Né le 31 octobre 1858 à Paris IIe arr., mort le 13 mars 1941 à Montluçon (Allier) ; fondateur de la tendance individualiste dite « scientifique ».

Paraf-Javal
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D’origine juive et alsacienne, Paraf-Javal était avant tout un original qui se voulait savant, et qui professait qu’il existait une méthode « scientifique » à l’émancipation humaine, fondée sur un strict régime de vie. Marié à Londres en 1880 avec Sarah Durdle, il avait deux fils et deux filles.
Il fit ses premières armes au Libertaire durant l’Affaire Dreyfus. Il devait y collaborer jusqu’en 1907, sous la signature Péji, et y incarner une sensibilité antisyndicaliste intransigeante.
Dès 1899, il commença à se faire connaître par ses conférences sur « l’organisation du bonheur » dans lesquelles il développait sa théorie du « transformisme universel ». Dans une brochure de 1905, L’absurdité des soi-disant libres penseurs, il écrira d’ailleurs que « seuls les anarchistes dits scientifiques sont de véritables anarchistes ». En effet, « l’anarchisme scientifique, corps de doctrine d’une logique serrée, deviendra inévitablement le code naturel très précis d’une humanité consciente » Paraf-Javal avait d’ailleurs délimité le plus sérieusement du monde une appellation pour ceux et celles qui ne suivaient pas son enseignement : les « abrutis ».
En 1900, Paraf-Javal rencontra Albert Libertad, avec lequel il se lia d’amitié et qui devint, pour quelques temps, son disciple. La même année, le 14 décembre 1900, il était initié à la franc-maçonnerie et adhérait à la loge Les Rénovateurs, à Clichy.
En 1902, avec E. Armand, Henri Zisly*, M. Kugel*, Francis Prost*, Georges Deherme* et d’autres, il constitua une société pour la création et le développement d’un « milieu libre ».
En décembre 1902, il cofonda la Ligue antimilitariste. Il en démissionna quand la Ligue se fondit dans l’Association internationale antimilitariste (AIA), fondée à Amsterdam en juin 1904, parce que la nouvelle organisation ne prônait pas exclusivement la désertion.
Mais la grande œuvre de Paraf-Javal, ce furent les Causeries populaires, qu’il initia en 1902 avec Albert Libertad. Installées Cité d’Angoulême, à Paris 11e, et rue Muller, à Paris 18e, les Causeries s’inspiraient du mouvement des universités populaires lancé en 1899 par des intellectuels dreyfusards, et qui permettaient au prolétariat de venir écouter des conférences données bénévolement par des professeurs et des scientifiques parfois renommés. Les Causeries populaires se voulaient une version plus « libertaire » de ce mouvement : pas de cotisations, pas de statuts, venait qui voulait, conférençait qui pouvait, sur les sujets les plus divers : des questions économiques et syndicales aux exposés hygiéniques et scientifiques.
Rapidement cependant, les deux associés développèrent une conception divergente des Causeries populaires, et se brouillèrent définitivement. Sous l’influence de Libertad, les Causeries évoluèrent vers une forme moins didactique, en laissant davantage de place au débat. Paraf-Javal, tenant d’une conception plus professorale, s’en agaça.
Fâché avec Libertad, Paraf-Javal se tint plutôt à l’écart quand, avec quelques proches, son désormais ex-disciple fonda en avril 1905 l’hebdomadaire l’anarchie.
En 1907, Paraf-Javal scissionna des Causeries populaires pour fonder sa propre structure, le Groupe d’études scientifiques (GES). Il bénéficia du soutien financier du « milliardaire anarchiste » Pierre Fromentin* auquel une longue amitié le lia. La même année, le 15 mars, il avait fait paraître à Lille le journal L’Entraide qui n’eut, semble-t-il, qu’un numéro (cf. AD du Nord RM 4 175/3).
Le ton ne tarda pas à monter entre les « scientifiques » de Paraf-Javal, tirés à quatre épingles, et ceux qu’ils traitaient de « sentimentaux », les partisans de Libertad, débraillés et bruyants. On en vint à des extrémités. Le 7 février 1908, les amis de Libertad attaquèrent la conférence du GES, assommèrent Paraf-Javal et volèrent la caisse. Puis ce fut l’escalade des représailles, des rixes sanglantes et des opérations punitives qui devaient durer deux ans. Selon Gaetano Manfredonia, il est d’ailleurs possible qu’Albert Libertad soit mort des suites d’une de ces bagarres. Les « scientifiques » avaient, depuis le début de leurs démêlés avec les « sentimentaux », fait constamment appel à la police. Paraf-Javal, toujours soucieux de rationalité, qualifiait cette démarche d’« économie d’énergie », mais cela lui valut d’être mis au ban d’un mouvement libertaire dans lequel il était déjà peu apprécié.
La guerre entre le GES et l’anarchie s’acheva le 8 mai 1910 avec l’affaire Maurice Duflou* dans laquelle un « scientifique », Louis Sagnol, fut tué de 3 balles de revolver.
Le procès des militants de l’anarchie Laheurte*, Lorenzi*, Bunino, Lorulot* et Emile Dutilleul* se tint le 11 octobre 1910. Deux jours avant, une manifeste paru dans Le Libertaire du 9 octobre 1910 (voir André Mournaud) prenait leur défense et dénonçait en Paraf-Javal un charlatan ridicule et un « mouchard amateur ».
Le 1er octobre 1909, le GES s’était installé au 14, rue Blomet, à Paris 15e. Il publiait de nombreuses brochures ainsi qu’un bulletin bimensuel (n°1 le 15 juin 1910) qui devait durer jusqu’en 1919. Une partie de la propagande était consacrée au « nettoyage » des faux anarchistes, à savoir, entre autres, Libertad, Lorulot, Mauricius, Ernest Girault*, Jean Grave, Armand Matha, Gustave Hervé...
Paraf-Javal recentra à l’époque son activité sur la franc-maçonnerie. La plupart des membres du GES se firent initier, et le groupe acquit la majorité dans une loge de Paris, La Montagne, dont Paraf-Javal devait devenir Vénérable Maître. Il créa un petit journal, L’Ami de la Vérité.
Après la Première Guerre mondiale, Paraf-Javal prit la succession de son fils aîné, tué à la guerre, à la librairie Mathias, 7, rue de Maubeuge, et recommença ses causeries et conférences, organisées en commun par la loge La Montagne et le GES.
Il fut radié du carnet B de la Seine lors de la révision de 1922, « ne faisant plus l’objet d’aucune remarque du point de vue national ».
En 1932, il fonda une nouvelle organisation maçonnique, la Grande Loge de France-Franc-Maçonnerie universelle rénovée (GDLF-FMUR).
Les jugements portés sur Paraf-Javal par les anarchistes furent assez divers. Victor Méric le qualifia d’« intéressant loufoque ». Quant à Jean Grave, il écrivait dans ses mémoires : « Était-il détraqué ? Jouait-il à l’être ? Je pencherai pour la dernière hypothèse... »

