Né le 1er septembre 1929 à Quilmes (Argentine), mort le 13 mars 2018 à Paris ; militant anarchiste d’abord en Argentine puis en France ; médecin et psychanalyste.

Colombo, 2009
Réunion publique pour le 60e anniversaire de La Protesta , Buenos Aires, 1957 : E. Colombo et Alberto Bianchi [ Bianchi, Alberto (1898-1969) militant anarchiste actif autour des années 20 et 30 dans les mouvements pour la défense de Sacco et Vanzetti et contre la dictature du Gral Uriburu. Rédacteur de divers journaux anarchistes comme La Obra (1917-1918) et La Antorcha (1921-1932), il collabore aussi à la revue Reconstruir pendant la décade du 60.)
Semaine culturelle de la CNT, Barcelona 1983 : Daniel Cohn-Bendit, E. Colombo, Pep Castells, Pelegrini Otero
Son père, Eduardo Colombo, qui était né en Argentine en 1900, décédé en 1964, était fils d’émigrants italiens. Il exerça la médecine et fut professeur de médecine aux universités de Buenos Aires et de La Plata. Sa mère, fille d’émigrants catalans français, était née à Quilmes en août 1905, décédée en 1996. Elle n’eut pas de profession. Aucun des deux parents n’a eu d’engagement militant.
Eduardo R. Colombo vit avec Heloisa Castellanos, psychologue et psychanalyste, depuis 1960. Elle est aussi militante anarchiste et a participé au comité de rédaction de La Lanterne noire et fait partie actuellement de celui de la revue Réfractions.
En 1956, après des études de médecine, il exerça à Buenos Aires en libéral et comme médecin des hôpitaux. De 1958 à 1962, il fut chargé de cours en psychiatrie et en psychologie clinique dans les facultés de médecine et de philosophie et, de 1962 à 1963, il occupa le poste de secrétaire de rédaction de la revue Acta psiquiátrica y psicológica de América Latina. En 1961, il commença sa formation dans l’Association psychanalytique argentine. De 1962 à 1966, Eduardo Colombo exerça comme professeur de psychologie sociale dans les universités de La Plata et de Buenos Aires, postes dont il démissionna en 1966 après que le coup d’État militaire du général Ongania fît occuper par la police (« Nuit des longs bâtons ») toutes les universités du pays. Il fut ensuite membre fondateur de l’Association argentine de psychiatrie sociale et directeur de la revue Psiquiatria social (1968-1970). En 1970, il s’exila en France avec sa compagne et leurs enfants.
Le parcours militant d’Eduardo Colombo débuta en Argentine dès 1945 où il fut actif dans les centres d’étudiants du secondaire et de l’université. Sa participation au mouvement anarchiste commença en 1947. Il rejoignit la FORA (Fédération ouvrière de la région argentine) à partir de 1948. En 1949, il fut emprisonné, avec d’autres militants, pour la publication d’une feuille anarchiste.
En 1952, il fut membre du conseil fédéral de la FORA. Entre 1956 et 1969, il fit partie de la rédaction du journal anarchiste La Protesta dont il fut « éditeur responsable » dans les quelques périodes où le journal ne fut pas clandestin. Entre 1954 et 1955, il intégra la junte représentative de la Fédération universitaire argentine (FUA) qui est la Fédération nationale de tous les syndicats étudiants, hormis quelques petits syndicats nationalistes ou fascistes. À nouveau emprisonné à cause de la grève universitaire de 1954, il fut à sa sortie illégalement exclu de l’université. Il reprit ses études en 1956. Pendant toutes ces années, il donna de nombreuses conférences à la Biblioteca Popular José Ingenieros et dans d’autres locaux du mouvement anarchiste de Buenos Aires et de l’intérieur du pays.
Durant sa militance argentine, Eduardo Colombo participa à la vie et aux luttes du mouvement ouvrier et universitaire. Il prit part activement à la grève du port de Buenos Aires en 1952, durant laquelle six ouvriers de la FORA furent torturés. Il collabora, lors de ce conflit et avec d’autres compagnons, à la publication d’une feuille clandestine de quatre pages, Agitación. Il soutint la grève totale des Constructions navales (FONC – Fédération ouvrière en constructions navales) qui dura treize mois en 1956-1957 et, la même année, il donna aussi sa solidarité active, au sein de l’Agrupación anarquista de Quilmes, à une grève du textile qui lui valut une perquisition musclée à son domicile durant laquelle la police trouva des armes. Il fut par ailleurs délégué de La Protesta au 1er Congrès ordinaire de la FAU (Fédération anarchiste d’Uruguay) en 1957 à Montevideo, et à Santiago du Chili en 1962 lors d’une conférence régionale du mouvement anarchiste du Chili. Il représenta la FORA au 14e Congrès de l’AIT à Montpellier en octobre 1971 et fut le délégué « indirect » pour l’Uruguay au Congrès international des fédérations anarchistes (CIFA II) à Paris, en août 1971.
Dès son arrivée en France en 1970, il prit contact avec le mouvement anarchiste dont les liens avaient été établis pendant sa militance argentine.
Soucieux d’une vraie production intellectuelle anarchiste, il participa à la création et à la publication de plusieurs revues théoriques. De 1974 à 1978, il fut membre du comité de rédaction de La Lanterne noire (Paris), puis de 1983 à 1996 de Volontà (Milan) et, enfin, de Réfractions (France) depuis 1997. Il a aussi été adhérent à la CNT-F et membre des Editions CNT-RP.

ŒUVRE : El imaginario social, Ed. Nordan, Montevideo (Uruguay), 1989 (première édition) trad. en italien : L’immaginario capovolto, Eleuthera, Milan, 1987 ; Analyse de l’Etat : réflexion sur l’Etat inconscient, de René Lourau, 1991 ; Mutations et alternatives radicales, Scalp-No Pasaran, 1995 ; L’Organisation révolutionnaire internationale du prolétariat : anarchisme, anarchosyndicalisme, syndicalisme révolutionnaire, CNT-RP, 1997 ; Los desconocidos y los olvidados, Ed. Nordan, Montevideo, 1999 ; El espacio político de la anarquía, Ed. Nordan, 2000, trad. en français : L’Espace politique de l’anarchie, ACL, 2008, trad. en italien : Lo spazio politico dell’anarchia, Eleuthera, Milan, 2009 ; La Volonté du peuple. Démocratie et anarchie. Ed CNT-RP / Les Éditions libertaires, Paris, 2007 , trad en espagnol : La voluntad del pueblo. Democracia y anarquía, Ed. Utopia libertaria, Buenos Aires, 2006 ; Une controverse des temps modernes, la postmodernité, Acratie, 2014 ; Contre la représentation politique : Trois essais sur la liberté et l’État, Acratie, 2015

SOURCES : « Penser l’imaginaire révolutionnaire », par Eduardo Colombo, in L’Anarchisme en personnes, de L. Patry et M. Pucciarelli, Atelier de création libertaire (ACL), Lyon, 2006. — Témoignage direct, octobre 2009.

Hugues Lenoir

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