 à 1912, Monatte resta sur la position que le syndicalisme n’avait pas besoin de l’apport anarchiste pour être révolutionnaire, et qu’une organisation anarchiste serait superfétatoire. Cela ne l’empêcha pas d’agir en anarchiste par ailleurs, et il fut membre du comité de parrainage des campagnes anti-électorales de 1910 et 1912. Mais le fossé grandit entre ses conceptions syndicales et celles du mouvement anarchiste, qui se montrait de plus en plus critique à l’égard de la Charte « neutraliste » d’Amiens. En juin 1910, dans Le Libertaire, Georges Durupt qualifia ironiquement Monatte de « syndicaliste se suffisant » et d’« ouvriériste », au sens de militant croyant que l’action ouvrière est révolutionnaire en soi, même déconnectée d’un projet politique.
5. En 1912, Monatte reconnut une « lacune » dans le syndicalisme révolutionnaire vis-à-vis du socialisme et de l’anarchisme : le manque de vision politique générale. Dans La Vie ouvrière du 12 février 1912, il notait, avec Jules Lapierre, que les militants «  qui viennent du socialisme ou de l’anarchisme ont des idées générales, voient plus loin que le bout de leur nez, tandis que ceux qui n’ont passé que par nos syndicats ne regardent pas au-delà de l’augmentation des salaires et de la petite guerre quotidienne. ». Dans La Vie ouvrière du 20 octobre 1912, il constatait également avec inquiétude le désenchantement vis-à-vis de la CGT de nombre de militants qui revenaient à leurs structures spécifiques (Parti socialiste et Fédération communiste anarchiste). Il reconnut alors que l’action n’était pas tout, et que le syndicalisme révolutionnaire devait approfondir sa doctrine s’il voulait vraiment former un courant « se suffisant à lui-même ». Mais l’entreprise de clarification théorique lancé dans La Vie ouvrière ne put aboutir.
6. En août 1913, Pierre Monatte assista en observateur au congrès national anarchiste à Paris, mais considéra avec amertume que l’anarchisme était incapable de proposer une réponse à la crise syndicaliste, et ne faisait qu’accabler la CGT de reproches. Dans La Vie ouvrière du 5 septembre 1913, il concluait : « Il ne manquait là que Janvion. Mais son esprit y était ; il planait sur le congrès et je me demandais : il est devenu ça, l’anarchisme ? » Quelques jours après, il cosigna le « manifeste des 22 » (voir Léon Jouhaux). Monatte ne se retrouva donc pas dans la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire (FCAR), fondée à l’issue du congrès et désormais censée représenter l’anarchisme français. Il ne participa pas non plus à la campagne anti-électorale de 1914.
Par la suite, même s’il ne déclara jamais avoir renoncé à ses idées libertaires, Pierre Monatte n’eut plus de lien avec le mouvement anarchiste organisé et ne participa plus à aucune de ses manifestations. Le souci essentiel du restant de sa vie fut de régénérer le syndicalisme révolutionnaire — ce qu’il tenta en le liant à la Révolution russe, puis à la IIIe Internationale, puis en lançant La Révolution prolétarienne, mais jamais en s’appuyant sur l’anarchisme organisé.
Pour le reste de la biographie de Pierre Monatte, on se reportera à la notice rédigée par Colette Chambelland dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

ŒUVRE : Réflexions sur l’avenir syndical, Paris, Cahiers du Travail, 1921 — Les Commissions syndicales, Librairie de l’Humanité, 1924 — Lettre aux membres du Parti communiste, 1924 — Où va la CGT ? Paris, 1946 — Trois scissions syndicales, éditions ouvrières, 1958 — Préface à Socialisme et Liberté de Fritz Brupbacher, Neuchâtel, 1955. — Souvenir sur la Charte d’Amiens, L’Actualité de l’histoire, n° 16, octobre 1956.

SOURCES : Archives Monatte déposées à l’Institut français d’histoire sociale publiées, pour l’essentiel, par Colette Chambelland et Jean Maitron, sous le titre : Syndicalisme révolutionnaire et Communisme. Les Archives Pierre Monatte, Maspero, Paris, 1968 — Actes du congrès international d’Amsterdam, août 1907 — Le Libertaire du 19 juin 1910 — La Vie ouvrière du 5 septembre 1913 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

Colette Chambelland, Guillaume Davranche, Anthony Lorry

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