Né le 9 avril 1877 à Tours (Indre-et-Loire) ; mort le 10 novembre 1949 à Luynes (Indre-et-Loire) ; serrurier ; radical, puis anarchiste individualiste, puis syndicaliste, puis végétalien.

Louis Rimbault (1912)
Arch. PPo
Louis Rimbault (parfois orthographié Raimbault) naquit dans une pauvre famille de huit enfants dont le chef était alcoolique. Ses frères furent également anarchistes (voir Marceau, Charles et Théophile). Louis apprit la tôlerie et « trimarda », fut garçon dans un hôtel-restaurant et enleva la fille de ses patrons alors qu’elle était enceinte de quatre mois. Il revint ensuite chez ses « beaux-parents » et se maria. Peu après, il devint patron d’une quincaillerie à Livry-Gargan (Seine-et-Oise).
De 1904 à 1908, il fut élu conseiller municipal radical de Livry-Gargan, puis il devint abstentionniste sans être à proprement parler anarchiste. C’est à cette époque, que son frère Marceau, anarchiste individualiste, vécut quelques mois à son domicile.
En 1910-1912, Louis Rimbault vécut quelques temps à Bascon (Aisne) dans le « milieu libre » initié par Georges Butaud* et Sophia Zaïkowska*. Il lança ensuite son propre « milieu libre » aux Pavillons-sous-Bois (Seine-et-Oise), regroupant une douzaine de personnes et marqué par de violentes querelles entre végétaliens et végétariens.
Louis Rimbault monta, au sein de la communauté, un petit atelier de serrurerie. Il pratiqua alors quelques escroqueries à l’assurance avec la complicité des frères Valensi*, et adhéra à la CGT. Il aurait été un des orateurs de la CGT à Pavillons-sous-Bois le 1er mai 1910 (Le Libertaire du 14 septembre 1919).
Fin 1912, Louis Rimbault fut interpellé dans le cadre de l’affaire des « bandits en auto » (voir Jules Bonnot). Il était soupçonné, sans preuve, d’avoir hébergé des membres de la « bande tragique ». Durant sa détention, il aurait perdu la raison, ce qu’il nia par la suite, affirmant avoir simulé. Néanmoins, dans son autobiographie, La Vie tragique des guides d’humanité, il reconnaîtra que « commencée par être simulée, ma crise devint réelle ». Le Comité de défense sociale réclama sa libération lors du meeting pour le droit d’asile, à Paris, le 30 janvier 1913. Finalement, après presque deux ans de préventive, Louis Rimbault fut acquitté par la Cour d’assises de la Seine le 10 août 1914.
Mobilisé en 1915, il fut affecté comme mécanicien ajusteur chez Licot Frères, rue Pelleport à Paris 20e. Selon Le Libertaire du 14 septembre 1919, il aurait effectué néanmoins dix mois sous l’uniforme, avant d’être réformé définitivement le 30 août 1918. Le 8 septembre, il entrait comme ouvrier tôlier chez Rémy, à Bagnolet, et en était licencié en mai 1919 pour cause de militantisme syndical. En avril et mai, il était mandaté par l’union des mécaniciens de la Seine pour mener une campagne, avec Dumercq et Vergeat*. Il était alors adhérent de la Fédération anarchiste, structure intermédiaire entre la FCAR et l’UA, qui éditait Le Libertaire.
Durant les grèves de la métallurgie parisienne de juin 1919, il fut élu secrétaire du comité de grève de l’Est parisien, et apparut comme un leader des plus virulents. Il participa au Comité d’action, aile jusquau-boutiste du mouvement gréviste et fut un des meneurs de l’invasion de la réunion du bureau fédéral des Métaux, le 22 juin au soir.
