Né le 24 février 1886 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 28 juin 1974 à Paris ; commis d’architecte, docteur es-sciences, directeur d’un centre médical pratiquant l’ozonothérapie de 1936 à 1958 ; anarchiste individualiste.

Mauricius
Cira de Marseille
Né d’un père ouvrier d’art et d’une mère qui tenait sur la place du Tertre une boutique d’articles de peinture pour les artistes de la Butte, Maurice Vandamme grandit à Montmartre, quartier où il passa la plus grande partie de sa vie. Elève brillant de la communale, il obtint une dispense pour passer à 10 ans le certificat d’études et bénéficia d’une bourse pour poursuivre une scolarité secondaire. Après le baccalauréat, il apprit auprès de son oncle maternel le métier de commis d’architecte tout en commençant des études de médecine.
Il fréquenta les causeries populaires à partir de 1904 et a collaboré au journal l’anarchie dès sa création en 1905 ; il rédigeait, entre autres, chaque semaine, une petite chronique intitulée « Choses de la vie » consacrée à la médecine et à la biologie humaine. Passionné par la psychiatrie, la psychologie et la neurologie, disciplines alors en plein développement, il publia en 1906 une petite brochure intitulée : « Du refoulement sexuel dans l’étiologie des psychoses ».
De mars à novembre 1909, il reprit avec sa compagne Rirette Maîtrejean* la direction de L’Anarchie assurée depuis la mort de Libertad en novembre 1908 par Armandine Mahé* et Jeanne Morand*. En avril 1912, il y publia, sous le pseudonyme de Lionel, un véritable panégyrique de Bonnot* et des bandits tragiques qui lui valut le 5 juillet suivant une condamnation par défaut à cinq ans de prison et 3000 francs d’amende. Arrêté en 1913, il fit appel de ce jugement et fût acquitté en janvier 1914. Revenant sur cet épisode, au soir de sa vie, il a confié à Pierre Valentin Berthier* qui a recueilli ses mémoires : « Nombreux parmi nous étaient ceux qui pensaient que leurs exploits avaient fait plus de mal que de bien à la cause révolutionnaire, mais il n’était pas question de les désavouer ; d’abord parce que le régime de l’époque, hypocritement libéral, mais résolument affameur, faisait chaque jour vingt fois plus de victimes, ensuite parce que nous ne savions pas, au fond, si leurs actes n’avaient pas un résultat positif en obligeant aussi bien les prolétaires à reconnaître les tares du système que les bourgeois à réfléchir sur ses dangers ».
A la fin de l’année 1913, il reprit à nouveau la gérance de L’Anarchie, assurée depuis l’arrestation de Rirette Maîtrejean par Armand*, et rapatria les locaux du journal à Montmartre. Il voulait retrouver la ligne tracée par Libertad* et dégager le journal de l’emprise exercée par les illégalistes sur la rédaction. Il assura la publication de l’ultime numéro, composé et envoyé aux abonnés la veille de la déclaration de guerre juste avant que la censure ne se mette en place.
Réformé, mais inscrit au carnet B, Mauricius prit la fuite avec sa compagne, Benoîte Lagrange, et n’est revenu à Paris qu’en octobre 1914. Il a séjourné de janvier 1915 à début 1916, à Saint Jean Cap Ferrat, comme second de l’architecte Verdot, occupé à la construction d’une luxueuse villa.
De retour à Paris, début 1916, il fréquenta les réunions anarcho-pacifistes qui se tenaient à la Bourse du travail et fonda avec Sébastien Faure* l’hebdomadaire pacifiste Ce qu’il faut dire (CQFD), qui tirait à plus de 5000 exemplaires. Dans toute la France, s’étaient constitués des groupes d’amis de Ce qu’il faut dire qui fonctionnaient sur le modèle des causeries, et invitaient des conférenciers.
En 1917, Mauricius fut impliqué dans l’affaire Malvy. Ce dernier, ministre de l’intérieur, partisan déclaré d’une paix blanche à la fin de la guerre fut, sous la pression de l’Action Française, traduit devant la Haute Cour de justice le 6 août 1918 et condamné à cinq ans de bannissement. Au cours du procès, Malvy affirma que Mauricius était un indicateur appointé par la Préfecture de police. Devenu suspect dans les milieux militants, Mauricius publia en 1918 pour sa défense, une brochure intitulée Ce que j’aurais dit en Haute Cour. En mars 1918, il fonda avec Delong*, dit Genold, un journal Franchise suspendu après le troisième numéro et collabora dès la fin de la guerre au journal La Mêlée d’Armand, militant qui ne lui retira jamais sa confiance.
Membre du syndicat des dessinateurs, commis et assimilés du Bâtiment, du Comité de Défense syndicale et du Comité pour la Reprise des relations internationales, il fut mandaté par la Fédération des cheminots et le Comité pour l’adhésion à la IIIe Internationale, pour assister au deuxième Congrès de l’Internationale communiste qui se tint à Moscou du 21 juillet au 6 août 1920. Suspecté par les bolcheviks d’être un émissaire du gouvernement français chargé de rapporter des informations sur les services de liaison de l’Internationale, il fut jeté en prison dès son arrivée et condamné à mort par un conseil de guerre. C’est grâce à l’intervention des syndicalistes français Vergeat* et Lepetit*, de Pierre Pascal et de Victor Serge*, qui ne le tenait pourtant pas en haute estime, qu’il fut libéré.
