NARCISSE Pierre [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né vers 1865. Cordonnier. Militant anarchiste et syndicaliste à Toulouse puis membre de La Ruche de Sébastien Faure.

Militant du groupe toulousain Les Vengeurs, fondé en 1886, et où il était le bras droit de Marius Madières, Pierre Narcisse, « petit toulousain râblé à l’œil malin, qui portait un collier de barbe rouquine et fumait ninas sur ninas », fut condamné à huit jours de prison " pour outrages aux agents " au cours d’une des conférences de Sébastien Faure*, au printemps de 1889.

Propagandiste, il vendait la presse libertaire, Le Père Peinard, la Révolte auxquels il était abonné et tous écrits révolutionnaires. Il fut l’objet en novembre 1893 d’une perquisition au cours de laquelle la police saisit de nombreux ouvrages de Kropotkine, Bakounine et Reclus. Après 1894, il devint l’un des correspondants toulousain notamment du Libertaire et du Père Peinard.

En 1897, il prit part au congrès de Toulouse de la CGT où il représentait les bûcherons de Villers-Cotterêts et les cordonniers cousu-main de Toulouse. Il s’inscrivit dans la 8e commission du congrès, chargée de travailler sur le boycottage. Ce fut probablement la première intervention anarchiste concertée dans un congrès confédéral CGT (voir Émile Pouget). Il habitait alors rue des Lois à Toulouse.

Le 9 janvier 1898, lors d’une réunion du groupe Les Vengeurs, il prit fait et cause pour Dreyfus en déclarant que ce dernier et Picquart étaient "les plus grands martyrs du siècle". En 1899 il fut condamné à dix mois de prison pour "outrage à magistrat", puis passa une vingtaine de jours à Paris avec sa femme, et déclara loger chez Sébastien Faure.

En 1905, ils accompagnèrent S. Faure dans une tournée de propagande. En septembre de cette même année, ils s’installèrent à La Ruche, école libertaire fondée par S. Faure en janvier 1904, près de Rambouillet (Seine-et-Oise). Adroit et serviable, Narcisse aida à la Ruche, les uns et les autres en réparations et bricolages divers. Selon le témoignage d’Alfred Joriot, « les soirs qu’il voulait gâter son monde, Narcisse faisiat marcher le phonographe, un beau phonographe à rouleaux, au pavillon resplendissant. Lui seul savait manipuler cet appareil étonnant qu’il entourait de soins paternels. Il y avait de jolis airs, des romances qui faisaient soupirer les filles et blaguer les garçons, des morceaux d’opéra et certaines chansons comiques, qui, chaque fois au bon moment, provoquaient les mêmes coups de coude, coups d’œil avertis ou éclats de rire » (Le Fossé, manuscrit autobiogr., p.25).

En 1911, le couple regagna Toulouse, ayant été renvoyé par Sébastien Faure après que celui avait appris qu’Anna Narcisse avait pris l’habitude de fouetter avec une badine les mollets des enfants qui traînaient autour de la cage où se trouvaient les petits poussins.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154949, notice NARCISSE Pierre [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 16 avril 2014, dernière modification le 24 avril 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : M.-B. Marié, "La Presse toulousaine...", DES Toulouse, 1958 — J.M. Poli, « Le mouvement anarchiste toulousain à la fin du 19è siècle », 1971 — R. Lewin, Sébastien Faure et la Ruche….., op. cit. — Compte tendu du IIIe congrès de la CGT à Toulouse (1897) — Jean-Marc Izrine, Les Libertaires dans l’affaire Dreyfus, Alternative Libertaire, 2006.

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