BARTOSEK Norbert [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Né le 11 septembre 1902. Médecin autrichien anarchiste, promoteur de la vasectomie.

Le frère de Norbert Bartosek, médecin et chef de clinique à Graz (Autriche), était avec le professeur Scherz l’inventeur d’une nouvelle méthode pour pratiquer la vasectomie (stérilisation masculine). Les deux frères mirent en pratique ce procédé, mais ils furent poursuivis par la justice pour "stérilisation non-autorisée". Norbert fuit alors l’Autriche en 1932, et se rendit en Espagne (où il aurait pratiqué des vasectomies parmi les militants de la CNT). En 1933, il arriva en France ; recommandé par des camarades de Solidaridad Obrera, il trouva refuge à Lyon chez des militants anarchistes. C’est dans ce milieu libertaire et néo-malthusien qu’il poursuivit ses opérations et sa promotion de la vasectomie. Il opéra alors en toute discrétion un certain nombre de compagnons (espagnols et italiens pour la plupart), dans l’arrière-salle d’un débit de boissons appartenant à Antoine Lagrange, alors secrétaire de l’Union lyonnaise de la CGT-SR.

Après six mois passés à Lyon, Bartosek fut ensuite invité par le groupe anarchiste de Bordeaux, où il poursuivit son activité médicale clandestine assisté de Louis Harel, et d’un ouvrier anarchiste espagnol du nom de Jean Baeza. Mais après avoir opéré une quinzaine de volontaires anarchistes et libres-penseurs tels que Aristide Lapeyre*, André Prévotel*, Caballero, Pauly, Larrère, Hernandez et Bielle, une dénonciation révéla l’affaire aux autorités qui arrêtèrent les protagonistes : André et Andrée Prévotel* (chez qui les opérations avaient lieu), Aristide Lapeyre et Louis Harel (Jean Baeza parvint à prendre la fuite).

Bartosek, qui était alors passé en Belgique, fut arrêté et extradé. Bien que la loi de 1920 qui réprime la contraception et sa promotion ne mentionne pas la vasectomie, les inculpés furent tout de même condamnés, le 2 mai 1936, pour "castrations et violences" (procédure inappropriée pour une stérilisation librement consentie). Bartosek écopa de trois ans de prison, Baeza de deux ans (par contumace) et deux de ses co-inculpés, Harel et André Prévotel, de six mois ; peines qui furent réduites en appel. Bartosek libéré après 15 mois de prison retourna à Lyon puis chercha un nouveau refuge, notamment en Suisse (il passa quelque temps à Genève depuis mai 1938). Il y fit quelques conférences dans les milieux syndicaux, et s’occupait aussi d’astrologie.

Il fut arrêté quelque temps à Paris au printemps 1941, puis s’installa ensuite en Vendée, à La Faute-sur-Mer, où il continua à pratiquer des opérations clandestines sur un nombre important de militants.

Il est l’auteur d’une brochure publiée à Bruxelles par Hem Day* (stérilisé lui-même par Bartosek). Il collabora aussi probablement à La Voix libertaire (Limoges, 1929-1939).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154728, notice BARTOSEK Norbert [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 27 mars 2014, dernière modification le 5 décembre 2015.

Par Marianne Enckell

ŒUVRE : La Stérilisation sexuelle, son importance eugénique, médicale, sociale ; préf. Hem Day. Bruxelles : Pensée et action, 1937. 103 p.

SOURCES : Ephéméride anarchiste — Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — Fonds Lucien Tronchet, Collège du Travail Genève (lettre du 4 août 1937) — Fonds Eugène Humbert, IISG Amsterdam.

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