BRAULT Jean [Dictionnaire des anarchistes]

Par Michel Cordillot, notice résumée par Guillaume Davranche

Né à Courrières (Pas-de-Calais) ; mineur français émigré aux États-Unis ; anarchiste puis socialiste, coopérateur et syndicaliste révolutionnaire (IWW). Une des figures de proue du mouvement révolutionnaire francophone aux États-Unis.

Jean Brault descendit à la mine à l’âge de 10 ans. Il gagnait alors 22 sous par jour ; à 14 ans, il charriait quotidiennement 15 à 16 tonnes de rocher pour toucher de 28 à 35 sous. Révolté contre ce système inhumain, il participa activement à plusieurs grèves violentes. Il émigra ensuite aux États-Unis, sans doute vers 1881. Quelques années plus tard il était toutefois de retour en France, et il participa en 1889 à la grande manifestation des mineurs de Lens et du Pas-de-Calais.

Gagné à l’anarchisme vers 1886, Jean Brault repartit aux États-Unis vers le milieu de l’année 1889. Son nom y apparut pour la première fois dans Le Réveil des masses « Organe communiste-anarchiste » (janvier 1888-juin 1890) lorsqu’il s’abonna à ce journal en août 1889. Il habitait alors Houtzdale (Pennsylvanie). En novembre 1890, Le Réveil des mineurs « Organe des travailleurs de langue française de l’Amérique » (1er novembre 1890-janvier 1893), faisant écho à La Révolte, annonça que Brault venait d’être condamné à 3 mois de prison pour avoir organisé une réunion anarchiste ouverte au public sans en avoir fait préalablement la déclaration. En 1891, il était à Spring Valley (Illinois), où il était le dépositaire du Réveil des mineurs et le responsable du groupe n°1 de La Revanche des mineurs. En février 1893, il y était le principal animateur du groupe anarchiste L’Union libre. En mars 1893, il fut avec Julien Bernarding* l’un des orateurs lors de la commémoration du 18 mars.

En 1894, durant la première grève générale des mineurs, Jean Brault prit la tête d’une manifestation qui entraîna 5 à 600 mineurs à Ladd, où les magasins appartenant à la compagnie furent pillés. Plusieurs militants francophones furent arrêtés, et Brault ne dut son salut qu’à la fuite. Il se réfugia alors à Mystic (Iowa). Toutefois, dès l’été suivant il était de retour à Spring Valley, où il animait les réunions du groupe anarchiste Les Indomptables. À cette époque, il faisait de la propagande en faveur de la grève générale. Peu près, suite à des affrontements entre mineurs et Noirs, il en appela à l’unité de tous les ouvriers pour lutter contre les patrons, ce qui lui valut d’être arrêté avec 27 autres militants et d’être emprisonné à Princeton (Illinois). Malgré les problèmes familiaux qui en résultaient (il avait alors 5 enfants, âgés de 9 ans à 11 jours), il gardait un moral sans faille.

En octobre, Brault fut libéré contre une caution de 1 100 dollars dans l’attente du procès. Il était astreint à se rendre chaque jour de Spring Valley à Princeton, une ville distante de 18 miles, soit 29 km. Comme c’était prévisible, il fut effectivement déclaré coupable par le jury ; mais contre toute attente il fut innocenté par le juge, ce qui nécessita que le procès soit rejugé. Incarcéré durant ce temps, Brault avait tenté de s’évader, avait été repris et puni. Il était désormais le seul anarchiste maintenu en prison. Les compagnons de Charleroi, Spring Valley, Weir City, Scammonville et les lecteurs de L’Ami des ouvriers « Organe des travailleurs de langue française aux États-Unis » (août 1894-mai 1896) se mobilisèrent pour effectuer des collectes au profit de sa famille. De nouveau en liberté sous caution fin décembre, il reprit ses activités militantes. Après avoir assisté à un meeting avec Pietro Gori, il annonça la formation d’un groupe anarchiste italien à Spring Valley. Il était en janvier 1896 un des principaux responsables du groupe libertaire Les Enfants de Bakounine, et en mars 1896, il fut l’un des orateurs de la soirée organisée par ce même groupe pour commémorer le 18 mars. En janvier 1897, c’est au nom du groupe Les Pieds plats d’Oglesby (Illinois) qu’il protesta contre les tortures infligées aux anarchistes espagnols et contre l’assassinat des révoltés cubains.

À l’occasion d’un échange de points de vue avec Louis Goaziou*, qui commençait à se rapprocher du socialisme, Brault continuait de se déclarer en février 1897 favorable à la propagande par le fait. Quelques mois plus tard il partit s’installer avec le compagnon G. Jacques* dans une maison à la campagne, située à 1 km environ de la ville de Marseilles (Illinois). D’après Goaziou, qui passa discuter avec lui en juillet 1898 à l’occasion d’une tournée de propagande, il avait alors davantage l’air d’un fermier que d’un mineur. Jacques et Brault militaient à cette date pour l’organisation d’un Congrès régional libertaire.

Mais cet épisode bucolique prit rapidement fin et en octobre 1898, Brault résidait à Lasalle (Illinois), 334 Canal street. Le 15 octobre, il y fonda le groupe anarchiste Les Cravacheurs, qui se donnait pour but de « flageller sans pitié les escrocs de la politique, les exploiteurs de bagne capitaliste et les sacripans de l’armée ». Ses dernières actions militantes connues en tant qu’anarchiste furent d’animer les commémorations de la Commune de Paris organisées en mars 1899 à Spring Valley par les groupes Germinal et Les Affamés, et en juin à Westville (Illinois) par le groupe Les Niveleurs.

Brault se rallia au socialisme debsien en 1901, fut ensuite militant de la United Mine Workers (UMW) puis en 1910 des IWW. En 1909, il mena la campagne pour sauver Francisco Ferrer.

Pour la suite de son itinéraire, consulter Michel Cordillot, La sociale en Amérique. Dictionnaire du mouvement social francophone aux États-Unis, 1848-1922, Éditions de l’Atelier, 2002.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154882, notice BRAULT Jean [Dictionnaire des anarchistes] par Michel Cordillot, notice résumée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 23 avril 2014, dernière modification le 23 avril 2014.

Par Michel Cordillot, notice résumée par Guillaume Davranche

SOURCES : Le Réveil des masses, août 1889. – Le Réveil des mineurs, 19 novembre 1890, 26 novembre, 26 décembre 1891, juin 1893. – L’Ami des ouvriers, septembre 1894, juin, août, septembre, 15 décembre, 30 décembre 1895, 30 janvier, 15 avril 1896. – La Tribune libre, 21 janvier, 18 février 1897, 21 juillet, 27 octobre 1898, 16 mars, 29 juin 1899 entre autres. – Le Libertaire, 6 novembre 1898 – L’Union des travailleurs, 7 novembre, 28 novembre, 26 décembre 1901.

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