DUNOIS Amédée [CATONNÉ Amédée, Gabriel, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né à Moulins-Engilbert (Nièvre), le 16 décembre 1878 ; mort en déportation au camp de Bergen-Belsen, le 21 mars 1945 ; journaliste ; anarchiste puis syndicaliste révolutionnaire, puis socialiste, communiste puis de nouveau socialiste.

Amédée Dunois (1921)
Amédée Dunois (1921)
Agence Meurisse.

Brillant élève du collège de Clamecy (Nièvre), Amédée Dunois fut bachelier à 16 ans, en 1895. Il gagna alors Paris où il fut répétiteur-surveillant à l’école Jean-Baptiste-Say. Étudiant à la Sorbonne, il lut abondamment Kropotkine, Sorel, Proudhon et Marx, dont il soulignera par la suite l’influence dans l’anarchisme.

Selon une lettre du 15 février 1897 adressée à sa fiancée, c’est dès cette époque qu’il devint un « anarchiste conscient » et, en 1896, il se lia à Jean Grave qu’il admirait profondément.

En février 1899, il fut annoncé parmi les rédacteurs du Journal du peuple de Sébastien Faure. Il collabora par la suite au Réveil (Genève) et au Libertaire (Paris), parfois sous la signature de Raphael Danhinx.

En 1906 il reprit la rubrique syndicale des Temps Nouveaux après le départ de Paul Delesalle. À ce moment, Dunois estimait que le syndicalisme se suffit à lui-même, mais « ne suffit pas à tout » (Les Temps nouveaux, 1er décembre 1906).

Porteur du mandat de la Suisse romande, il participa, du 24 au 31 août 1907, au congrès anarchiste international d’Amsterdam, et fut, avec Georges Thonar et Hijman Croiset*, rapporteur du débat « anarchisme et organisation ». Anticipant sur le débat syndical, il porta une voix intermédiaire entre la position de Monatte et celle de Malatesta, en prenant acte du pluralisme dans le mouvement ouvrier, et en plaidant pour la structuration du mouvement anarchiste. Pour lui, le rôle des anarchistes, qu’il disait être « la fraction la plus avancée, la plus audacieuse et la plus affranchie, de ce prolétariat militant organisé dans les syndicats, c’est d’être toujours à ses côtés et de combattre, mêlé à lui, lors des mêmes batailles ». Mais pour peser, les militantes et les militants devaient se regrouper afin de « conférer à leur activité syndicale le maximum de force et de continuité ». Plus ils seraient forts, plus « forts seront aussi les courants d’idées que nous pourrons diriger à travers le mouvement ouvrier ». Il fit ensuite voter par le congrès une motion dite Dunois-Vohryzek-Malatesta enjoignant les groupes anarchistes de tous pays à se constituer en fédérations.

À son retour d’Amsterdam, Dunois annonça triomphalement dans la revue Pages libres du 23 novembre 1907que « désormais il ne sera plus possible à nos adversaires social-démocrates d’invoquer notre vieille haine de toute espèce d’organisation pour nous bannir du socialisme sans autre forme de procès. Le légendaire individualisme des anarchistes a été tué publiquement à Amsterdam par les anarchistes eux-mêmes ».

Cependant, Amédée Dunois évoluait. Quelques mois après son retour d’Amsterdam, il affirmait dans Le Réveil socialiste anarchiste du 2 novembre 1907 : « Syndicalisme révolutionnaire, anarchisme ouvrier, c’est pour moi tout un. » Puis, complètement rallié à la doctrine syndicaliste révolutionnaire, il affirmait dans L’Action directe du 29 janvier 1908 que « désormais, le syndicalisme révolutionnaire est « décidé à se suffire à lui-même en tout et pour tout ». Il voyait dans le syndicalisme un double mouvement de réaction contre « la déviation du socialisme dans la politique, la déviation de l’anarchisme dans l’intellectualisme », la synthèse des théories de Bakounine et de Marx (L’Action directe, 11 mars et 27 mai 1908).

Il ne participa donc que de loin à la tentative de Fédération anarchiste de Seine et de Seine-et-Oise au printemps 1908 (voir Marceau Rimbault) et entérina son échec en écrivant dans le Bulletin de l’Internationale anarchiste de décembre 1908 : « L’organisation anarchiste est impossible en France ; les camarades n’en ressentent aucunement le besoin, pas plus qu’ils ne ressentent la nécessité de rajeunir et de clarifier leurs idées au contact des faits nouveaux, des expériences nouvelles... » 

Par la suite, Amédée Dunois s’éloigna définitivement de l’anarchisme et se lia de plus en plus aux syndicalistes révolutionnaires. Il participa à L’Action directe de janvier à octobre 1908, écrivit dans La Révolution de Pouget en février-mars 1909, puis dans La Vie ouvrière de Monatte à partir d’octobre 1909. Dans la revue Portraits d’hier du 1er juin 1909, il publia une biographie de Bakounine, dans laquelle il insistait sur la dimension marxienne dans la pensée du « père de l’anarchisme ». Il assura ensuite la rubrique parlementaire dans La Bataille syndicaliste à partir de mai 1911. Dans Le Libertaire du 19 juin 1910, il s’était adressé aux militants désireux, autour de Georges Durupt, de créer une organisation anarchiste en affirmant avoir « l’absolue conviction que vous ne pourrez rien faire. [...] C’est par le syndicalisme révolutionnaire, et par lui seul, que l’anarchisme revivra ! »

En août 1912, en désaccord avec la polémique menée par La Bataille syndicaliste contre le PS au sujet de la loi Berry-Millerand, il démissionna du journal. Il entra à L’Humanité peu après. Il expliqua, dans La Guerre sociale du 18 décembre 1912, qu’il comptait adhérer au PS depuis 1909, mais en avait été empêché par la rivalité PS-CGT. Il devint ensuite un des lieutenants de Jean Jaurès.

Dans les années 1920, Amédée Dunois écrivit, pour L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, les articles « marxisme » et « socialisme ».

Pour une notice plus complète sur l’itinéraire d’Amédée Dunois, notamment après 1912, consulter le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155008, notice DUNOIS Amédée [CATONNÉ Amédée, Gabriel, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 10 mars 2014, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Guillaume Davranche

Amédée Dunois (1921)
Amédée Dunois (1921)
Agence Meurisse.

ŒUVRE (pour sa période anarchiste) : Introduction à Congrès anarchiste tenu à Amsterdam (août 1907), La Publication sociale, 1908 ― Le Mouvement bûcheron, édition des Cahiers nivernais, Nevers, 1909, 79 p. (dessins de B. Naudin) ― Portraits d’hier, « Michel Bakounine », 1er juin 1909.

SOURCES : Notice de J. Raymond pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français ― Arch. Nat. F7/12992, 13090 et 13091 ― Arch. Jean Maitron ― Lettre à sa fiancée du 15 février 1897 ― Le Libertaire du 19 juin 1910 ― La Guerre sociale du 21 août et du 18 décembre 1912 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014 — notes d’Anthony Lorry, de J. Girault et de Claude Pennetier — note de Philippe Catonné.

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