NERUCCI Raffaello [dit Raffaelle]

Par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel

Né à Castelfranco di Sotto, province de Pise (Italie) le 11 juin 1876 ; commerçant ; militant anarchiste italien de Marseille ; rallié à l’Union sacrée en 1914 puis au fascisme.

Raffaele Nerucci avait commencé à militer très jeune dans le mouvement anarchiste. Après plusieurs emprisonnements, il émigra en 1901 en France et s’installa à Marseille où en 1905 il était signalé comme l’un des principaux membres du groupe anarchiste italien. Il avait alors ouvert un petit restaurant buvette, sorte de cantine ouvrière, située d’abord 6 rue Jobin à la Belle-de-Mai, puis 1 traverse du Château-vert (en 1912) où de nombreux compagnons venaient prendre leurs repas et où certains logeaient ; l’arrière salle servait de lieu de réunion au groupe anarchiste italien. Entre 1906 et 1910, il fut le correspondant à Marseille des périodiques les plus importants de la presse libertaire italienne, dont L’Avvenire Anarchico (Pise, n° 1, mai 1910), Il Libertario (La Spezia, n°1, 16 juillet 1908) et La Protesta Umana (Milan). Galmozzi Giovanni en 1909 puis Di Ciolo Ruffo en 1913, respectivement gérant de La Protesta Umana et de L’Avvenire Anarchico se réfugièrent à Marseille auprès du groupe de Nerucci pour échapper à des condamnations pour délit de presse.

C’est à son initiative que fut publié en mars 1910 un manifeste bilingue franco-italien intitulé La Protestation des anarchistes, commémorant la Commune de Paris, puis en décembre 1911 avec le militant espagnol Corbella un manifeste bilingue italo-espagnol ; il prit la parole lors du meeting organisé le 24 décembre 1911 à la Bourse du travail pour protester contre la répression en Espagne. Les autres orateurs étaient Barrat, Durand, José Costa pour les groupes espagnols de Paris, Salvador Segui du Comité Pro Presos de Barcelone et Sébastien Faure*. Nerucci était alors le principal animateur du groupe Pietro Gori qui regroupait une cinquantaine de militants et sympathisants.
En mai 1913, Nerucci et Frangini Comunardo furent les instigateurs du rapprochement entre les membres du groupe Pietro Gori et les libertaires espagnols et français de Marseille afin de créer le Cercle Libertaire International d’Études Sociales.

Il prit, début 1914, l’initiative d’un regroupement de révolutionnaires (anarchistes, socialistes, mazziniens) qui publia le journal trilingue (français, italien, espagnol) Pro Vittime Politiche (numéro unique de février 1914) consacré principalement à la défense d’Augusto Masetti, et organisa le 25 janvier 1914, à la veille de la guerre, un meeting qui rassembla environ 150 Italiens de diverses tendances. À l’issue de ce meeting fut voté un ordre du jour blâmant énergiquement le gouvernement italien pour la répression déclenchée lors de la Settimana rossa. Un manifeste imprimé par Nerucci fut également distribué où il appelait à la révolution sociale et déclarait que les révolutionnaires devaient se tenir prêts « pour le grand jour où elle allait éclater ».

Lors de la déclaration de guerre, fortement influencé par Maria Rygier, il prit parti pour l’intervention contre l’agression allemande et autrichienne. En mars 1915 il forma un groupe réunissant divers révolutionnaires italiens partisans de l’entrée en guerre de l’Italie et proposa de faire de la propagande auprès des Italiens résidant en France. Un groupe qui fut à l’origine de la publication d’un numéro unique La Nostra Guerra le 21 mars 1915. Début 1916 , il publiait pour justifier ses positions la brochure Dal di là del Rubicone, le Rubicon représentant pour lui l’incapacité des anarchistes opposés à la guerre à comprendre le moment révolutionnaire que le conflit offrait. Il reprenait les thèmes habituels de la propagande des anarchistes favorables à l’intervention, il opposait l’anarchisme « réel » à l’anarchisme « idéal », il affirmait la nécessité de défendre la civilisation latine, berceau de la révolution. La brochure imprimée à Pise était préfacée par Charles Malato*. Quelques mois avant la publication de cette brochure, Nerucci abjura l’anarchisme et dans une lettre adressée à la rédaction de l’hebdomadaire italien publié à Marseille, L’Eco d’Italia du 27 août 1916, il annonça qu’il venait de prendre la carte du parti Républicain. Cependant, il tenta par tous les moyens d’échapper à la tranchée et ne fut appelé sous les drapeaux qu’à la fin de la guerre.
Nerucci, qui était devenu un indicateur au service de l’Italie bien avant la création en 1926 de l’OVRA, devint après guerre un fervent fasciste et un des fondateurs en 1925 du Faisceau de combat de Marseille dont il fut expulsé en 1927 pour « indignité morale et politique ».

Dès février 1910, les militants anarchistes de Castelfranco l’avaient soupçonné d’être « un espion au service de la police française » tandis que la police italienne le soupçonnait de cacher ses activités de receleur derrière l’exploitation de son petit commerce.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154653, notice NERUCCI Raffaello [dit Raffaelle] par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel, version mise en ligne le 30 août 2015, dernière modification le 22 juillet 2015.

Par Rolf Dupuy, Françoise Fontanelli Morel

SOURCES : Arch. Dép. BDR 4 M 2414, 4 M 2417, 4 M 2422 et 4 M 2425 — Arc.Cent.Stato Roma CPC busta Pucini Rizieri e n°3526 Nerucci Raffaello.—R. Bianco « Le mouvement anarchiste… », op. cit. — Dizionario biografico degli anarchici…, op. cit (Notice de A. Luparini) — Alessandro Luparini, Anarchici di Mussolini. Dalla sinistra al fascismo tra rivoluzione e revisionismo, Florence, MIR Edizioni, 2001.

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