Né à Milan le 31 octobre 1924, mort à Vergiate (Italie) le 16 juin 2003. Peintre, sculpteur, "libertaire anarcho-pataphysicien".

Dans les années 1950, après des études d’art, Baj prit contact avec le groupe Cobra puis participa à la naissance du Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste. En 1960, il participait avec Jean-Jacques Lebel* et d’autres à la réalisation du Grand Tableau antifasciste collectif, qui fit scandale.
Ses généraux, réalisés dans les années 1960, étaient plus décorés que ceux de l’armée rouge. Couverts de médailles, dragonnes, glands, dorures, cordons, galons, soutaches, écussons, épaulettes, fourragères, passementeries diverses et autres mignardises, exposés en 1964 à la Biennale de Venise, les hochets choquèrent, et Baj fut prié de recouvrir les décorations : "J’achetai du ruban adhésif noir, expliquait-il, et je l’appliquai en croix sur les zones censurées. Ces croix devinrent immédiatement pour l’œil du spectateur des croix nazies, des symboles de l’oppression de la culture." André Breton ne s’y était pas trompé qui définissait l’aspect ludique et ironique de Baj comme un masque, camouflant "un engagement constant et cohérent contre toute forme de destructivité et d’oppression de l’homme sur l’homme".
En 1970, il réalisa les Funérailles de l’anarchiste Pinelli, une fresque inspirée du Guernica de Picasso, longtemps interdite d’exposition. Puis des Ubus en veux-tu en voilà, puis des Berluskaiser, puis d’autres monstres à mourir de rire et d’effroi, puis un monument ironique à Bakounine, présenté à Berlin puis à Ascona (Tessin, Suisse). Il fut aussi le promoteur d’un véritable monument à Bakounine près de sa maison La Baronata à Minusio (Tessin). Lui-même était la générosité personnifiée ; le CIRA de Lausanne entre autres a bénéficié de ses largesses.
Pour Baj, le moteur de son inspiration n’était ni l’appât du gain, ni la gloire factice mais bien « l’esprit libertaire toujours présent dans les pulsions initiales de l’artiste. Pourquoi s’engage-t-on dans cette activité là ? Pour la liberté de l’invention, l’imagination créatrice, l’adhésion à son temps ».

ŒUVRE en français, traduit par Jean-Manuel Traimond : Sous l’art, l’or, Lson, ACL 2002 — Discours sur l’horreur de l’art (en dialogue avec Paul Virilio), ACL 2003.

SOURCES : Baj - Bakunin : atti del convegno : Monte Verità Ascona 5 ottobre 1996, Lugano, La Baronata, 2000 — Le Monde, 19.6.2003 — catalogues d’exposition.

Marianne Enckell

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