SOUDY André [Dictionnaire des anarchistes]

Par Anne Steiner

Né le 23 mars 1892, à Beaugency (Loiret), guillotiné le 22 avril 1913 à Paris ; garçon épicier ; anarchiste individualiste ; illégaliste.

André Soudy (1912)
André Soudy (1912)
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Fils de petits hôteliers ayant fait faillite, André Soudy travailla dès l’âge de onze ans comme garçon épicier. Il arriva à Paris en 1908 à l’âge de seize ans. Syndiqué, il était très combatif et n’hésita pas à poursuivre devant les prud’hommes un de ses employeurs pour licenciement abusif.

Entre 1909 et 1911, il subit trois condamnations allant de trois jours à six mois de prison pour vol, recel, propos séditieux et vagabondage. Il tomba alors dans une grande instabilité professionnelle et une grande précarité résidentielle. Il partageait des chambres d’hôtel avec son ami Colombo, anarchiste, et pratiquait avec lui le vol à l’étalage. ensemble, ils vendaient aussi des cartes postales sur le pont Alexandre. Atteint de tuberculose, il fit un séjour au sanatorium d’Angicourt, dans l’Oise, à la fin de l’année 1910, puis à l’hôpital Saint-Louis. Interdit de séjour dans le département de la Seine depuis août 1912, à la suite d’une condamnation, il se munit de faux papiers au nom de Bonvallet. C’était un familier du siège du journal individualiste l’anarchie, rue Fessart, proche de Rirette Maîtrejean* et de Victor Kibaltchiche* qui l’ont décrit comme un gamin facétieux et triste à la fois.

Accusé d’avoir participé au hold-up de la Société générale à Chantilly, aux côtés de Jules Bonnot* et d’Octave Garnier*, il fut arrêté, sur dénonciation, alors qu’il s’était réfugié à Berck, chez Baraille*, cheminot révoqué pour fait de grève. Condamné à mort, bien que son rôle dans le hold-up de Chantilly se soit borné à maintenir la foule à distance sans blesser ni tuer quiconque, il fut exécuté à l’âge de vingt ans, le 22 avril 1913.

Avant de mourir, il a laissé un texte ironique en forme de testament qui laissait poindre un certain ressentiment à l’égard des intellectuels qui s’en tiraient plutôt bien : « Moi, Soudy, condamné à mort par les représentants de la vindicte sociale dénommée justice : Considérant et attendu qu’il est de mon devoir de faire part au peuple conscient et organisé du détail de mes volontés dernières : 1°- Je lègue à Monsieur Etienne, ministre de la guerre, mes pinces Monseigneur, mes ouistitis et mes fausses clefs pour l’aider à solutionner et à ouvrir la voie du militarisme par la loi de trois ans ; 2°- Mes hémisphères cérébraux au doyen de la Faculté de médecine ; 3°- Au musée d’anthropologie, mon crâne et j’en ordonne l’exhibition au profit des soupes communistes ; 4°- Mes cheveux au syndicat de la coiffure et des travailleurs conscients et alcooliques, lesquels cheveux seront mis en vente, dans le domaine public et ce, au bénéfice de la cause et de la solidarité. Enfin, je lègue à l’anarchie mon autographe afin que les prêtres et les apôtres de la philosophie puissent s’en servir au profit de leur cynique individualité."

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154696, notice SOUDY André [Dictionnaire des anarchistes] par Anne Steiner, version mise en ligne le 1er avril 2014, dernière modification le 6 mai 2014.

Par Anne Steiner

André Soudy (1912)
André Soudy (1912)
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SOURCES : Archives PPo, EA140, EA 141. — Rirette Maîtrejean, Souvenirs d’anarchie, op. cit. — Victor Serge, "Monde sans évasion possible" in Mémoires d’un révolutionnaire.