A son retour, le 5 mars 1921, il fut arrêté pour défaut de passeport et emprisonné quelques semaines à la Santé. En juin 1921, il fit le récit de son voyage en Russie lors d’une conférence salle Wagram devant un auditoire nombreux. S’il faisait l’éloge de certains aspects des soviets, il dénoncait l’arbitraire du nouveau pouvoir et citait l’exemple d’ouvriers emprisonnés pour faits de grève alors qu’ils n’étaient pas payés depuis plusieurs jours. « Parti anarchiste de Russie, j’en suis revenu plus anarchiste que jamais. Je m’élève contre le principe d’autorité qu’il soit bolchéviste ou autre ». L’année suivante, il raconta de manière détaillée son voyage et les analyses qu’il lui inspirait dans un ouvrage paru aux éditions Figuière, Au pays des Soviets, neuf mois d’aventures.
Toujours suspect aux yeux des militants socialistes et de bien des anarchistes, Mauricius demanda qu’un jury d’honneur, composé de représentants de toutes les organisations ouvrières, statue sur son cas. Un comité se réunit pour la première fois le 10 août, sous la présidence de Louis Sellier, représentant le comité directeur du « parti communiste ». Prenant appui entre autres éléments sur une lettre rédigée par Malvy affirmant qu’il n’avait jamais employé d’indicateurs et qu’il n’avait fait que reprendre lors de son procès les allégations du préfet de police Hudelo, le Comité réfuta toutes les accusations portées contre Mauricius et déclara qu’il restait « entièrement digne de notre confiance ». Ce jugement publié dans l’Humanité du 5 octobre 1921 ne suffit pas cependant à faire taire définitivement la rumeur.
Mauricius assista, comme représentant du XIXe arr. de Paris, au congrès anarchiste de Lyon des 26 et 27 novembre 1921, puis sur la proposition de Sébastien Faure* il fut délégué au congrès anarchiste international qui se tint à Berlin du 25 décembre 1921 au 2 janvier 1922 et à l’assemblée générale de l’Union anarchiste le 16 janvier 1922. Il accusa les bolchevistes d’avoir institué une dictature pire que celle des tsars et une incroyable bureaucratie. Il appellait les anarchistes à se doter d’une meilleure organisation pour ne pas être écrasés comme l’avaient été les anarchistes russes. Il collabora aussi à la Revue anarchiste (n° 1, 28 janvier 1922). et fit paraître en septembre de la même année le journal humoristique Cupidon dont certains articles lui valurent, le 5 novembre 1923, d’être condamné à 500 F d’amende pour outrages aux bonnes moeurs. Il publia alors aux Éditions de l’Épi et sous le pseudonyme de Lionel d’Autrec L’Outrage aux mœurs qui fut réédité à cinq reprises jusqu’en 1926 et dans lequel il dénonçait l’hypocrisie sociale de la morale sexuelle et le cynisme des gouvernants qui poursuivent leurs adversaires politiques sous cette appellation qu’ils veulent infamante.
En mai 1925, Mauricius fut candidat abstentionniste aux élections municipales dans le quartier de Clignancourt. Dans les années qui suivirent, il ne milita plus aussi activement mais toutefois, en 1931, il cherchait encore des concours pour organiser des conférences avec une partie musicale et collaborait en 1932 à Controverse, revue publiée par Louis Louvet. C’est à cette époque qu’il reprit ses études scientifiques restées inachevées et soutint une thèse pour obtenir le grade de docteur es-sciences. Il s’intéressait alors aux propriétés thérapeutiques de l’ozone et fonda en 1936 dans le IXe arrondissement un centre médical où l’on pratiquait des insufflations d’ozone à des patients souffrant de pathologies diverses, en particulier cancéreuses. C’était une activité fort lucrative qui le fit sortir définitivement de l’état de pauvreté volontaire qui était le sien depuis la fin de son adolescence. Il resta directeur de cet établissement jusqu’en 1958. Accusé d’exercice illégal de la médecine, il a mené pendant vingt ans une lutte acharnée contre les trusts pharmaceutiques et l’Ordre des médecins.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il noua des relations avec des membres du Parti socialiste clandestin et entra en liaison avec le réseau Libération-Nord, faisant de sa clinique un des points de rencontre fréquentés par la Résistance.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Mauricius, qui habitait désormais rue Mélingue, fut président de l’Association des sinistrés du XIXe arr. et secrétaire général de l’Union des syndicats de sinistrés du département de la Seine. En 1954, il publia sous le pseudonyme de C. V. d’Autrec Les Charlatans de la médecine (réédité en 1967 aux Éd. de la Table Ronde). Il était proche de la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations et se déclarait partisan de la gymnastique oculaire.
Il a été accusé de charlatanisme, mais on peut aussi voir ses activités paramédicales comme s’inscrivant dans le prolongement du courant naturiste présent dans le mouvement libertaire. Il se définissait d’ailleurs comme médecin naturiste.
Après sa mort, ses archives et sa bibliothèque ont été déposées à l’Institut français d’histoire sociale auquel il a laissé un legs pour la création d’un prix Mauricius. En 1974, il a confié ses souvenirs à Pierre Valentin Berthier. Il y évoquait le mouvement de mai 1968 et déclarait avoir été à la rencontre des étudiants insurgés, qui ravivaient selon lui les idéaux portés par le mouvement individualiste anarchiste qu’il ne reniait pas au soir de sa vie, bien au contraire.

