COUTANT Philippe [Dictionnaire des anarchistes]

Par Hugues Lenoir

Né le 22 janvier 1952 au château de Corbilly, à Arthon (Indre), mort le 1er mars 2015 à Saint-Herblain (Hôpital Laënnec) (Loire-Atlantique) ; informaticien ; militant de la Fédération anarchiste, de la CNT, et membre de la Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI).

Son père était jardinier et sa mère cuisinière au château. Son père (toujours en vie en 2015), René Coutant, naquit à Montgivray (Indre) en octobre 1923, lui-même de parents agriculteurs. Sa mère (toujours en vie en 2015), Jeanne Ducoudray, née en mai 1928 à Arthon (Indre), est fille d’épicier.

Philippe Coutant fit ses études secondaires au petit séminaire de Neuvy-sur-Barangeon (Cher), car son projet à l’époque était de devenir prêtre ; puis au lycée agricole de Châteauroux, où il obtint un bac D’, bac des lycées agricoles, et le BTA (brevet de technicien agricole). De 1973 à 1981, il fit des études à l’université de Poitiers en sociologie et en philosophie, où il obtint un diplôme d’enseignement général universitaire (DEUG), puis une licence de sociologie à Tours, tout en travaillant. Il reprit ses études en 1990 à Nantes, toujours en philosophie, où obtint d’abord une licence, puis en 2007 un master.

De 1975 à 1981, il fut pion, de 1981 à 1985, il travailla à Paris. En 1982, il entra au ministère des Finances où il fut programmeur en 1983, puis, suite à une mutation, à Nantes où il résida kusqu’à son décès. Il vécut avec Nelly Blanchard avec laquelle il eut deux enfants avant qu’ils ne se séparent.

Son parcours militant d’abord influencé par le messianisme chrétien fut par la suite modifié suite à la rencontre avec un enseignant libertaire au lycée puis un militant maoïste à Poitiers. Dès le lycée, il participa à l’agitation lycéenne post-Mai 68. À la fin de 1973, il adhéra à Combat communiste (maoïste) à Poitiers, où il milita jusqu’en 1981. En 1986 ou 1987, il rejoignit le Gasprom (Groupement accueil promotion des travailleurs immigrés) et l’ASTI de Nantes (Association de solidarité avec les travailleurs immigrés adhérente à la FASTI) jusqu’en 1998 puis le GCR (Groupe communiste révolutionnaire) vers 1987, jusqu’en 1996.

De 1993 à 2000, il collabora au groupe local du SCALP-No Pasaran. Vers la fin du GRC, en 1995, il participa à la création de la CNT Nantes avec Georges Birault, Christian Veron*, Thierry Septembre, puis à celle du local autogéré Bellamy 17 à Nantes. À partir de 2001, avec le mandat CNT Interco 44 (le collectif B17 fut constitué des représentants des associations et groupes). Dans ce local, Philippe Coutant participa à l’Infokiosk et à plusieurs groupes de réflexion, dont celui nommé Constellatio, issu du groupe philo d’Apo33. En 2008, il était toujours adhérent de la CNT. Il fut à l’origine du site Internet http://1libertaire.free.fr créé en juillet 2001. Il fut membre du comité de rédaction de la revue de la CNT Vignoles Les Temps maudits depuis sa création en 1997. En 2006, il fut poursuivi avec Chantal Thomas de la CNT-AIT pour diffamation suite à une émission en octobre 2005 sur Mindin, un établissement pour polyhandicapé.e.s près de Saint-Nazaire. La diffamation ne fut pas prononcée. L’enjeu du débat portait sur la maltraitance institutionnelle.

Philippe Coutant fut par ailleurs membre du bureau confédéral de la FASTI dont était membre le Gasprom ASTI de Nantes pendant deux mandats (quatre ans 1989-1993), et membre de la commission séjour, puis de la commission formation à Paris pour la FASTI jusqu’en 1996.

Il avait été engagé dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Philippe Coutant est décédé le 1er mars 2015 à Saint-Herblain (Hôpital Laënnec) (Loire-Atlantique), suite à un AVC.

