GUILBEAUX Henri, Louis, Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Nicole Racine, notice revue par Guillaume Davranche

Né le 5 novembre 1884 à Verviers (Belgique), mort à Paris, le 15 juin 1938 ; écrivain, journaliste, fondateur de la revue Demain (1916-1917) ; socialiste, anarchiste, puis communiste.

Henri Guilbeaux (1919)
Henri Guilbeaux (1919)
Croquis de Noël Dorville

Henri Guilbeaux était le fils de Marie Malfait et d’Auguste Guilbeaux, Français établi en Belgique où il dirigeait une teinturerie pour laines.

Jeune poète influencé par la poésie allemande contemporaine qu’il contribua à faire connaître en France, il fit paraître en 1907 à Strasbourg un recueil, Berlin, carnet d’un solitaire, puis en 1909 aux éditions de la Phalange, Berlin, feuillets d’un solitaire. En 1908, il consacra un livre à Verhaeren dont il était le disciple, puis en 1910 à Whitman, qu’il admirait. Il fut par la suite également influencé par le futurisme.

Rentré en France en 1908 pour accomplir son service militaire, il fut réformé. Après s’être marié à Paris, le 6 septembre 1909, avec Henriette Cobrat, il vécut en région parisienne, à Cernay, Ermont, Sannois puis Paris.

En 1909, il entra, avec Bazalgette, au comité de rédaction de la Revue des lettres et des arts, fondée à Nice en 1908. Membre du Parti socialiste, il le quitta en 1910 et passa à l’anarchisme. Ami de Viple, des Hommes du Jour, il écrivit dans cette revue, ainsi que dans La Guerre sociale de Gustave Hervé et dans Le Libertaire. À partir du 30 décembre 1911, sous le pseudonyme de James Burkley, il collabora régulièrement à L’Assiette au beurre, puis en devint rédacteur en chef jusqu’à la disparition de la revue, en octobre 1912. En 1913, il était membre du Club anarchiste communiste, un groupe adhérent de la Fédération communiste anarchiste (FCA), et rédigeait des critiques d’art dans son journal, Le Mouvement Anarchiste.

En janvier 1913, quelques semaines avant le procès des rescapés de la « bande à Bonnot », il fut le secrétaire du Comité pour la défense du droit d’asile impulsé par la FCA, dont le trésorier était Joseph Ouin* et dont l’adresse était au siège du Libertaire, 15, rue d’Orsel, à Paris 18e.

Avec John Grand-Carteret, P.-H. Loyson, Alexandre Mercereau, il fonda Pour mieux se connaître, un groupe de rapprochement franco-allemand et participa à un colloque d’intellectuels à Gand.

Sur la période 1911-1914, il donna des articles à La Bataille syndicaliste, à La Vie ouvrière, au Libertaire, aux Documents de progrès, à L’Effort libre de J.-R. Bloch,aux Humbles de Maurice Wullens*, ainsi à qu’à deux publications belges, La Société nouvelle et L’Exploité d’Émile Chapelier. En 1914, il travaillait pour le Gil Blas,Les Hommes du Jour,La Grande Revue, et était secrétaire de rédaction de La Revue de Jean Finot. À la même époque, il aurait été correspondant des journaux allemands Berliner Tageblatt et Gazette de Voss.

Dès les premiers mois de la guerre, il prit fait et cause pour Romain Rolland dans la presse syndicaliste. Le 5 novembre 1914, sa « Lettre ouverte à Romain Rolland » paraissait dans La Bataille syndicaliste, peu après l’article d’Amédée Dunois* dans L’Humanité du 26 octobre qui reproduisait les premiers extraits des articles de Romain Rolland dans Le Journal de Genève.

