ROUSSET Émile, Étienne [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Guillaume Davranche

Né le 20 janvier 1883 à Lyon (Rhône), mort le 15 juillet 1961 à Vitry-sur-Seine (Seine) ; terrassier ; protagoniste de l’affaire Aernoult-Rousset, puis militant du CDS et de l’UA.

Émile Rousset
Émile Rousset
Les Temps nouveaux du 24 août 1912.

Issu d’une pauvre famille ouvrière de Lyon, Émile Rousset, ouvrier terrassier, multiplia les vols, ce qui lui valut une condamnation à cinq ans de prison en 1903. Sorti de prison en janvier 1908, il fut envoyé aux bataillons d’Afrique, où une rixe au couteau l’envoya rapidement à « Biribi », en l’occurrence la section disciplinaire de Djenan-el-Dar.

C’est là qu’il connut brièvement le disciplinaire Albert Aernoult et fut témoin des mauvais traitements qui entraînèrent sa mort le 2 juillet 1909.

Le jour même, il écrivit, avec d’autres témoins, une lettre à la mère d’Aernoult pour dénoncer l’assassinat de son fils. La lettre, révélée par Le Matin du 24 juillet, déclencha l’affaire Aernoult. Elle devint l’affaire Aernoult-Rousset quand L’Humanité du 9 février 1910 révéla que l’un des signataires de la lettre, Rousset, venait d’être condamné par le conseil de guerre d’Oran à cinq ans de prison, et incarcéré au pénitencier de Douéra.

La libération de Rousset devint alors la grande affaire antimilitariste du moment. Rousset, à présent icône du mouvement ouvrier, fut défendu par le Comité de défense sociale, puis par un Comité Rousset dont le secrétaire était René de Marmande, et qui associa anarchistes, socialistes, syndicalistes, militants de la LDH et diverses personnalités.

Sous la pression de la campagne, les autorités militaires cédèrent du terrain. Sur proposition du ministère de la Guerre, le président de la république le gracia le 13 avril 1911. Mais l’affaire rebondit lorsque Rousset, désormais incorporé dans un bataillon à Médéa, fut accusé du meurtre d’un autre soldat, Brancoli. Le 9 décembre 1911, un tribunal d’Alger le condamna à vingt ans de travaux forcés pour meurtre. « C’est l’affaire Dreyfus qui recommence », s’écria alors La Bataille syndicaliste, et la campagne pour la libération de Rousset reprit de plus belle.

Le 23 février 1912, la Cour de cassation cassa le jugement d’Alger pour vice de procédure et, après divers rebondissements, Rousset bénéficia d’un non-lieu le 24 septembre 1912.

A son retour à Paris, quelques semaines plus tard, Émile Rousset alla se reposer quelques temps à la Ruche de Sébastien Faure, et se rapprocha de la mouvance anarchiste. Le 20 octobre 1912, une fête fut organisée en son honneur au Foyer populaire de Belleville, siège de la FCA. Par la suite Rousset milita activement au CDS. Il reprit alors son métier de terrassier.

En 1913, il présida ou prit la parole dans plusieurs meetings de la FCA, notamment le 5 mai, aux Sociétés-Savantes, contre la venue du roi d’Espagne Alphonse XIII à Paris.

A l’automne 1913, il fit partie du comité de parrainage de la coopérative Le Cinéma du peuple (voir Yves Bidamant).

Incorporé en 1914 au 75e régiment d’infanterie, il fut envoyé au Maroc, au sein du 4e bataillon d’infanterie légère d’Afrique. Menacé à nouveau de comparution devant un conseil de guerre, il fut, à sa demande, dirigé sur le front après intervention de ses amis, dont Charles-Ange Laisant*. Il fut démobilisé en mars 1919 avec le grade de sergent.

Il recommença alors à militer au CDS. Il intervenait dans les meetings, et plaida notamment en faveur d’Émile Cottin*, qui avait tiré sur Clemenceau, des mutins de 1917 et de ceux de la mer Noire. Le 5 mai 1922 il prononça à Vitry, au nom du CDS, un discours qui lui valut d’être condamné, le 27 juillet, à six mois de prison pour « apologie du meurtre » et « propagande anarchiste ».

En octobre 1923, il adhéra formellement à l’Union anarchiste. Il était alors employé de commerce et habitait 4, rue du Fort, à Vitry.

Dans un rapport d’août 1933, la police indiquait que Rousset « serait passé en août 1930 au Parti communiste », et qu’il aurait cessé de militer au CDS en 1931.

Il se maria à quatre reprises : le 17 juin 1916 à Paris 13e avec Louise Dandry ; le 23 août 1919 à Lyon avec Renée Bourgeois ; le 27 avril 1931 à Vitry-sur-Seine avec Amélie Massias ; le 14 décembre 1936 à Paris 13e avec Germaine Gravy.

Lorsqu’il mourut, un article nécrologique lui fut consacré dans le mensuel de Louis Lecoin, Défense de l’Homme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154686, notice ROUSSET Émile, Étienne [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 2 mai 2014, dernière modification le 25 janvier 2019.

Par Jean Maitron, Guillaume Davranche

Émile Rousset
Émile Rousset
Les Temps nouveaux du 24 août 1912.

ŒUVRE : Du fond de l’abîme. Lettres d’Émile Rousset, brochure de 32 p., 1912, publication des « Temps Nouveaux », n° 56, Bibl. Nat. 8° R 15 263.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053 ― Arch PPo BA/927 ― Défense de l’Homme n° 154, août 1961 ― Dominique Kalifa, Biribi, les bagnes coloniaux de l’armée française, Perrin, 2009 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

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