Né le 27 juin 1890 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; décédé le 20 juillet 1921 à Mandres (Seine-et-Oise) ; individualiste, puis anarchiste.

De septembre 1908 à janvier 1909, Jacques Long habitait, 65, rue Lamarck, à Paris 18e, chez sa mère, Eugénie Rey Rochat de Théollier*. Étudiant en médecine, il prit part à l’agitation au Quartier latin et se fit délivrer un permis de colporteur pour pouvoir vendre sur la voie publique le journal L’Action française. Il aurait alors appartenu au comité directeur des Camelots du roy.
Son engagement royaliste fut cependant éphémère car, dès 1909, il donnait des articles au journal individualiste L’Anarchie. En 1910, il habita même quelque temps au siège du journal, dans la maison communautaire du 22, rue Chevalier-de-la-Barre, à Paris 18e. Le bail était d’ailleurs à son nom et, selon des rapports de police, le loyer aurait été payé par sa mère.
Son passage chez les individualistes semble cependant avoir été éphémère puisque, dès le 25 juin 1910, il participait à l’installation de l’imprimerie communiste L’Espérance, ouverte au nom de sa mère aux 1 et 3, rue de Steinkerque, à Paris 18e. Il en fut bientôt administrateur délégué, en remplacement de René Dolié*. Il habitait alors au 117 bis, rue Ordener, à Paris 18e, chez sa compagne Jeanne Morand, ancienne compagne d’Albert Libertad*.
Jacques Long se trouvait au Libertaire lors de la perquisition du 16 octobre 1910 (voir Émile Dulac). Inculpé pour détention d’engins explosifs, il bénéficia d’un non-lieu en décembre.
À partir du 8 juillet 1911, il fut remplacé quelque temps comme administrateur de L’Espérance par Georges Fournier. Le 5 octobre 1912, il devint administrateur de l’imprimerie fédérale de la FCA, installée 24 rue Vilin, à Paris 20e, qui fut déménagée quelques mois plus tard rue de Steinkerque et vraisemblablement fusionnée avec l’imprimerie L’Espérance, toujours gérée par Jacques Long.
Entre décembre 1912 et mars 1913, il fut un des orateurs dans la tournée de meetings contre la guerre organisé par la FCA. Il fut inscrit au carnet B le 14 septembre 1913 (radié en 1922, après sa mort). En avril 1913, il supervisa l’impression de 50.000 exemplaires de la brochure Contre la loi de trois ans ! Contre le militarisme !, qu’il aurait rédigée en partie. En juin 1913, suite à une manifestation antimilitariste, il fut condamné à une peine de prison. Il fut écroué au droit commun, et réclama le régime politique.
En avril 1914, il quitta Paris avec Jeanne Morand et se rendit dans le Midi. L’imprimerie L’Espérance, peut-être vendue, fut rebaptisée Imprimerie J. de Bovet. En août 1914, ils se trouvaient à Avignon. Jacques Long étant réformé, le couple s’installa à Barcelone. Là, ils fréquentèrent la CNT, et Jacques Long publia des articles pacifistes dans Solidaridad Obrera et Tierra y Libertad. En décembre 1915, une brochure signée Jacklon, La barbarie continue, fut mise en circulation à Marseille. Cette activité lui valut d’être emprisonné, puis le couple fut expulsé d’Espagne en janvier 1919.
Arrêtés par la police française, ils furent conduits sur Bordeaux et inculpés pour intelligence avec l’ennemi. Le Comité de défense sociale (voir Jean-Louis Thuillier) les soutint. Au bout d’un an, ils furent mis en liberté provisoire et, sans attendre de comparaître devant le conseil de guerre, ils se réfugièrent aux Pays-Bas. En mars-avril 1921, ils devaient ainsi assister au congrès international antimilitariste à La Haye, qui fonda le Bureau international antimilitariste.
Le 19 novembre 1920, le conseil de guerre de Bordeaux les condamna, par contumace, à la détention à perpétuité dans une enceinte fortifiée. Malgré cela, Jacques Long et Jeanne Morand, à bout de ressources, regagnèrent clandestinement la France en juillet 1921.Ils furent accueillis chez la mère de Jeanne Morand, au 23, rue des Vallées, à Mandres (Seine-et-Oise). Là, déprimé et malade, Jacques Long se suicida au cyanure de potassium le 20 juillet, laissant deux lettres d’adieu.
Sa mère ne voulut pas croire au suicide, et porta plainte contre X pour assassinat. La justice exhuma le corps et pratiqua une autopsie. Le 11 avril 1922, l’enquête confirma le suicide. Pour sa compagne, le cauchemar allait encore durer quelques années (voir Jeanne Morand).

ŒUVRE : La barbarie continue, 1915, probable coauteur de Contre la loi de trois ans ! Contre le militarisme !, FCA, 1913.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053 et 13348 — Arch. PPo. BA/1513, 1514, 1702 — L’Humanité du 22 juillet et du 6 août 1921 et du 12 avril 1922 — Le Petit Parisien du 26 août 1921—Le Libertaire du29 juillet 1921 — B.I.A., janvier 1924 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

Notice Jean Maitron, revue par Guillaume Davranche

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