Après l’échec de la grève, le Comité d’action mandata Rimbault pour une tournée de propagande en province, pour « faire connaître la vérité sur la grève de la métallurgie » malgré la « conspiration du silence organisée par la CGT » (Le Libertaire du 17 août 1919). Le secrétaire des Métaux, Alphonse Merrheim, envoya alors une circulaire dans les syndicats pour les mettre en garde contre ce personnage « suspect » d’être un provocateur policier. La « circulaire Merrheim » entraîna la constitution d’une commission d’enquête au sein du comité de grève de l’Est parisien. En furent membres L. Renaudie (de l’Union des mécaniciens), Lambert (des Métaux), Bott (des Mécaniciens), Farbil (de l’Union du bronze) et Georges Preter (des Métaux). Le résultat de leur enquête, qui récusait les accusations de Merrheim, fut publié dans Le Libertaire du 14 septembre 1919.
Louis Rimbault essaya alors de lancer une nouvelle forme d’organisation censée supplanter la CGT, à mi-chemin du soviet et de la coopérative : les conseils d’ouvriers syndiqués (COS). La référence aux « ouvriers syndiqués » dans le sigle devait dissiper tout soupçon de « jaunisse ». Les COS étaient censés regrouper la population laborieuse par atelier, par arrondissement et par région, sur la base d’une cotisation facultative, et réorganiser la production et la distribution de biens. Les COS furent la « marotte » de Louis Rimbault qui en défendit le concept pendant plusieurs mois dans Le Libertaire (notamment du 10 août 1919) et au Ier congrès de l’Union anarchiste en novembre 1920.
Le Comité d’action des COS, domicilié chez Louis Rimbault, au 88, rue Pelleport, à Paris 20e, publia même un périodique, Travail. En 1920 fut publié un programme des COS, Application du communisme en pleine société bourgeoise, qui proposait de développer le communisme « par la démonstration expérimentale ». Les programme proposait l’achat « d’action communistes » (25 francs) destinées à la constitution de coopératives de production placées sous l’égide des COS. Lui-même était secrétaire du COS de Paris 20e.
A la même période, il dirigeait la Fédération des groupes de Libre examen, également domiciliée chez lui.
Les COS ne s’étant jamais développés, Louis Rimbault se recentra sur le militantisme végétarien. En 1921, il était administrateur d’une « École socialiste marxiste » et participait à un « Groupe de préparation à la vie communiste et de propagande végétarienne ». Lors d’une réunion de ce groupe en septembre 1921 il lança une souscription pour l’achat de matériel scolaire, et appela à soutenir l’institutrice révoquée Julia Bertrand*.
En 1922, il était employé à l’Hôpital de la Charité où il faisait appliquer, sous l’impulsion du docteur Marcel Labre, un régime végétalien. En même temps, il se disait directeur-fondateur de la Société d’études techniques et d’enseignement général de Paris dont le siège social était à Luynes (Indre-et-Loire). À cette époque, il se mit à promouvoir un végétalisme de plus en plus intransigeant. Avec Le Fèvre, Henri Zisly*, Butaud, Zaïkowska, etc., il collabora au Néo-Naturien, lancé début 1922 et qui s’arrêta en octobre 1925. En décembre 1924, il s’était brouillé avec Butaud et Zaïkowska, qui avaient lancé un journal concurrent, Le Végétalien.
L’heure avait sonné pour la grande œuvre de sa vie. En novembre 1923, il fonda une communauté végétalienne à Luynes, baptisée Terre libérée, qui devait accueillir des sociétaires, mais qui devint surtout un lieu d’accueil pour des malades et des invalides que le végétalisme se proposait de remettre en forme. À Bascon, Louis Rimbault avait inventé la recette d’une salade complète, composée de 34 variétés potagères, qu’il avait baptisé la basconnaise. Elle devint un des thèmes centraux de ses théories alimentaires, et d’une doctrine nouvelle qu’il inventa alors : le naturarchisme.
Auteur prolixe de brochures hygiénistes, il fut sollicité par Sébastien Faure pour rédiger les articles Maladie, Médecin, Médecine et Médicastre de L’Encyclopédie anarchiste. Il exposa ainsi ses vues : « Ce n’est pas la maladie qu’il importe de vaincre, puisque son rôle est de protéger le sujet contre le mal déferlant sur l’organisme. Lutter contre la maladie, c’est lutter contre la guérison ; aider la maladie, voilà ce que devrait être le rôle du médecin (de santé). » L’essentiel est de prévenir les maladies en luttant contre « alcoolisme, tabagisme, vinisme, carnivorisme, caféisme, cocaïnisme, falsificationnisme, surmenage, sexualisme, prostitution et taudis ». Et Rimbault se proposait de « régénérer l’homme par la régénération de la terre » (Le Néo-Naturien, n° 22, août-octobre 1927).
