LÉAUTHIER Léon, Jules [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Né à Manosque le 5 janvier 1874, tué au bagne des îles du Salut le 21 ou 22 octobre 1894 ; cordonnier ; propagandiste par le fait.

Léon Léauthier (1893)
Léon Léauthier (1893)
Le Matin du 25 février 1894.

Ouvrier cordonnier au chômage, Léon Jules Léauthier monta à Paris en avril 1893. Ne trouvant pas d’emploi, il décida de se venger et écrivit à Sébastien Faure : « Je me trouve réduit à mourir de faim ou à me suicider… Je me vengerai comme je pourrai, n’ayant pas les moyens de faire un grand coup comme le sublime compagnon Ravachol. Mon arme choisie sera mon outil de travail ; mais qu’importe ? Ce sera encore une délicatesse que j’apporterai en crevant un bourgeois avec l’arme qui m’aura servi à produire ce que celui-ci consomme à mes dépens… Je ne frapperai pas un innocent en frappant le premier bourgeois venu. »

Le 13 novembre 1893, il passa à l’action et blessait le client d’un restaurant, qui se trouva être l’ambassadeur de Serbie. Puis il se constitua prisonnier au commissariat de la mairie du XIe arrondissement. La blessure était grave mais non mortelle et, malgré un témoignage en sa faveur de son ancien patron, Léon Léauthier fut condamné, le 23 février 1894, aux travaux forcés à perpétuité.

Lors du transport des relégués vers la Guyane à l’été 1894, il participa à une révolte à bord du navire Ville de Saint-Nazaire. Dès son arrivée il fut envoyé à l’île Royale avec les compagnons Marpaux*, Catineau* et Briens* où ils retrouvèrent d’autres compagnons dont Clément Duval, Pini*, Meyrueis* et Chenal*.

Clément Duval constatait chez Léauthier, « jeune camarade malingre, chétif, cette logique serrée, cet esprit de justice, une grande force de volonté et une énergie peu commune. Il était estimé de tous les camarades de son convoi, et il était si doux que de suite les condamnés de la case en pierre lui donnèrent leur sympathie ».

Léon Jules Léauthier fut tué le le 22 octobre 1894, lors de la révolte des bagnards anarchistes à l’île Saint-Joseph, suite à l’assassinat de Briens par un gardien (voir Girier-Lorion). Dans cette révolte furent également tués deux gardes, deux contremaîtres et douze bagnards dont plusieurs anarchistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154621, notice LÉAUTHIER Léon, Jules [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 6 avril 2014, dernière modification le 3 février 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Léon Léauthier (1893)
Léon Léauthier (1893)
Le Matin du 25 février 1894.

SOURCES : APpo BA 1144. — ANOM, matricule 26548. — Clément Duval, Moi Clément Duval, bagnard et anarchiste…, op. cit. — "Mort aux bourreaux, Vive l’Anarchie" (1 feuillet, 1895). — Yves Frémion, Léauthier l’anarchiste : De la propagande par le fait à la révolte des bagnards, 1893-1894, L’Échappée, 2011.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément