Né le 1er juillet 1901 à Paris, XIe arr., mort 11 janvier 1986 à Meudon-la-Forêt ; instituteur ; militant syndicaliste.

Les grands-parents alsaciens de Roger Hagnauer avaient opté pour la France en 1871 ; ils étaient très attachés aux traditions juives mais professaient un patriotisme alsacien revanchard et intransigeant. Son père mourut de maladie en octobre 1914 et Roger dut chercher un travail salarié après le baccalauréat dans un emploi de suppléant et il ne put reprendre ses cours à la Sorbonne qu’après son mariage avec Yvonne Even (1898-1985), le 28 décembre 1925. En 1916, il adhéra aux Jeunesses républicaines. Exclu en 1921, il fonda avec des amis le premier groupe parisien de "Clarté".
Depuis 1919, il était syndiqué à la Fédération de l’Enseignement, l’ancienne Fédération des Syndicats d’instituteurs qui luttait dans la CGT au sein de la minorité zimmerwaldienne, d’abord avec Bourderon et Merrheim puis avec Monatte et Rosmer. Le 1er octobre 1921, il recevait sa première suppléance à Bondy. Il militait alors au Parti communiste, aux Jeunesses communistes et à la gauche du Parti communiste groupée, pour " redresser " le Parti autour de Souvarine, Rosmer, Treint, et il assista, à titre d’auditeur, au IIe congrès du Parti tenu à Paris du 15 au 20 octobre 1922.
Après sa libération de l’armée, il se joignit à l’opposition communiste de Souvarine, Monatte, Rosmer. Mais, depuis cette époque, sa vie militante fut liée à celle de la Révolution prolétarienne et de la Ligue syndicaliste et elle s’exerça essentiellement au sein des syndicats. Ayant collaboré publiquement au Bulletin communiste de Souvarine et à la Révolution prolétarienne, signé la lettre dite des 250 à l’Internationale communiste, en octobre 1925, il fut exclu du Parti le 7 janvier 1926.
Il assuma, dans sa section du Syndicat national des instituteurs, des responsabilités importantes lors de tous les mouvements et particulièrement lors de la grève du 12 février 1934. Outre ses délégations syndicales, il participa à de nombreux meetings à Paris et en province avec les Combattants de la Paix ou le Comité contre les procès de Moscou. Il a donné de nombreux articles dans la Révolution prolétarienne, le Cri du Peuple, l’École Libératrice. En 1936 il adhéra au Comité pour l’Espagne libre, section de Solidarité internationale antifasciste.
En 1939, R. Hagnauer participa au dernier congrès du SNI à Montrouge, en juillet 1939. Déjà mobilisé, il signa en septembre le tract Paix immédiate de Lecoin et fut suspendu de l’enseignement. En novembre 1940, il entra au Secours national comme employé subalterne aux appointements de 350 F par mois puis devint " chef de groupe ". Cette appartenance ne fut pas condamnée par le gouvernement de la Libération. En 1941, il fonda avec sa femme Yvonne la Maison d’enfants de Sèvres qui accueillit et sauva nombre d’enfants juifs. Ses liens avec le secours national, qui lui furent violemment reprochés par les communistes, lui servaient de couverture.
Roger Hagnauer fut un temps secrétaire de la Fédération FO de l’Éducation nationale et de l’Union des syndicats Force Ouvrière de la région parisienne. De 1960 à 1964, il fut gérant de la Révolution prolétarienne. Il collabora aussi à de nombreux journaux et revues libertaires et fut membre de la Commission internationale de liaison ouvrière fondée par Louis Mercier*.
Roger Hagnauer vécut sa retraite à Meudon-la-Forêt. Remarquable orateur de meetings et bon connaisseur de l’histoire du mouvement ouvrier, il n’en a pas moins été souvent un militant ombrageux et irritable, entraînant parfois des heurts qui expliquent les rapports difficiles et conflictuels qu’il eut parfois avec ses camarades de lutte. Il est mort quelques semaines après son épouse.

ŒUVRE : Outre quelques ouvrages didactiques publiés aux Editions ouvrières : "Le syndicalisme vivant : l’actualité de la Charte d’Amiens, Paris 1956, 1959". — Chronique de l’entre-deux-guerres : histoire de la revue Révolution prolétarienne" 1925-1939, dactyl. (un ex. au CEDIAS).

SOURCES : Arch. PPo. 304, avril 1930. — Le Travailleur parisien, 1935, 1936, 1938. — L’Humanité, 10 janvier 1926 (exclusion). — L’Enseignement public, 1re moitié de 1950, " Le cas Hagnauer ", pp. 16, 17, 18. — Notes de R. Hagnauer. — Le Monde, 15 janvier 1986. — Notice de J. Maitron, DBMOF. — Site de la Maison de Sèvres. — R. Bianco, Un siècle de presse..., op. cit.

Jean Maitron. Notice résumée et complétée par Marianne Enckell

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