ŒUVRE : Paraf-Javal a publié une grande quantité de brochures. À partir de 1907, elles furent éditées par le GES. Libre Examen, 1901, 16 p. — L’Absurdité de la politique, 1902, 16 p. — La Substance universelle (avec Albert Bloch), 1903, 115 p. — L’Absurdité de la propriété. L’organisation du bonheur, 1906, 71 p. — L’Absurdité des soi-disant libres-penseurs. Les faux libres-penseurs et les vrais, éd. de L’Anarchie, 1905, 16 p. — L’Argent, suivi de La Concurrence, éd. du Bureau de propagande, 1905, 8 p. — Les Faux Droits de l’homme et les vrais, éd. du GES, Paris, 1907, 128 p. — Évolution d’un groupe sous une mauvaise influence. Les Causeries populaires et le journal L’Anarchie sous l’influence de L..., éd. du GES, 1908, 16 p. — La Bonne Méthode, éd. du GES, 1909, 8 p. — L’Humanité. Interview de son oncle par ma nièce, éd. du GES, 1909, 55 p. — Le Monopole de l’abrutissement officiel, éd. du GES, 1909, 8 p. — La Morale transformiste, éd. du GES, 1909, 8 p. — Pour devenir conscient, éd. du GES, s.d., 7 p. — Mémoire sur le relatif et l’absolu en géométrie ; sur les dimensions... éd. du GES, 1922, 78 p. — Géométrie à toutes dimensions. Principes de géométrie physique, éd. du GES, 1926, 146 p. — Théorie des extensions. Géométrie physique à toutes dimensions, éd. du GES, 1927, 80 p. — La Légende détruite (contre le mythe de Jeanne d’Arc), éd. par l’auteur, 1929, 272 p. — Le Vrai Communisme et le faux, éd. Paraf-Javal, 1935, 64 p.

SOURCES : Arch. PPo. — Gaetano Manfredonia, L’Individualisme anarchiste en France (1880-1914), thèse de 3e cycle, IEP de Paris, 1984 — Le Libertaire du 9 octobre 1910 — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste... op. cit. — René Bianco, CIRA, bulletin n° 21, automne 1970 — J. Polet, L’anarchisme dans le département du Nord, 1880-1914, DES Lille, 1967 — Léo Campion, Les Anarchistes et la franc-maçonnerie, Marseille, 1969 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche

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