Né le 22 juin 1947 à Paris (XIIIe arr.) ; typographe, linotypiste, puis auteur, compositeur, interprète ; militant anarchiste, figure de la chanson libertaire ; syndicaliste CGT du livre (1968-1977) ; militant associatif.

Les parents de Serge Utgé-Royo étaient tous deux des militants espagnols réfugiés en France après la guerre civile. Son père, Antonio Utgé-Royo, né en 1915 à Lleida (Catalogne, Espagne), mort en 1994 à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), était typographe. Militant anarchiste, membre de la CNT espagnole, il avait combattu, lors de la guerre civile, au sein de la colonne Durruti. Selon les dires de Serge Utgé-Royo, son père, responsable de la solde d’un groupe de combattants, l’avait conservée jusqu’à sa mort sans jamais pouvoir la distribuer du fait de son exil. Arrivé en France en février 1939, il avait été intégré, quelques mois plus tard, à une compagnie de travailleurs envoyés sur la ligne Maginot. Fait prisonnier, interné à Laon (Aisne), il avait réussi à s’évader et vécut clandestinement dans le XIXe arrondissement de Paris jusqu’à la fin de la guerre. La mère de Serge Utgé-Royo, María Ángeles Fernández, née en 1919 à Armunia (Castille, Espagne), était la fille de Valentin Fernandez Vacas, militant socialiste. Elle-même membre des Jeunesses socialistes espagnoles, elle avait fui l’Espagne en compagnie de son père, condamné à mort par contumace, qui trouva secours auprès de l’ambassade du Mexique en France (Paris, XVIe arr.), où il fut embauché.
Serge Utgé-Royo avait un frère, Michel, né en 1954. Il grandit dans le Xe arrondissement de la capitale, non loin du canal Saint-Martin, dans un univers familial militant qui influença considérablement son parcours et sa personnalité. « Il y avait beaucoup de livres à la maison et pas de tabous », confia-t-il ultérieurement à Bernard Baissat. Son père, resté militant anarchiste, l’emmenait souvent place Sainte-Marthe (Xe arr.), où la CNT avait un local, puis rue des Vignoles (XXe arr.) où elle déménagea ensuite. Son père étant interdit de séjour en Espagne, Serge Utgé-Royo se rendit souvent seul dans sa famille pour les vacances scolaires, rapportant à son retour ses impressions à celui-ci. Âgé de dix ans, il eut la douleur de perdre sa mère, décédée brusquement.
Après quatre années d’études au collège d’art graphique de Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), Serge Utgé-Royo passa avec succès un CAP de linotypiste et fut embauché, en 1968, à la Société parisienne d’imprimerie (XVe arr.). Il se syndiqua alors à la Fédération CGT du Livre. Lors des grèves de mai-juin 1968, il fut gréviste et participa avec enthousiasme aux manifestations du Quartier latin, revenant chaque fois dans son usine raconter la mobilisation étudiante à ses collègues. « Les gens de la CGT de la boîte me regardaient comme un hurluberlu », se souvenait-il.
Neuf années durant, de 1968 à 1977, il exerça le métier de linotypiste et typographe dans différentes entreprises de la région parisienne, notamment Busson, Chaix, de l’Imprimerie quotidienne. Bien que lui-même adhérent de la CGT, il entretint des rapports parfois tendus – et souvent critiques – envers les pratiques militantes de certains de ses collègues, en particulier sur la question des cartes de grévistes. Il milita auprès de militants de la CFDT, qui comptait alors des libertaires dans ses rangs et, après avoir assisté en 1974 à des rixes lors d’une manifestation entre courants idéologiques opposés, il composa des tracts anarchistes qu’il placarda en cachette dans les toilettes de son lieu de travail. De 1974 à 1977, Serge Utgé-Royo fut aussi membre du Collectif de lutte des travailleurs du livre. Dans la même période, ayant gardé des liens étroits avec le mouvement libertaire où militait son père, il fut proche des anarchistes espagnols en exil, au sein de la CNT comme de Frente libertario. Il avait noué des liens avec plusieurs figures de l’anarchisme espagnol en exil, parmi lesquelles Pepita Carpena, Henri Melich, Mariano Aguayo, Fernando Gómez, Lucio Urtubia, Roque Llop, Tomas Marcellán, etc. Il rencontra également des personnalités du mouvement français qui le marquèrent profondément, dont Maurice Laisant, Christian Lagant, André Bösiger et, surtout, May Picqueray, qu’il appelait sa « grande sœur » et dont il fut très proche.
