RIEFFEL Antoine [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

Cordonnier ; imprimeur-gérant de Terre et Liberté en 1884.

Antoine Rieffel, habita au 106, rue Richelieu, à Paris 2e, puis déménagea au 3, ruelle Pellé (actuelle rue Saint-Sabin) à Paris 11e, où fut installée l’imprimerie sur laquelle fut lancé, le 25 octobre 1884, le journal Terre et Liberté, sous-titré « organe anarchiste-communiste ». Le journal compta comme rédacteurs les principaux militants du moment : Leboucher*, Émile Digeon*, Tortelier*, Élisée Reclus*, Constant Martin*, Pierre Martinet*, Lucien Guérineau*, Denéchère* et François Duprat*.

Rieffel fut délégué de la cordonnerie ouvrière à l’Exposition de Boston (17 novembre-31 décembre 1884) dont il fit un compte rendu pour Le Tire-Pied (voir Eugène Mareuil).

Terre et Liberté sortit assez régulièrement puis s’arrêta brutalement au n°18 (21 février 1885) après avoir dénoncé violemment les condamnations du procès de l’émeute de la salle Lévis (voir Pierre Naudet). Dans son numéro du 6 février 1885, le journal clamait en effet : « Faites messieurs, faites de la répression et nous applaudirons. Plus il y a de répression, plus il y a de révolte. La révolution sociale s’approche et ce jour-là nous n’aurons pas de pitié. C’est dans votre sang que nous noierons notre soif de vengeance […] »

Le siège du journal, au 3, ruelle Pellé, fut saccagé par la police et Rieffel prit la fuite. Le 12 mars, la 10e chambre du tribunal correctionnel le condamna par défaut, en tant que gérant, à deux ans de prison, 200 francs d’amende et cinq ans de surveillance.

Il fut de surcroît poursuivi pour un article antimilitariste du 22 novembre 1884 et un article « incitant au pillage » du 29 novembre 1884. Le 14 avril 1885, la cour d’assises condamna Rieffel, toujours par défaut, à deux ans de prison et à 3000 francs d’amende.

Les autres rédacteurs de Terre et Liberté lancèrent alors L’Audace qui sortit 3 numéros en mars 1885 et dont le siège resta au 3, ruelle Pellé (voir Leperchey). Avec Loth, un autre compagnon de Terre et Liberté, Rieffel offrit alors que l’imprimerie de la ruelle Pellé serve à Jean Grave* pour qu’il y tire le premier numéro du Révolté.

Selon Jean Grave, Rieffel, en cavale, se mit ensuite « à estamper en grand les commerçants, se faisant livrer des marchandises qu’il liquidait ensuite en-dessous de leur valeur, disparaissant pour recommencer ailleurs... jusqu’au jour où il fut pincé ».

Arrêté, Rieffel comparut devant les assises de la Seine le 15 décembre 1888, sur opposition au jugement d’avril 1885. Le jury lui accorda les circonstances atténuantes et ramena la peine à huit mois de prison et à 3000 francs d’amende. Il quitta le prétoire en criant : « Vive l’anarchie ! Vive la révolution sociale ! » Il fut écroué à Sainte-Pélagie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154836, notice RIEFFEL Antoine [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy, version mise en ligne le 24 mars 2014, dernière modification le 24 mars 2014.

Par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy

SOURCES : René Bianco, « Un siècle de presse anarchiste… », op. cit. — Le Gaulois du 15 mars 1885 — Journal des débats du 15 avril 1885 et du 16 décembre 1888 — Le Matin du 14 juin 1889 — Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1974.

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