DESPRÈS Fernand, Désiré, Alfred

Par Jean Maitron et Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 13 avril 1879 à Ouzouer-le-Marché (Loir-et-Cher) ; mort à Alger le 14 février 1949 ; cordonnier, puis journaliste ; anarchiste puis communiste.

Avant 1896, Desprès exerça la profession de cordonnier chez Constant Marie, dit « le Père la Purge », qui l’initia aux théories anarchistes. Engagé dans l’affaire Dreyfus, il collabora en 1899 au Journal du peuple puis au Libertaire (voir Sébastien Faure) où il tint la rubrique « Au hasard du chemin ».

En 1900-1901, il fréquentait Laurent Tailhade. C’est sans doute chez lui qu’il fit la connaissance de Miguel Almereyda. D’après Tailhade qui, selon les souvenirs de Fernand Kolney, voyait en eux un « couple athénien », Desprès et Almereyda furent amants.

Quand, en juin 1901, Almereyda fut condamné à un an de prison, Fernand Desprès alla demander de l’aide à Francis Jourdain pour faire libérer son ami de la Petite-Roquette. Jourdain raconte avoir alors vu « un jeune homme au teint jaune, ramenant sans cesse sur ses épaules, d’un geste embarrassé, un capuchon d’écolier ». Jourdain voyait en Desprès quelqu’un de « timide » et « maladif ».

À la libération d’Almereyda, les deux jeunes gens emménagèrent ensemble dans une chambre de la rue des Saules, à Paris 18e, et Desprès amena Almereyda au groupe La Jeunesse libertaire du 6e, animé par Victor Méric. A la même époque, il abandonna tout travail manuel pour se consacrer à la politique et au journalisme au Libertaire. Il écrivit également en 1904 dans Libre Examen d’Ernest Girault et dans La Tribune internationale.

Au printemps 1903, Almeredya s’était installé avec Emily Cléro. Quand leur fils, Jean Vigo, naquit en avril 1905, Fernand Desprès en fut le parrain.

Quand La Guerre sociale fit son apparition, en décembre 1906, Fernand Desprès y collabora. Il donna également des articles aux Cahiers de l’Université populaire qui parurent en 1906-1907. En même temps, il gagnait sa vie en travaillant de nuit comme correcteur pour divers titres de la presse parisienne, et de jour en donnant des cours de français. Il fut admis au syndicat CGT des correcteurs le 1er mars 1908.

Au début de 1909, la justice tenta de l’impliquer dans une affaire de faux mandats internationaux, mais la machination tomba à plat et il bénéficia d’un non-lieu.

À l’aube du 11 juin 1909, son domicile fut perquisitionné dans le cadre de l’enquête sur la vague de sabotage contre les lignes télégraphiques et téléphoniques. Il habitait alors 23, rue de la Glacière, à Paris 13e.

En 1911, Desprès abandonna La Guerre sociale pour se consacrer à La Bataille syndicaliste dont il devint un des principaux rédacteurs sous le pseudonyme d’A. Desbois.

De mars à mai 1912, il appartint au Comité antiparlementaire révolutionnaire — impulsé par la FRC — qui mena une campagne abstentionniste à l’occasion des élections municipales de mai. Ce comité, dont Henry Combes était le secrétaire et Lucien Belin le trésorier, rassemblait 25 personnalités anarchistes et/ou syndicalistes révolutionnaires (voir Henry Combes).

Inscrit au Carnet B avant la guerre de 1914-1918, il fut durant la guerre réformé n° 2 et défendit le pacifiste Romain Rolland dans les colonnes de La Bataille syndicaliste dès octobre 1914. En août 1915, Desprès et Marcelle Capy démissionnèrent du quotidien syndicaliste en raison de sa ligne « union sacrée », et rendirent leur position publique dans une lettre ouverte : « Pourquoi nous avons quitté La Bataille syndicaliste ».

Desprès collabora alors au Journal du peuple fondé en 1916 par Henri Fabre, adhéra au Comité de défense syndicaliste (CDS) et écrivit dans L’Avenir international de Raymond Péricat. Le 13 avril 1918, il lança le journal pacifiste La Plèbe, avec Jean de Saint-Prix et Marcel Martinet. La Plèbe fut cependant rapidement interrompue car dès le mois de mai 1918, peu après le congrès des minoritaires de la CGT à Saint-Étienne, Desprès fut arrêté. Inculpé d’intelligence avec l’ennemi à la suite d’une visite à Romain Rolland à Genève, il fut poursuivi devant le 3e tribunal de guerre de la Seine et bénéficia d’un non-lieu.

