Né le 30 mai 1910 à Guntersblum (province du Palatinat, Allemagne), mort à Paris le 18 janvier 1995 ; ouvrier chaudronnier, puis artisan dinandier ; proche du KPD, puis du mouvement anarchiste ; écrivain allemand de nationalité française.

Georg K. Glaser (vers 1950)
Arch. Catherine Glaser/Archives d’AL
Né dans une famille de huit enfants dont le père était employé des postes, après avoir été artisan, Georg Glaser fut marqué par le caractère violent et autoritaire de ce dernier. Il quitta le domicile familial à l’âge de 16 ans et fréquenta les jeunesses communistes, le mouvement anarchiste et les milieux naturistes, avant de se rapprocher du KPD à la fin des années 1920.
De 1926 à 1929, il fut mis en maison de redressement, puis, l’année suivante, il se retrouva en prison pour s’être battu avec les forces de l’ordre pendant une manifestation et c’est là qu’il commença à écrire. En 1931, il publia ses premiers articles dans la prestigieuse Frankfurter Zeitung, et, en 1932, son premier roman Schluckebier [Gorgée de bière], sur les jeunes en difficulté, fut publié aux éditions Agis (communistes).
Après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, Glaser participa à de petits groupes de résistance clandestine jusqu’à l’hiver 1933-1934, puis passa en Sarre, alors sous mandat de la Société des Nations, et de là à Paris. Il fut en butte aux critiques de l’Union de défense des écrivains allemands en exil et à Egon Erwin Kisch qui jugèrent inacceptables ses récits sur la résistance clandestine au nazisme d’un groupe qui agissait sans l’aval du Parti, parus dans les Neue Deutsche Blätter (Prague).
A la fin de 1934, il retourna en Sarre pour collaborer au journal Westland, opposé à l’annexion de la province par l’Allemagne hitlérienne, avant le référendum qui devait décider du sort des Sarrois. Après la victoire des nazis à cette élection et le rattachement de la Sarre au Reich, Glaser réussit in extremis à revenir en France.
Considéré d’abord comme un réfugié sarrois, il fut employé comme terrassier dans une entreprise de maçonnerie et de travaux publics d’Aiguillon (Lot-et-Garonne) en juillet-août 1935. Déchu de la nationalité allemande par le régime nazi, il put obtenir en France le statut d’apatride, qui lui donnait le droit de travailler. Revenu dans la région parisienne, il effectua deux stages, l’un à l’école Diderot, l’autre à l’institut de soudure. Il travailla comme aide-serrurier temporaire au poste d’Argenteuil des Chemins de fer de l’État du 6 août 1936 au 5 novembre 1938, puis au dépôt des chemins de fer de Canon-Mézidon, dans le Calvados, et enfin comme traceur aux usines Renault à partir du 20 avril 1939.
Marié avec une Française en décembre 1936, il fut mobilisé dans le 129e régiment d’infanterie du Havre de l’armée de terre. Il combattit notamment à Dunkerque. Fait prisonnier à Brest, il fut envoyé en stalag, en France, puis en Allemagne, pour finir à Görlitz (Galice) d’où il s’évada pour être repris près de Strasbourg et envoyé dans des établissements punitifs. Durant ces années, étant recherché par la Gestapo, il prit le nom de Martin et se fit passer pour natif d’Alsace, de façon à justifier sa connaissance de l’allemand et son accent.
À la Libération, le slogan du PCF « À chacun son boche ! » sonna, comme il le dit lui-même, « la fin tragique de mes espérances ». Il garda par contre dans ses papiers personnels un tract de juillet 1944 en quatre langues (anglais, français, allemand, italien) de l’Organisation des communistes révolutionnaires de France appelant à la « fraternisation prolétarienne ».
Revenu à Paris, il reprit son travail d’ouvrier chez Renault jusqu’au 20 août 1948 et participa aux grèves de 1947. On trouve ainsi dans ses archives de nombreux documents sur cette grève (articles, journaux, tracts), et en particulier du Syndicat démocratique Renault dont les militants appartenaient à l’extrême gauche, anarchiste, trotskiste ou ultra-gauche.
