Né le 8 juin 1865 à Paris (XVIIe arr.), mort aux îles du Salut le 6 février 1900. Sculpteur sur bois ou ouvrier typographe ; anarchiste, bagnard.

Georges Etiévant, dont le père Jean-Baptiste était comptable et la mère Victorine, Rosalie Le Boulanger, mère au foyer, devançant l’appel, s’était engagé pour cinq ans le 13 juin 1883 et effectua son service en Algérie au 2e Régiment de zouaves. Libéré en 1888, il revint en métropole où il aurait travaillé comme ouvrier typographe à l’imprimerie Paul Dupont à Clichy ; mais peut-être s’agissait-il de son frère Henri, Achille dit Le Bosco, né le 14 juin 1861 à Flamanville (Manche), ouvrier typographe et également fiché comme anarchiste.
Vers 1890 il avait commencé à fréquenter les milieux anarchistes et en 1891 il fut condamné à 50 francs d’amende "pour avoir été surpris, revolver en poche, collant des placards anarchistes". Il professait à cette époque "la plus grande hostilité à l’égard de l’armée. Convoqué à diverses reprises pour des périodes d’instruction, il [avait] toujours négligé de se rendre au régiment ; aussi [avait-il été] porté comme insoumis sur les contrôles du 2e bureau de recrutement de la Seine" (Le Temps, 21 janvier 1898). C’est à cette même époque qu’il monta le Groupe amical d’études sociales d’Asnières et c’est vraisemblablement au local de ce groupe que, lors d’une perquisition, la police découvrit dans un poêle en fonte des cartouches de dynamite provenant d’un lot dérobé le 15 février 1892 à Soisy-sous-Etiolles et dont certaines auraient servies lors des attentats imputés à Ravachol*.
Inculpé de recel, Etiévant fut poursuivi le 25 juillet 1892 aux Assises de Versailles, avec Faugoux*, Chevenet* et Drouhet, et condamné à cinq ans de prison. Lors de ce procès il fit une déclaration de défense qui fut reproduite et traduite à plusieurs reprises sous des titres différents — Défense de G. Etiévant aux assises de Versailles ; "Défense d’Etiévant que les juges de Versailles ont refusé d’entendre" (publiée par le journal Le Pot à colle) ; Légitimation des actes de révolte (Roubaix) ; Un anarchiste devant les tribunaux (Paris, Ed. La Révolte, Bruxelles, Publications de la bibliothèque des Temps Nouveaux, 1895), etc.
Après avoir purgé sa peine entre autres à la centrale de Poissy où il était incarcéré en 1893 selon un document de l’administration pénitentiaire, Etiévant collabora au Libertaire à partir de juillet 1897 en assumant les fonctions de secrétaire de rédaction. Suite à un article intitulé « Le lapin et le chasseur », paru dans le n° 99 du 3-10 octobre 1897 (et non dans le n° 103, comme souvent indiqué), il fut condamné par contumace en décembre 1897 à deux ans de prison. Le 18 janvier 1898, Etiévant, que l’on croyait parti pour la Belgique ou l’Angleterre, passait chez son ancien logeur qui l’informait avoir reçu pour lui un mandat du juge d’instruction. Dans la nuit Etiévant poignardait un planton du poste de police de la rue Berzélius (XVIIe arr.) et un second agent venu au secours de son collègue. Après avoir été maîtrisé et conduit au commissariat sans avoit été fouillé, il tirait avec son revolver sur un autre agent. Les trois policiers ne furent que légèrement blessés. Selon ses déclarations il aurait "choisi des gardiens de la paix pour victimes, parce qu’ils [lui avaient] paru être l’emblème de l’autorité, de l’ordre social qui... opprime", regrettant de n’avoir pas eu la possibilité de taper plus haut.
Traduit devant la cour d’assises de la Seine le 15 juin 1898, La Gazette des tribunaux le présentait ainsi : « De taille moyenne, aux traits fins et aux yeux bleus, il a le crâne dénudé et porte la moustache tombante. Ses mains sont longues et fines. » Lors du procès, Etiévant déclara : « Je ne tiens pas à la vie ; elle n’est, pour moi, faite que de misères ». Cette nouvelle déclaration fit l’objet d’une brochure publiée en 1898 par Les Temps nouveaux. Bien que n’ayant tué personne, Etiévant fut condamné à mort, puis la peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Il fut envoyé au bagne de Guyane où il mourut aux îles du Salut le 6 février 1900 à onze heures du matin.
Son frère Henri, Achille, qui figurait au Carnet B de Seine et Oise en 1923, en fut rayé le 10 décembre 1929.

SOURCES : J. Maitron, Histoire du mouvement anarchiste..., op. cit.Le Père Peinard, 7 août 1892 — Le Libertaire, 3 octobre 1897 — La Gazette des tribunaux, 16 juin 1898 — R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Le Temps, 20 janvier 1898 — Le Figaro, 20 janvier 1898 — ANOM, Aix-en-Provence — Arch. Nat. F7/14693 — Etat civil de Paris.

Jean Maitron, révisé par Pascal Bedos et Rolf Dupuy

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