En août 1917, après la mort d’Almereyda dont il s’était éloigné à cause de son évolution politique, Fernand Desprès confia son filleul Jean Vigo à la famille Aubes, dont était issu le compagnon de la mère d’Almereyda. Jusqu’à la fin, il devait rester très proche de Jean Vigo.

De 1917 à 1921, Fernand Desprès fut membre du comité syndical des correcteurs.

Après avoir séjourné dans l’Aisne au lendemain de la Première Guerre mondiale Desprès s’installa à Anzin (Nord) en 1920 pour y travailler comme chaudronnier. En fait, il semblerait que, sous le nom de Desbois, il y ait été « parachuté » pour mettre sur pied les comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) de l’arrondissement de Valenciennes dont il devint le secrétaire en 1921. Propagandiste résolu, utilisant souvent la violence verbale, il tenta d’attirer vers la IIIe Internationale les militants anarchistes et syndicalistes de la région de Valenciennes. Il quitta le Nord à la fin de l’année 1921.

Desprès adhéra dès sa formation au Parti communiste-SFIC et fut très actif au sein de la 20e section de la fédération de la Seine. Il fut à l’époque administrateur de L’Humanité. Délégué au IIe congrès du Parti communiste (Paris, octobre 1922), il se confond vraisemblablement avec « Destrée », élu membre suppléant du comité directeur.

Il aurait démissionné du Parti communiste pour protester contre la décision d’exclure les membres de la franc-maçonnerie. Pourtant, le bureau politique réuni le 23 janvier 1923 le nomma adjoint de Labrousse au service des « grandes informations » de L’Humanité, fonction qui ne pouvait être confiée qu’à un communiste. Il était membre de la commission coloniale en 1926.

Desprès, de culture libertaire et syndicaliste, souffrit parfois au sein du PCF, et notamment de ses congrès « où la moindre interprétation, non conforme aux nuances infiniment changeantes de l’idéologie, peut vous faire qualifier de petit-bourgeois ou taxer de déviation de gauche » (lettre à Pierre de Saint-Prix du 20 août 1926). Il demeura cependant au PCF car « quoi qu’on en pense, la Russie actuelle est sacrée parce qu’elle est la Révolution... » (lettre à Pierre de Saint-Prix du 3 février 1930).

Le PCF l’aurait présenté aux élections législatives du 1er mai 1932 dans la 1re circonscription de Fontenay-le-Comte (Vendée) mais son nom n’apparaît pas dans les résultats publiés par La Vie socialiste du 14 mai 1932.

Pendant plusieurs années, il assura la chronique judiciaire de L’Humanité mais, en janvier 1933, il fut « remercié » et remplacé par Louis Aragon, dans des conditions semble-t-il inélégantes.

Georges Cogniot parla de lui comme d’un « écrivain de talent, érudit et poète, collaborateur de notre rubrique littéraire, c’était aussi un camarade modeste et discret, presque effacé » (Parti pris, p. 213).

En 1939, au début de la guerre, Desprès quitta son domicile parisien, 17, rue Belgrand, à Paris XIIIe, pour s’installer à Nice. Le 1er février 1940, ne payant plus sa cotisation, il fut radié du syndicat des correcteurs. Au moment de sa mort, en 1949, il travaillait à la radiodiffusion d’Alger.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155007, notice DESPRÈS Fernand, Désiré, Alfred par Jean Maitron et Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 1er avril 2014, dernière modification le 6 août 2019.

Par Jean Maitron et Claude Pennetier, notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053, F7/13090, F7/13260, F/713262 — Arch. PPo. Ba/1715 — Arch. Dép. Nord, M 595/43 et M 595/44 — I.M.Th., bobine 172 et 302 ― La Guerre sociale du 3 mars 1909 — L’Intransigeant du 11 juin 1909 — L’Œil de Paris du 6 janvier 1934 — Alfred Rosmer, Le Mouvement ouvrier pendant la guerre, tome I, 1936, pp. 561-566 — L’Humanité du 21 avril 1932 et du 16 février 1949 —Francis Jourdain, Sans remord ni rancune, Corrêa, 1954 — P.E. Salès Gomès, Jean Vigo, Ramsay, 1957 — Robert Brécy, Le Mouvement syndical en France, Mouton, 1963 — Yves Blondeau, Le Syndicat des correcteurs de Paris et de la région parisienne (1881-1973), supplément au Bulletin des correcteurs n°99, 1973 ― René Bianco, Cent ans de presse..., op. cit. — Note de Y. Le Maner — Gilles Picq, Laurent Tailhade ou De la provocation considérée comme un art de vivre, Paris, Maisonneuve & Larose, 2001.

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