En 1977, Serge Utgé-Royo quitta la région parisienne pour s’installer à Bordeaux (Gironde), où il milita auprès du groupe Sébastien-Faure de la Fédération anarchiste (FA) qui comprenait, entre autres, Jean Barrué et Jo Salamero. Il avait alors décidé de ne plus exercer son métier de linotypiste et de se consacrer à l’écriture et à la chanson. Depuis la fin des années 1960, en effet, il s’était pris de passion pour l’écriture et, en 1970, il avait publié à compte d’auteur un premier ouvrage, Une larme de poésie. À Bordeaux, il fut également un temps comédien, interprétant notamment Grimbert, Brecht ou Yacine. En 1978, alors que la coupe du monde de football devait se tenir dans une Argentine en proie à la dictature militaire, il participa à de nombreuses actions de protestation et fit venir en France le chanteur argentin Higinio Mena qu’il accompagna sur scène.
Dans ces années qui voyaient le début des radios libres, Serge Utgé-Royo fut invité par la CGT à se produire sur la radio Lorraine Cœur d’Acier, mise en place à Longwy (Meurthe-et-Moselle) dans le contexte des luttes locales du secteur de la sidérurgie. Il n’y fit pas, selon son témoignage, l’unanimité. À la même époque, la CFDT locale fit elle aussi appel à lui. Clandestine et ambulante, la station de radio qui l’invita le reçut dans une usine vide.
En 1979, ayant été remarqué à Annecy (Haute-Savoie) par un militant socialiste belge, Serge Utgé-Royo se produisit à Liège et décida de s’y installer. Tout en continuant de se produire en France, il vécut treize années en Belgique et y poursuivit ses activités militantes, notamment auprès du groupe liégeois d’Alternative libertaire (AL). En 1984, alors que le Front national avait dépassé le score de 10 % aux élections européennes, Serge Utgé-Royo écrivit et composa l’une de ses plus célèbres chansons, Amis dessous la cendre, dans laquelle il mettait en garde contre la résurgence des idées d’extrême droite. Dans le même temps, il contribua, par son art, à transmettre la mémoire des républicains espagnols de 1936 (Juillet 1936) et chanta de nombreux titres du répertoire révolutionnaire international. En Belgique, il devint également un militant associatif. Membre d’Amnesty international Belgique, il présida, de 1985 à 1993, l’association Atahualpa Animation (association d’aide aux réfugiés chiliens) et fonda l’association « 24 août 1944 », qui perpétue la mémoire de la Nueve. Il fut également membre des Petits frères des pauvres, et chanta pour de nombreuses causes, très diverses, des immigrés chiliens en grève aux chrétiens de gauche. Son activité militante le conduisit à donner d’innombrables concerts de soutien, en particulier aux mouvements libertaire et antiraciste, pour le Chili, la Palestine, les Kurdes, les sans-papiers, la lutte antinucléaire, la CNT, Radio libertaire, etc., aussi bien en France qu’en Belgique, Espagne, Italie, Suisse, Allemagne. Il participa par ailleurs à de très nombreuses émissions de radio en francophonie (Radio libertaire, Zinzine, FPP, Campus Liège, Canuts Lyon, Lorraine Cœur d’acier, etc.). Activité de solidarité concrète pour laquelle il est inlassablement disponible.
Durant plusieurs années, de la fin des années 1980 à 1993, un conflit judiciaire l’opposa à l’administration belge, qui lui refusait une carte de résident. À l’issue du procès, il obtint satisfaction, l’affaire faisant par ailleurs cas de jurisprudence. Bien qu’ayant obtenu gain de cause, Serge Utgé-Royo suivit sa nouvelle compagne, Cristine Hudin, en France. Le couple élu domicile à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où ils vivaient encore en 2016. Serge Utgé-Royo est père d’une fille, née en 1994.

ŒUVRE : Une larme de poésie, chez l’auteur, Paris, 1970. — Confessionnal de chiffon, Imprimerie quotidienne, Fontenay-sous-Bois, 1976. — Masupa, l’homme de toutes les couleurs, Liège, Le Tétras-Lyre, 1994. — Noir Coquelicot (roman historique, mouvement libertaire et syndical 1920-1924), Amiens, Encrage, 1995 (rééd. Paris, Édito Lettres, 2005). — L’espoir hésite, Saint-Cyr-sur-Loire, Christian Pirot éditeur, 2005.

SOURCES : DBMLF. — Christiane Passevant, « Rencontre avec Serge Utgé-Royo », Divergences. — Bernard Baissat, Écoutez Serge Utgé-Royo. — Entretien et correspondance avec Serge Utgé-Royo, décembre 2016-janvier 2017.

Cristine Hudin, Hugues Lenoir, Julien Lucchini

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