ROUSSEL Georges [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né à Paris le 13 mars 1865, mort le 15 mai 1909 à l’hôpital Tenon (Paris XXème) ; marchand de journaux ; leader individualiste puis anarchiste.

En 1883, Georges Roussel faisait partie des anarchistes connus sur la place parisienne, tenant des discours incendiaires dans les meetings. Cette année-là, il fut arrêté et condamné pour détention d’explosif.

En janvier 1885, soupçonné de mouchardise, il fut traduit devant un jury d’honneur du groupe italien de Paris, parce qu’on aurait trouvé sur lui une liste des noms et adresses des principaux membres du groupe. À la même époque, il aurait participé au journal Terre et Liberté de Dénéchère.

Georges Roussel fut à l’époque, avec Pierre Martinet (voir ce nom), un des leaders de la mouvance anarchiste de la salle Horel, rue Aumaire. « Ce fut lui, selon Jean Grave, qui déjà à l’époque le tenait pour un mouchard, qui inaugura l’habitude d’“engueuler” l’auditoire. »

Avant que l’individualisme n’existe comme doctrine, il professa des pratiques individualistes dans le militantisme. Selon un rapport de police du 10 février 1886, lors d’une réunion des groupes anarchistes salle Horel, Roussel « a prétendu que les anarchistes avaient le droit, s’il leur en prenait la fantaisie, de provoquer toute réunion, de prendre les noms de tous groupes et de conserver par-devers eux toute somme sans jamais avoir à rendre compte à qui que ce soit de leurs actes. Des dénégations violentes ont accueilli ces paroles. Godar a protesté et déclaré que pour son compte personnel, s’il faisait partie d’un groupe, il ne permettrait pas qu’on agît au nom du groupe sans l’autorisation de ses membres. Roussel lui a répliqué : “Alors vous n’êtes plus anarchiste, vous êtes autoritaire.” »

En 1889, Roussel quitta Paris et disparut complètement de la scène militante. Que fit-il pendant ces années ? Il restait évasif sur la question.

Il fit sa réapparition en juillet 1902, quand il cofonda le périodique Le Réveil de l’esclave, qui s’éteignit au n°9 en juin 1903. Roussel le fit reparaître tout seul, d’octobre à décembre 1903. L’administration était alors basée au 82, rue de Belleville, à Paris 20e, sans doute son domicile.

En mars 1908, il cofonda à Paris le Groupe international, qui édita le périodique Terre et Liberté, imprimé à Bruxelles, qui n’aurait eu que 5 numéros. Son siège était 64, rue de Romainville, à Paris 19e, au domicile que Roussel occupait depuis environ un an. Le militant, marié, tenait un éventaire de journaux dans le même arrondissement, au 25, rue du Pré-Saint-Gervais. Il aurait également disposé en parallèle d’un second domicile, 33, rue de Blois.

À l’époque, il fréquentait assidûment, avec ses deux frères et sa jeune sœur Henriette Roussel (voir ce nom) les Causeries populaires d’Albert Libertad.

Avant de cofonder le Groupe international, Roussel avait milité à la CGT. Travaillant à l’expédition chez Hachette puis au Petit Journal, il avait fondé un syndicat de porteurs de journaux. Son activité d’agitateur lui valut d’être licencié. Dix-huit mois plus tard, il fut embauché pour quelques temps à l’imprimerie confédérale de la CGT. L’anarchiste Tennevin ainsi que les militants de la CGT comme Dubéros ou Beausoleil le soupçonnaient d’être un mouchard.

Le 9 avril il fut arrêté par la police à la gare de Maisons-Alfort avec François Kuhn et Melchior Roux (voir ces noms), en possession de dix cartouches de dynamite, trois mètres de cordon Bickford et six détonateurs. La presse du 18 avril annonça que Roussel et Kuhn avaient été relâchés, mais pas Roux.

La Guerre sociale du 19 mai 1909 annonça que Roussel venait de mourir « après une longue maladie ». Il fut incinéré le jour même à l’hôpital Tenon, à Paris 20e.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154685, notice ROUSSEL Georges [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 1er mai 2014, dernière modification le 25 juin 2014.

Par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch PPo BA/1654 (dossier Henriette Roussel) — La Lanterne du 13 avril 1908 — Le Matin des 10 et 11 avril 1908 — La Gazette de Lausanne des 11, 12 et 18 avril 1908 — La Guerre sociale du 19 mai 1909— Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchiste, Flammarion, 1973 —René Bianco, Cent ans de presse… — Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la république, PUR, 2008.

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