ŒUVRE : Collaborations citées ainsi qu’à l’Idée libre, revue fondée par Lorulot (n° 1, 1er décembre 1911) — À bas l’autorité : Suffrage universel ou Anarchie, Paris, s. d., 40 p. — L’Anarchisme, Paris, 1907 — Le Rôle social des anarchistes, Paris, 1911 — L’Apologie du crime, Paris, 1912, 16 p. — Au Pays des Soviets, neuf mois d’aventures, Paris, 1922 — Les Profiteurs de la guerre, Paris, s. d., 56 p. — Bobechon, rajeunisseur de vaches, Éd. de l’Épi, 1922 — Où est la vérité ? Éd. du Loup, parus sous la signature de Lionel d’Autrec et sous celle de Mauricius — E. Armand tel que je l’ai connu, in E. Armand, sa vie, son œuvre, La Ruche ouvrière, 1964. — En outre, Mauricius a laissé quelques écrits, en particulier des chansons et pièces de théâtre écrites lors de ses années de collaboration à L’Anarchie (inédits) ainsi que des Mémoires (inédits) mises en forme par P.-V. Berthier.

SOURCES : Arch. PPo , dossier Vandamme, dossier Libertad BA 928, Menées anarchistes BA 1498 ; BA 1499 — IFHS fonds Vandamme, fonds Armand — Mémoires recueillies par P.-V. Berthier, Bulletin du CIRA-Marseille, n° 23-25, 1er sem. 1985 — Notices nécrologiques parues dans Le Monde libertaire, n° 205, oct. 1974, Le Réfractaire, n° 4, juillet-août 1974, Défense de l’homme, n° 297, juillet-septembre 1974 — P.-V. Berthier, "Mauricius et la calomnie, un épisode obscur de l’affaire Malvy" in Espoir-CNT (Toulouse), du n° 860, 11-17 juin 1979, au n° 866, 23-29 juillet 1979.

René Bianco, notice complétée par Anne Steiner

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