Né le 21 avril 1889 à Estagel (Pyrénées orientales), mort guillotiné à Paris le 23 avril 1913 ; anarchiste individualiste, illégaliste.

Étienne Monier (1912)
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Fils de Jacques et Elisabeth Monier, cultivateurs, propriétaires selon le registre d’État civil de la commune, Elie Monier a participé très jeune aux travaux agricoles. À l’âge de douze ans, ses parents l’ont placé dans un château de la région en tant que jardinier fleuriste, une position qu’il vécut comme humiliante. Son village de naissance, Estagel, était très ouvert aux idées anarchistes, d’après un rapport du commissaire central de Perpignan daté du 26 juillet 1909. C’est en écoutant des conférenciers anarchistes en tournée dans le midi qu’il se forgea des convictions libertaires. Il partit pour Paris en 1909 et se rapprocha de Lorulot, alors gérant de l’anarchie. Ils firent ensemble une tournée de conférences dans le midi.
Déclaré insoumis par les autorités militaires en décembre 1910, il quitta la France pour la Belgique en 1910 et devint camelot. Il fit alors la connaissance d’Octave Garnier, insoumis comme lui, de Callemin et de Carouy. Il avait pris l’identité de Samuelis Simentoff*,un ami anarchiste, né à Siros, Turquie le 15 janvier 1887.
A la fin de l’année 1910, il revint en France et s’installa à Romainville, au siège du journal l’anarchie, avec les camarades rencontrés en Belgique. Comme eux, il était végétarien et buveur d’eau. Le 27 août 1911, il fit l’objet d’un mandat d’arrêt pour un vol commis à Carcassone. Il travaillait alors à Ivry pour le soldeur Gausy*, anarchiste individualiste, qui l’avait embauché sur la recommandation de son frère, anarchiste nîmois. Monier se faisait alors appeler Élie Étienne.
Lié aux bandits tragiques (voir Jules Bonnot), il participa au hold-up de la Société générale à Chantilly le 25 mars 1912. Il comparut en février 1913 devant la justice et fut accusé d’avoir tiré sur un employé, ce qu’il nia. Le témoignage de Callemin l’innocentait mais venu trop tardivement, après l’énoncé du verdict, il ne fut pas pris en compte. Condamné à mort, Monier fut exécuté le 22 avril 1913. Une pétition pour demander sa grâce circulait dans sa région natale à l’initiative de ses parents.
Avant de mourir, il avait écrit ces quelques lignes : « Je lègue à la société mon ardent désir qu’un jour, peu lointain, règne dans les institutions sociales un maximum de bien-être et d’indépendance afin que l’individu, dans ses loisirs, puisse mieux se consacrer à ce qui fait la beauté de la vie, à l’instruction et à tout ce qui est science. Je lègue le revolver, qui a été saisi dans ma chambre lors de mon arrestation, à un musée de Paris, en souvenir de l’une des innocentes victimes d’une affaire qui a jeté dans le pays un frisson d’épouvante. Je désire que soit inscrit sur la crosse la parole du grand martyr : « Tu ne tueras point. »

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 5 Mi 200, 1 M 784, 1 R 495. — Archives PPo EA 140 ; EA 141, cartons Bonnot. —Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, Gallimard, 1964. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, tome 1, Maspero, 214 P., 1975. — Le Midi rouge, n°13, Montpellier, p. 5-6, notice par Miquèl Ruquet.

Miquèl Ruquet, Anne Steiner

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