MÉREAUX Émile, Louis [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 7 septembre 1858 à Laon (Aisne), mort le 21 juillet 1922 ; ébéniste ; anarchiste.

Fils d’un ouvrier aux chemins de fer, Émile Méreaux, qui travaillait comme ébéniste à Charonne, était, selon Jean Grave* un « garçon calme et pondéré ». Il fut gérant de la série française du Révolté du 12 avril 1885 (date du 1er numéro parisien) au 10 septembre 1887.
En 1886, Méreaux adhéra au Groupe cosmopolite de Malato*, Jacques Prolo* et Schiroky*. C’est sous son influence que ce groupe socialiste révolutionnaire devint anarchiste. Malato le disait « convaincu jusqu’au fanatisme, modeste, d’allures sympathiques » et « affligé d’un bégaiement qu’il perdit plus tard en prison ».

Le 3 septembre 1887, Méreaux fut condamné en tant que gérant du Révolté à 14 jours de prison, à 500 francs d’amende et à la privation des droits civiques pour la publication des résultats d’une tombola en faveur de la Ligue des antipatriotes dont deux jeunes membres, Ferdinand Niquet* et Émile Bidault*, écopèrent de la même peine. Suite à cela, le journal changea de titre, et fut rebaptisé La Révolte, avec Jean Grave* pour gérant.

Le 16 octobre 1887, en sortant de la réunion restreinte ayant suivi un meeting de solidarité avec les anarchistes de Chicago, il fut arrêté avec, entre autres, Niquet* et Varoquaux, après avoir tiré des coups de revolver sur la police et blessé légèrement un sergent. Selon Émile Darnaud*, il s’était défendu après avoir été « victime d’une inqualifiable agression de la police... attaqué à coup de sabre ». Méreaux prétendit ensuite avoir tiré le premier, pour montrer au peuple « par l’exemple, qu’on est en droit de défense dès qu’on est menacé ». Le 5 janvier 1888 la cour d’assises de la Seine le condamna à deux ans de prison qu’il purgea à Poissy.

À sa libération il fréquenta le Cercle anarchiste international qui, fondé en 1888, était le principal lieu de rencontre anarchiste à l’époque (voir Alexandre Tennevin).

Vers 1892 il fonda à Montreuil, où il habitait, une sorte de communauté anarchiste autour d’une coopérative de production pour « prouver par la production, l’échange anarchiste, la supériorité de notre économie sur l’économie politique et bourgeoise actuelle » (La Révolte, 26 novembre 1892). Méreaux fut le responsable de la correspondance de ce groupe.

Toutefois, l’année suivante les fondateurs de cette commune anarchiste auraient été emprisonnés quelques mois à Mazas (cf. Libertaire, 4 août 1922). Vers 1895 Méreaux était l’animateur du groupe Les Soirées de Montreuil qui fut à l’origine, sous le nom des Soirées ouvrières, de la première université populaire. Il collaborait à cette époque aux Temps nouveaux de Jean Grave.
En 1914, il fut pour « la guerre du Droit » mais jugea, un an plus tard, s’être trompé et au printemps 1916 il cosigna le manifeste pacifiste « La paix par les peuples » (voir Charles Benoît) qui s’opposait au Manifeste des Seize (voir Jean Grave).

Méreaux mourut le 21 juillet 1922 avec, selon Le Libertaire, « la foi que la Vérité est dans l’Anarchie ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155036, notice MÉREAUX Émile, Louis [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 25 avril 2014, dernière modification le 19 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : Etat Civil. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste, op. cit. — Le Figaro du 17 octobre 1887 ; Le Journal des débats des 17 octobre 1887 et du 6 janvier 1888. — Émile Darnaud, Radical ou anarchiste ? éd. de la Révolte, juin 1888 ; Le Journal des débats du 23 avril 1892. — Charles Malato, De la Commune à l’anarchie, Stock, 1894 ; Le Libertaire du 4 août 1922. — Max Nettlau, Geschichte der Anarchie IV (Die erste Blütezeit der Anarchie, 1886-1894) ; Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1974. — Constance Bantman, « Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts », thèse en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, Paris-XIII, 2007 ; documents imprimés des programmes des Soirées de Montreuil au Musée de l’Histoire Vivante (Montreuil).

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