MOREL Georges, Lucien [Dictionnaire des anarchistes]

Par Notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 3 novembre 1855 à Quevauvillers (Somme) ; cordonnier ; un des fondateurs de l’anarchisme et une figure du syndicalisme dans la Somme.

Georges Morel fut un des fondateurs de l’anarchisme dans la Somme, puis une figure du syndicalisme révolutionnaire. Sans doute membre du premier groupement anarchiste du département, intitulé Cercle de l’union des ouvriers, il était correspondant du Révolté de Genève dès 1881. En juillet 1881, il mandata Louis Bouisson* pour représenter les anarchistes amiénois au congrès international de Londres (voir Gustave Brocher). Il habitait alors au 16 bis, rue des Briques à Amiens. En 1889, il était membre du groupe libertaire Les Éclaireurs de Picardie. Le 18 août, il tint un meeting antiboulangiste à Amiens.

Le 9 janvier 1897, il prit la parole dans un meeting à Amiens avec Joseph Tortelier* et Georges Butaud* sur la persécution des anarchistes en Espagne.

Ouvrier dans un atelier de chaussure à Amiens, il milita au syndicat des cuirs et peaux dès les années 1880-1890. Il aida également à la fondation du syndicat des métaux du Vimeu – bien qu’il n’ait jamais tenu une lime de sa vie, comme la presse locale (L’Abevillois) le signala à plusieurs reprises. Dès l’hiver 1900, la grève victorieuse des serruriers de Woincourt donna le coup d’envoi du développement de la CGT dans la région. Georges Morel lui imprima fortement sa marque, en liant étroitement, semble-t-il propagande anarchiste et syndicale. De 1902 à 1912, il fut délégué par divers syndicats de la Somme à chaque congrès confédéral de la CGT.

En 1903-1905, il collabora, avec Griffuelhes, Pouget*, Yvetot*, Delesalle* et d’autres, à L’Action directe, une petite revue qui joua un rôle dans la constitution de l’idéologie syndicaliste révolutionnaire. Pendant l’hiver 1905-1906, il soutint la grève aux usines Debeaurain à Béthencourt-sur-Mer (voir Victor Decayeux) puis, quelques mois plus tard, la grève aux usines Riquier de Fressenneville (Somme). Les 500 grévistes réclamaient la réintégration de deux ouvriers renvoyés, dont Désiré Depoilly*. En colère, les ouvriers pillèrent les ateliers et mirent le feu au château du patron.

Morel ne figura pas parmi les 19 inculpées de cette « jacquerie ». Avait-il appelé au calme ? Les anarchistes de la jeune génération, animant Germinal, commencèrent à l’époque à lui reprocher son modérantisme (article de Jules Lemaire* dans le numéro 3 décembre 1906). Il est d’ailleurs significatif que la signature de Georges Morel soit absente de Germinal.

À partir de 1907, Georges Morel fut secrétaire adjoint – appointé – de la bourse du travail d’Amiens, dont le secrétaire était le réformiste Cleuet. À cette époque il collabora au Cubilot, journal de la colonie communiste d’Aiglemont (voir Fortiné Henry).

En 1909, le livre Ces Messieurs de la CGT disait de lui : « Morel, c’est le meneur complet, susceptible de satisfaire à la fois à tous les besoins d’organisation, d’écrits, de paroles et autres, d’une section révolutionnaire locale. »

Le 10 avril 1910, il était présent à Bertincourt (Pas-de-Calais), pour encourager la grève des ouvriers du canal du Nord. En 1911, il était toujours secrétaire adjoint de la bourse du travail d’Amiens et secrétaire du syndicat des cuirs et peaux. Selon la police, il était membre du groupe anarchiste d’Amiens, affilié à la Fédération révolutionnaire de la Somme (voir Théodore Graux). Il habitait alors au 28, rue du Grand-Vidame, à Amiens.

En 1912, il devint le trésorier de l’union départementale CGT, et devait le rester jusqu’en 1921.

Du 23 au 25 décembre 1917, il prit part à la conférence nationale de la CGT, tenue à Clermont-Ferrand.

Aux congrès confédéraux de 1919 (Lyon) et de 1920 (Orléans), il siégea avec la minorité révolutionnaire. En mars 1920, il présida un grand meeting à Amiens où la minorité bouscula l’orateur de la majorité, Roux, de la fédération des Cuirs et Peaux. Lors de la scission confédérale, il opta néanmoins pour la CGT après quelque hésitation, et intégra la nouvelle union départementale constituée le 22 janvier 1922. Consterné par la division syndicale, il intervint néanmoins vigoureusement au congrès fédéral des Cuirs et Peaux pour réaffirmer la nécessité de revenir à l’unité sur la base de la Charte d’Amiens.

Cette préoccupation était toujours la sienne quand il participa à l’initiative pour l’unité du 15 août 1923 (voir Georges Bastien). À son issue, Morel cosigna, au nom des confédérés, une motion commune avec les unitaires et les autonomes, qui appelait à une réunification au niveau local, national et international.

Le dernier combat auquel il prit part semble avoir été la grande grève textile d’Amiens, en avril-mai 1924 (voir Georges Bastien). Passée cette date, il disparut de la scène.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154644, notice MOREL Georges, Lucien [Dictionnaire des anarchistes] par Notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 2 mai 2014, dernière modification le 2 mai 2014.

Par Notice complétée par Guillaume Davranche

SOURCES : État civil — Arch. Nat. F7/13053, 13567, 13020, 13621 et 13583 — AD de la Somme, Z 317 — AD du Pas-de-Calais, M 2068 — CAC Fontainebleau 19940500 art 58, circulaire du 19 janvier 1897 — La Révolte du 7 septembre 1889 — L’Action directe n°1, juillet 1903 — L’Abevillois des 10 et 12 avril 1906 — Leclercq et Girod de Fléaux, Ces Messieurs de la CGT, Ollendorf, 1908 — Germinal du 21 mars 1920 — Le Peuple, 19 août 1923 — Compte rendu du XIe congrès de la Fédération CGT des Cuirs et Peaux, septembre 1922 — Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la république, PUR, 2008 — Renaud Quillet, La Gauche dans la Somme, Encrage, 2009.

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