Né le 10 avril 1861 à Casteljaloux (Lot-et-Garonne) ; mort le 12 février 1930 à Draveil (Seine-et-Oise) ; ouvrier coiffeur puis publiciste ; animateur du Libertaire de 1900 à 1910.

Armand Matha
L’Humanité du 20 novembre 1907.
Selon son propre témoignage, donné au Matin du 19 novembre 1907, Armand Matha était l’enfant de « cultivateurs bonapartistes » et ne fréquenta pas l’école. Il apprit à lire en autodidacte, à l’âge de 14 ans. Politiquement, l’adolescent fut successivement gambettiste, puis blanquiste. Le journal de Blanqui, Ni dieu ni maître, fut son « évangile », mais il le jugea bientôt « trop chauvin ». Passé au collectivisme, il y trouva « trop de papes et de pontifes ». Il rallia alors l’anarchisme.
En 1887, devenu ouvrier coiffeur il rencontra Sébastien Faure. Quand, quelques années plus tard, Faure fut devenu un orateur réputé, passant sa vie sur les routes en tournées de conférences, Matha fut en quelque sorte son « tourneur » et son accompagnateur habituel — les mauvais esprits le qualifiaient de « porte-sacoche » de Sébastien Faure.
En 1891 il vint travailler à Paris où il aida Jean Grave à la confection de La Révolte, rue Mouffetard, et fut gérant du Père Peinard d’Émile Pouget. Il fut ensuite gérant de L’Endehors de Zo d’Axa* du n°39 (31 janvier 1892) au n°64 (24 juillet 1892). Il fut condamné à ce titre, à deux reprises à 18 mois de prison pour « provocation au meurtre », le 4 juin puis le 5 juillet 1892. En parallèle, il aurait publié, à Cherbourg, Le Falot cherbourgeois, qui eut 8 numéros de janvier à avril 1892.
La répression de l’épisode terroriste le contraignit à se réfugier à Londres dès janvier 1893. Il en revint dès les premiers jours de février 1894. Il était alors en relations avec Émile Henry et savait que celui-ci voulait commettre un attentat ; il essaya en vain de l’en dissuader. Après l’arrestation d’Émile Henry, Matha se rendit avec deux camarades (Ortiz* et Millet, d’après un rapport de police du 9 mai 1894, PPo BA/141), rue des Envierges, au domicile de son ami où ils pénétrèrent par effraction, et évacuèrent tout le matériel destiné à la confection d’explosifs.
Le 4 avril 1894, une bombe détruisait en partie le restaurant Foyot (voir Laurent Tailhade). De graves soupçons pesèrent sur Matha, que l’on arrêta le 24 avril, mais son implication ne put être prouvée. Il comparut dans le cadre du « Procès des Trente » (voir Élisée Bastard) du 6 au 12 août 1894. Défendu par Me Georges Desplas, il fut acquitté. Dans son livre Causes criminelles et mondaines de 1894, Albert Bataille en traça alors le portrait suivant : « Voici Matha, l’ami d’Émile Henry, l’ancien coiffeur de Casteljaloux tout en cheveux avec une barbe égyptienne qui semble avoir été roulée au petit fer... »
En novembre 1895, Matha participa au lancement de l’hebdomadaire Le Libertaire avec Constant Martin* et Sébastien Faure. Il en fut dès le début l’administrateur et devait le rester jusqu’en janvier 1911, date à laquelle il cèdera la place à Pierre Martin. Il en fut également quelque temps gérant et c’est à ce titre qu’il fut condamné, le 15 juillet 1896, à 20 jours de prison pour apologie de crime.
Dans son rapport de 1897 sur « L’anarchisme en France » (AN F7/13053), le commissaire spécial Moreau décrit Matha en ces termes : « Pas un intellectuel celui-là, mais un énergique, un oseur qui a mis maintes fois la main à la pâte. [...] C’est un de ces hommes qui mettent leur audace et leurs biceps au service d’un parti sans se rendre un compte bien exact des principes qu’ils sont censés défendre. »
Pendant l’affaire Dreyfus, Matha s’engagea résolument dans le camp dreyfusard et, en octobre 1898, cosigna le manifeste de la Coalition révolutionnaire (voir Broussouloux). En février 1899, il participa au lancement du quotidien Le Journal du peuple (voir Sébastien Faure) dont il fut gérant durant les 9 premiers numéros.
Après la fin du Journal du peuple, Armand Matha fut gérant du mensuel Les Hommes de révolution, lancé par Michel Zévaco*, qui dura de décembre 1899 à mai 1900.
