ROGER Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Né le 25 janvier 1871, mort le 14 février 1917 à l’hôpital Lariboisière à Paris ; ouvrier émeuleur-polisseur ; anarchiste.

Émile Roger fut licencié en décembre 1891 de chez Soret, à La Cachette, près de Nouzon (actuelle Nouzonville, Ardennes), pour avoir protesté contre la diminution de salaire imposée à sept ouvriers émeuleurs. Ce licenciement fut à l’origine d’un puissant conflit social qui donna naissance, le 4 septembre 1892, au groupe anarchiste Les Déshérités. Celui-ci fut domicilié chez Émile Roger au 12, rue de la Chappe à La Forge, près de Nouzon.

Suite aux échauffourées du 1er mai 1893 à Nouzon, des poursuites furent engagées le 9 mai pour rébellion et association illicite contre 23 ouvriers, dont Émile Roger et Julien Copine, des Déshérités.

Le 4 juin 1893, Roger participa à une manifestation antimilitariste lors du conseil de révision à Charleville, au cours de laquelle les conscrits entonnèrent des chants révolutionnaires et crièrent « Vive Ravachol ! »

Son départ pour le service militaire au 8e régiment d’artillerie donna un coup de frein à l’activité des Déshérités. Après son retour fut fondé un nouveau groupe : Les Libertaires de Nouzon, dont les réunions se tenaient chez lui le premier et le dernier dimanche de chaque mois. Participaient aux réunions : Ernest Dumoulin, Auguste Marchal, Jules Faynot, Julien Copine (de Neufmanil), Henri Gualbert*, Camille Nabucet. En février 1897, il hébergea l’anarchiste Auguste Philippe*, venu de Reims venu faire une conférence.

En 1898, Émile Roger était dépositaire du Libertaire, qui avait alors cinq abonnés à Nouzon. Début mai, alors qu’il vendait des journaux anarchistes sur la voie publique, les gendarmes voulurent contrôler les journaux qu’il transportait dans sa musette, pour voir s’il ne s’y trouvait pas un manifeste intitulé À l’armée. Refusant d’entrer dans un café, Roger étala ses journaux dans la rue où les gendarmes les ouvrirent un à un. Au cours de cette journée, il fut interpellé trois fois par la police.

Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1897, des affiches intitulées Germinal furent collées dans les lieux publics. Elles conduisirent Émile Roger en prison pour un mois, pour incitation au meurtre, au pillage et à l’incendie dans un but de propagande anarchiste.

En 1904, Émile Roger était installé à son compte comme polisseur et travaillait, en particulier, pour les marchands de vélos et les cyclistes. Dans son atelier, aidé de deux de ses fils et de deux ouvriers, il nickelait des pelles et des pincettes dans un bain de son invention pendant que sa femme Aline se chargeait des livraisons dans une remorque traînée par deux chiens.

Roger publia, en 1905, le numéro unique d’une feuille intitulée L’Affamé Ardennais. Il militait alors à la Libre-Pensée. Candidat abstentionniste aux législatives de 1906, il recueillit néanmoins entre 50 et 75 voix.

En 1908, il était correspondant et vendeur de La Guerre sociale et du Libertaire, qui avait atteint les 37 abonnés à Nouzon, la vente au numéro allant jusqu’à 100 exemplaires.

Au printemps 1910, il fut candidat abstentionniste dans le cadre de la campagne antiparlementaire (voir Jules Grandjouan). Porté par la dynamique, le comité antiparlementaire de Nouzon se transforma, au lendemain des élections, en Groupe d’éducation révolutionnaire.

Lors de la manifestation de Bel-Air, le 13 septembre 1911, pour réclamer la libération de Théophile Sauvage, incarcéré à l’occasion du mouvement contre la vie chère, Roger fut en première ligne face aux dragons.

Il participa, en juillet 1912, à la création du groupe communiste-anarchiste de Charleville.

Père de sept enfants, il avait donné à chacun une marraine ou un parrain spirituels – Jean-Baptiste Clément* pour son fils René, Louise Michel* pour une de ses filles. Aucun enfant ne fut baptisé.

Émile Roger était inscrit au carnet B mais répondit à l’appel en août 1914 avant que les gendarmes n’arrivent à son domicile.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154680, notice ROGER Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 2 mai 2014, dernière modification le 25 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

SOURCES : Note biographique de Dominique Petit in Terres ardennaises, n° spécial « Visages du mouvement ouvrier », mars 1994. — Dominique Petit, Deshérités de Nouzon, syndicalistes révolutionnaires… et autres anarchistes, Publications de La Question Sociale, juin 1996 — notes de Théophile Malicet, de Nouzonville, socialiste chrétien, auteur du roman Debout, frères de misère, communiquées par H. Manceau.

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