Il ne peut être fait abstraction de ses recherches tant dans le domaine de la psychanalyse (participant au séminaire de l’école psychanalytique de Bretagne depuis 15 ans) que de celui de la philosophie politique (impliqué depuis peu dans le CRDPP depuis 2012), qu’il ne pouvait dissocier de son militantisme et du pont qu’il avait su créer pour relier ces deux domaines entre action et réflexion.

Alain Brossat, professeur de philosophie politique et philosophie contemporaine à Paris VIII. a écrit : "Au fil des années, Philippe Coutant a manifesté un intérêt croissant pour la philosophie. Il s’est inscrit en thèse au département de philosophie de l’université Paris 8 Saint-Denis, souhaitant approfondir dans ce cadre sa réflexion sur les nouvelles formes de subjectivité (la « subjectivation », notion empruntée, entre autres, à Michel Foucault) produites par le néo-libéralisme. Son décès prématuré l’a empêché de conduire son projet de recherche à son terme, mais il a eu l’occasion d’en présenter les résultats les plus aboutis dans le cadre du Centre de documentation et de réflexion sur les philosophies plébéiennes dont il s’était rapproché à partir de 2012 – notamment dans deux exposés : « Quels modèles pour analyser l’assujettissement plébéien ? » (septembre 2013) et « La métropolisation de Nantes » (décembre 2013). "
Jeanine Pirard-Le Poupon de l’École Psychanalytique de Bretagne témoignait : "Depuis 15 ans, Philippe était un participant assidu et actif d’un séminaire orienté à partir de la question des mutations sociales et de leurs effets dans la clinique. Philippe n’était pas psychologue, ni psychanalyste. Je ne sais pas comment il aurait aimé que je le définisse : philosophe ? oui sûrement, il travaillait et lisait énormément, était engagé dans une thèse. Mais surtout il était engagé dans la lutte politique . Militant libertaire, il était de toutes les luttes avec les précaires, les sans-papiers, les salariés bafoués dans leurs droits, les jetés des entreprises délocalisées, les résistants sur leur terre… tous les laissés pour compte de la sauvagerie capitaliste. Il combattait pour l’humain.

Lorsque nous nous demandions ce que Discours Capitaliste veut dire, outre lire Lacan, on s’adressait à Philippe qui nous démontrait et nous montrait , grâce à sa grande culture et son expérience, comment ce discours s’inscrit dans nos vies, inscrit l’inhumanité dans nos sociétés."

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155005, notice COUTANT Philippe [Dictionnaire des anarchistes] par Hugues Lenoir, version mise en ligne le 29 avril 2014, dernière modification le 7 décembre 2015.

Par Hugues Lenoir

ŒUVRE :
Émission de radio InterRaï pour le Gasprom jusqu’en 1997 sur Alternantes 98.1. — Émission de radio Le Magazine libertaire et à titre personnel depuis cette date toujours sur Alternantes 98.1 depuis 1997 .
De nombreux articles dans la presse et les revues libertaires : Bulletin du Gasprom, No Pasaran, M Mouvements, Les Temps maudits, etc. — « La xénophobie au pouvoir », REFLEXes, n° 50, 1995. — « La fascisation soft : une alliance du relativisme et de l’individualisme », Alternative libertaire, Bruxelles, n° 209, septembre 1998. — « Nous sommes tous et toutes des croyants/tes », Alternative libertaire, Bruxelles, n° 211, novembre 1998. — « L’autorité dans les groupes militants », Les Temps maudits, n° 12, 2002. — « Une femme à l’Élysée », Les Temps maudits, n° 25, 2007. — « Pourquoi Sarkozy », Les Temps maudits, n° 26, 2007.
Deux ouvrages :
Le sujet et le capitalisme contemporain, Éditions de la Gréneraie, 2011. — Gérer sa vie Éditions de la Gréneraie, 2014.

SOURCES : Témoignage direct. — Nécrologie in Le Monde libertaire, n° 1770, avril 2015. — Témoignage de sa femme, Catherine Le Groux.

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