Le 22 novembre 1914, Henri Guilbeaux fit une conférence sur « Romain Rolland et la guerre » à la ghilde Les Forgerons, un groupe anarchiste individualiste (voir Han Ryner), conférence à la suite de laquelle fut rédigée une adresse à Romain Rolland. Amené par Marcel Martinet au noyau de La Vie Ouvrière, Henri Guilbeaux participa aux réunions du Quai de Jemmapes où il rencontra aussi Trotsky et Martov.

D’abord mobilisé au début 1915, il fut affecté à un régiment d’infanterie à Saint-Brieuc, puis fut réformé définitivement peu après. En juin 1915, il partait pour la Suisse après avoir obtenu régulièrement un passeport. À Genève, Romain Rolland lui trouva une place comme secrétaire du Dr Ferrière, à l’Agence internationale des Prisonniers de guerre. Henri Guilbeaux fut alors du petit groupe pacifiste et internationaliste qui entourait Rolland. Il communiquait à ce dernier les écrits des syndicalistes minoritaires opposés à la guerre comme la brochure de Rosmer, Lettre aux abonnés de La Vie Ouvrière  : la conférence de Zimmerwald. À la fin 1915, Guilbeaux fit paraître à Genève sa brochure Pour Romain Rolland.

Le 15 janvier 1916, Henri Guilbeaux publiait chez le libraire Jeheber, à Genève, le premier numéro de sa revue pacifiste Demain, dont la maquette de la couverture avait été dessinée par Franz Masereel. Il avait créé Demain comme foyer d’opposition à la guerre, sans autre programme que le combat pour la paix. Dans Du Kremlin au Cherche-Midi, il expliquait : « J’ambitionnais,de défendre le territoire de la pensée abandonné partout à l’ennemi nationaliste grâce à la trahison des intellectuels. » Y collaborèrent des pacifistes (Romain Rolland), des syndicalistes révolutionnaires (Marcel Martinet) des anarchistes (jacques Mesnil*), des socialistes (Martov, Angelica Balabanova). Demain se rallia peu à peu aux idées zimmerwaldiennes. Dès son numéro 3, elle fut interdite en France où elle pénétra illégalement (notamment grâce à Lucie Colliard).

En avril 1916, Guilbeaux représenta le noyau de La Vie ouvrière à la conférence de Kienthal. Il y rencontra pour la première fois Lénine qu’il vit fréquemment par la suite. Henri Guilbeaux fit alors de Demain l’organe du zimmerwaldisme de gauche. En mai 1916, Henri Guilbeaux adhéra au Parti socialiste de Suisse — section du Plainpalais. Son itinéraire s’éloigna alors de l’anarchisme pour évoluer à marche rapide vers le bolchevisme, puisque dès mai 1917 il devint correspondant officiel de la Pravda en Suisse et en France.

Pour une notice plus complète sur Henri Guilbeaux, consulter le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Ses pseudonymes connus sont James Burkley, Cartigny, Cobrat, Dalou, André Sastor et Wolf.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154931, notice GUILBEAUX Henri, Louis, Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Nicole Racine, notice revue par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 27 avril 2014, dernière modification le 15 mai 2014.

Par Nicole Racine, notice revue par Guillaume Davranche

Henri Guilbeaux (1919)
Henri Guilbeaux (1919)
Croquis de Noël Dorville

ŒUVRE : Mon crime. Contre-attaque et offensive, Genève, éd. de la revue Demain, avril 1918 ― Du Kremlin au Cherche-Midi, Gallimard, 1933.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053, F7/13086, F7/13371, F7/13373, F7/13474, F7/13475, F7/13477, F7/13487 ― Arch PPo GA/G3 ― Arch. Jean Maitron ― Le Libertaire du 25 janvier 1913 ― Le Mouvement anarchiste, 1912-1913 ― La Revue des causes célèbres, année 1919 ― René Bianco, « Cent ans de presse anarchiste », op. cit. ― Fonds Marcel Martinet, BNF ― Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919, Albin Michel, 1952 ― E. et M. Dixmier, L’Assiette au Beurre, revue satirique illustrée, 1910-1912, Maspero, 1974.

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