De 1900 à septembre 1910, il eut la haute main sur Le Libertaire. Lors de son procès de 1907, il devait s’en présenter comme le « propriétaire ». Il vivait alors (chichement) de l’argent que l’hebdomadaire lui rapportait, et logea plusieurs années dans le petit appartement attenant aux modestes locaux du journal. De cette époque, Francis Jourdain* a rapporté ce souvenir dans ses mémoires : « Matha parlait peu et presque jamais de ses soucis pécuniaires. On assurait — à voix basse — qu’il faisait fréquemment office de croupier dans de vagues tripots. [...] Le meilleur soutien du journal n’en restait pas moins Sébastien Faure [...]. » Jourdain évoque également la barbe « superbe et soignée » de Matha et rapporte qu’on l’avait surnommé le « compagnon Belle Barbe ».
En 1904, il fit partie du comité d’organisation des obsèques de Louise Michel.
Fin mai 1907 éclata « l’affaire Matha », qui fut vraisemblablement le fruit d’une machination policière. Suite à l’arrestation d’une bande de faux-monnayeurs, la police chercha à établir des liens entre eux et Le Libertaire. Lors d’une perquisition le 29 mai dans le hall attenant aux locaux du Libertaire, rue d’Orsel, la police découvrit opportunément une caisse contenant du matériel de faux-monnayage qu’un inconnu avait entreposé là quelques semaines avant. Matha fut inculpé de complicité. Il comparut en Cour d’assises du 19 au 21 novembre 1907, avec quatre co-accusées avec lesquels il déclarait ne pas avoir de liens : Alexandre Cibot, Jourdain, Domboy et Barrier. Ils furent défendus par Mes Willm, Gustave Hervé, de Moro-Giafferi et Périssoud. Matha bénéficia en outre des témoignages de moralité de Malato, Sébastien Faure, Charles-Ange Laisant*, Lagasse (maire de Casteljaloux), des socialistes Gérault-Richard, Colly et Tarbouriech, et des hommes et femmes de lettres Pierre Quillard, Pierre Bertrand, Séverine et Jules Lermina. Le 20 novembre, devant la vacuité du dossier, l’avocat général renonça à son réquisitoire contre Matha, qui fut acquitté le lendemain, ainsi que Barrier et Domboy. Jourdain et Cibot furent condamnés à cinq ans de prison et 100 francs d’amende.
Le 24 mars 1910, Matha fut parmi les 16 signataires de l’affiche « À bas Biribi » imprimée par le CDS pour réclamer justice dans l’affaire Aernoult-Rousset (voir Albert Dureau). Les 16 signataires passèrent en procès les 4 et 5 juillet pour provocation au meurtre et à la désobéissance, et furent acquittés.
Au printemps 1910, il fut membre du Comité révolutionnaire antiparlementaire (voir Grandjouan).
En septembre 1910, il céda le poste d’administrateur à Pierre Martin et participa à la réorganisation du Libertaire.
En 1911, il était le compagnon de Laurentine Sauvraz* depuis deux ans environ et habitait avec elle au 68, rue de Rochechouart, à Paris. Le couple tenait une petite librairie néomalthusienne et faisait secrètement commerce de produits contraceptifs. Matha était membre du Comité de défense sociale (CDS) et, à ce titre, fut membre de la commission de préparation des obsèques d’Aernoult en février 1912.
Dès la mobilisation d’août 1914, Matha se rallia à la défense nationale. Trop vieux pour prendre le fusil, il s’engagea comme infirmier militaire. Il évolua cependant vers des positions pacifistes car, le 18 novembre 1917, il présidait un meeting du Comité de défense syndicaliste (voir Paul Véber) aux Sociétés-savantes, auquel assistèrent un millier de personnes.
En mai 1921, Armand Matha s’installa avec Laurentine Sauvraz à la Cité Paris-Jardins de Draveil. Il s’y occupa activement de coopération, d’œuvres laïques, en particulier de la caisse des écoles. Il organisait des promenades et des jeux pour les enfants.
Après sa mort, il fut incinéré au cimetière du Père-Lachaise. Plusieurs journaux lui consacrèrent un article nécrologique.

SOURCES : CAC Fontainebleau 19940437/art337 (dossier Henry Combes) — Arch. Nat. F7/13053 — Arch. PPo. BA/882 et 1514 — Malato, Les Joyeusetés de l’exil, Stock, 1897 — L’Humanité du 19 au 22 novembre 1907 — Le Matin du 19 novembre 1907 — La Guerre sociale du 6 août 1914 — La Voix libertaire, article de Sébastien Faure, 1er mars 1930 — Le Semeur contre tous les tyrans, article d’Yvetot, 10 avril 1930 — L’Ordre, article de Victor Méric, 20 février 1930 — Le Draveillois, mars 1930 — Francis Jourdain, Sans remords ni rancune, Corrêa, 1954 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

Notice complétée par Guillaume Davranche

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