En 1926, Terre libérée adhéra à l’Association paysanne anarchiste (APA) créée autour de L’En-Dehors et gérée par Armand*.
En décembre 1926, son épouse Clémence mourut des suites d’une tuberculose. Louis Rimbault eut alors pour compagne une militante végétalienne, cuisinière de Terre libérée, Gaby. A partir de 1927, l’activité de Terre libérée commença à décliner. Mais le coup d’arrêt fut un accident de travail (chute d’une poutre) de Rimbault en septembre 1932, qui devait le laisser paraplégique et condamné à se déplacer en manucycle. En 1933, Gaby le quitta. Louis Rimbault essaya sans succès de vendre le domaine, et rédigea son autobiographie, La Vie tragique des guides d’humanité, qui révélait une déjà vieille dérive mégalomane. En mars 1938, Louis Rimbault se remaria avec Léonie Pierre (dite Ninette), de vingt-cinq ans sa cadette, une « arriérée » selon ses mots, fille d’alcooliques qu’il avait recueillie avec son épouse en 1915, et qui s’occupait au quotidien du vieux paraplégique.
Louis Rimbault vécut les dernières années de sa vie dans la misère, dans des bâtiments qui menaçaient ruine, et ostracisé par les paysans des environs qui n’aimaient guère ce couple marginal. Durant la débâcle de 1940, une vingtaine de réfugiés furent accueillis sur le domaine.
Après sa mort, Terre libérée fut vendue en rente viagère par sa veuve Ninette.

ŒUVRE : Le Tabac, les infirmités, les fléaux qu’il provoque, le remède nature..., introd. de Julia Bertrand, éd. de l’École de pratique végétalienne, 1927 — Les Secrets Bienfaits de la maladie, Impr. La Laborieuse, 1928 ou 1931 — Les Origines de la vie humaine révélées par la pratique du végétalisme intégral, éd. de Terre libérée, 1929 — Le Grand Problème naturiste, éd. de Terre libérée, s.d. — L’Etre humain sous la fumée décerveleuse du tabac : mécanisme de la guérison du fumeur, éd. de Terre libérée, 1931 — Peut-on cesser subitement de fumer ?, éd. de Terre libérée, 1931 — Comment choisir sa femme ? préf. du Dr Legrain, La Brochure mensuelle, n° 119, 1932 — La Vie tragique des guides d’humanité, inédit, 1934 (révisé en 1938), préf. de Han Ryner (conservé au CHS, cet ouvrage ne se trouve plus au catalogue) — Prémisses de l’état de révolution naturarchiste en France d’après la chevauchée makhnoviste et l’Histoire, éd. de Terre libérée, s.d. [1936] — Les Empoisonnements méconnus. Crimes alimentaires. Les Soins qui tuent, éd. de Terre libérée, 1938. Le CHS conserve également des chansons du type Tabac, rends-nous nos papas ! ou Berceuse végétalienne.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13576 — Arch. PPo BA/1643 — Œuvres et, notamment, La Vie tragique, op. cit. — BDIC Fol. Delta 530/1. — Le Libertaire du 14 septembre 1919 — Application du communisme en pleine société bourgeoise, bulletin des COS, 32 p. [1920] — Louis Rimbault et « Terre libérée », école de pratique végétalienne et de retour à la terre, Les Brochures de L’En-Dehors,2005 — Jean-Louis Robert, Les Ouvriers, la Patrie et la Révolution, Université de Besançon, 1995 — Anne Steiner, Les En-Dehors, L’Echappée, 2008 — Nicolas Papayanis, « Masses révolutionnaires et directions réformistes : les tensions au cours des grèves des métallurgistes français en 1919 », Le Mouvement social, oct.-déc. 1975.

Notice complétée par Guillaume Davranche

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