En décembre 1947, il obtint la nationalité française. Il travailla ensuite comme chaudronnier-traceur à la raffinerie Say (Paris 13e) du 18 octobre 1948 au 7 février 1949, puis aux établissements Albert Prost (Paris XVe). Considérant le travail à la chaîne comme « la mort de l’âme », il s’installa comme artisan dinandier rue Guénégaud à Saint-Germain-des-Prés, le 18 novembre 1949, puis rue Beautreillis dans le Marais à partir de 1969.
Selon le témoignage d’André Prudhommeaux (Preuves, n° 7, octobre 1951), Georges Glaser travaillait le jour chez Renault et écrivait la nuit son ouvrage Secret et violence paru chez Corrêa en 1951 dans la collection « Le chemin de la vie » dirigée par Maurice Nadeau. L’ouvrage retraçait l’itinéraire d’un jeune homme confronté à la violence du père puis de la société, des débuts de la République de Weimar à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Il était aussi militant à la Fédération anarchiste, membre du groupe Sacco et Vanzetti (5e et 6e arrondissements de Paris) dont étaient également membres Serge Ninn, Giliane Berneri*, Gil Devillard et Roland Breton*. Bien que n’étant pas étudiant, il participa aux activités du Cercle libertaire des étudiants animé par André Prudhommeaux qui publiait le bulletin ronéotypé CLE. Ce groupe organisait aussi des cycles de causeries-débats hebdomadaires tous les mercredis au Café de la Gare, sis 3 place Saint-Michel, afin de « donner aux problèmes actuels des solutions de liberté ».
Ainsi le 18 mai 1949, Georges Glaser y donna une conférence sur le thème de l’affrontement. Il avait été précédé par Yves Delaunay sur le thème des anarchistes dans la CGT, et fut suivi par Jean Maitron sur celui de la propagande par le fait. Glaser signa aussi le texte collectif, rédigé pour l’essentiel par André Prudhommeaux, « Matériaux pour un “contre-manifeste” de l’individualisme révolutionnaire » (CLE, n° 3, 15 juin 1949) qui faisait de Marinus Van der Lubbe, l’incendiaire du Reichstag en 1933, un précurseur.
Il participa aussi aux activités du Congrès pour la liberté de la culture, en Allemagne et en France. Il effectua ainsi une enquête sur le sort des travailleurs allemands dans le bassin houiller du nord de la France qui parut dans Preuves (« Travailleurs de la nuit », n° 21, novembre 1952) ou donna des conférences, comme à la Maison de la liberté de Lyon sur « la jeunesse allemande aujourd’hui ». À l’initiative de Carlo Schmid, le président de la section allemande du Congrès, Glaser effectua aussi une tournée de conférences en République fédérale et à Berlin-Ouest sur les thèmes suivants : révolte et abdication, réhabilitation du travail, naissance du mouvement ouvrier. En France, la revue de Guy Vinatrel, Contacts littéraires et sociaux (n° 30, 3e année), fondée en 1953, publia des extraits de son intervention sur le thème « Révolte et abdication ».
N’ayant pas à vivre de sa plume, Glaser n’avait rien à concéder et il continua son métier de dinandier jusqu’à sa mort, tout en publiant plusieurs ouvrages non traduits en France et en obtenant une reconnaissance tardive pour son œuvre dans son pays natal. Malgré son abandon du militantisme, il conserva de nombreux amis chez les libertaires.

ŒUVRE (en français) : Secret et violence, Corrêa, 1951 (réédition Agone, 2004, avec une préface d’André Prudhommeaux).

SOURCES : Archives personnelles de Catherine Glaser — Archives personnelles de Jenny Levy-Prudhommeaux — Revues citées — À Contretemps, n° 23, avril 2006 — Gil Devillard, « Chez Renault, militer dans le groupe Makhno, ce n’était pas de tout repos ! », propos recueillis par Guillaume Davranche et Daniel Goude, Gavroche n°148, octobre-décembre 2008.

Charles Jacquier, Sylvain Boulouque

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