Né le 27 mai 1890 à Verdun (Meuse), mort le 11 mai 1912 à Nogent (Seine-et-Oise) ; serrurier ; individualiste et illégaliste.

René Valet (1910)
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René Valet était le fils d’un petit entrepreneur de travaux publics. Il fréquenta l’école primaire supérieure Lavoisier à Paris dans le cinquième arrondissement.. Mais la situation économique de la famille s’étant dégradée, il entra en apprentissage chez un serrurier et s’installa très jeune à son compte dans un petit atelier de la place d’Italie.
Dès 1909, et peut-être avant, il fréquenta les réunions anarchistes du quartier latin. Il a participé à la manifestation contre l’éxécution de Liabeuf le 2 juillet 1910 aux côtés de Victor Kibaltchiche* et Rirette Maîtrejean* dont il était alors très proche. Il fréquentait assidûment la petite communauté de Romainville, siège du journal l’anarchie. Le 10 décembre 1910, il a été condamné à quinze jours de prison pour outrages à agents lors d’une manifestation de commémoration de la Commune.
Insoumis depuis 1911, il commença à vivre dans une semi-clandestinité, cessa de travailler et se tourna vers l’illégalisme. Soupçonné d’avoir commis un cambriolage dans une usine de Suresne avec Marius Metge* à l’automne 1911, son nom fût très vite associé aux protagonistes de l’affaire Bonnot* bien qu’il n’y eut aucune preuve de son implication dans les faits et gestes de la bande. Le domicile de ses parents était surveillé de près et les membres de sa famille furent interrogés longuement à plusieurs reprises. René Valet avait alors pour compagne Anna Dondon, une anarchiste individualiste, qui avait été condamnée en 1906 à cinq ans de prison pour émission de fausse monnaie, et faisait elle aussi l’objet d’un avis de recherche dans le cadre de l’affaire Bonnot.
Au mois d’avril 1912, René Valet et Octave Garnier* louèrent sous une fausse identité un pavillon à Nogent-sur-Marne dans lequel ils se réfugièrent avec leurs compagnes. Le 14 mai 1912, la maison fût cernée par des centaines de policiers et de soldats. Le siège dura des heures sous les yeux de milliers de spectateurs venus assister à l’hallali. Les forces de l’ordre eurent finalement recours à la dynamite et les corps criblés de balles des deux illégalistes furent soustraits à une foule en délire qui voulait s’en emparer.
Le père de René se vit refuser l’accès à la morgue et n’eut pas l’autorisation de voir son fils qui fût enseveli quelques heures après son décès dans la fosse commune du cimetière de Bagneux. Il fit part à la presse de son indignation, se demandant ce qu’on avait voulu lui cacher.
L’Action française, journal royaliste, relaya ses propos et affirma que Valet, vivant au moment de la capture, avait été étranglé dans le fourgon qui le conduisait vers la morgue.
Victor Méric, dans La Guerre sociale, organe révolutionnaire pourtant hostile à l’illégalisme, rendit hommage au courage des deux assiégés : « Garnier, Valet, prodigieux vaincus, nous vous devons des excuses. [...] Nous n’avons pas su former face à la société capitaliste et exploiteuse, face aux petits cercles de démoralisation, la grande famille révolutionnaire, le véritable "nid rouge" oùvous auriez pu assouvir votre soif de fraternité et apaiser votre faim de sacrifice. Pauvres enfants mal venus de notre mère commune la révolte, nous vous admirons, nous vous plaignons, et pardonnez nous. » (La Guerre sociale, 21 mai 1912)

SOURCES : Archives PPo EA140, EA 141.

Anne Steiner

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