BADIOU Raymond

Par Gilles Morin

Né le 14 août 1905 à Bellerive-sur-Allier (Allier), mort le 27 juin 1996 à Paris ; professeur de lycée au Maroc puis en Haute-Garonne ; syndicaliste ; militant du Maroc puis élu socialiste de la Haute-Garonne, membre du comité directeur de la SFIO (1947-1948), de la commission administrative permanente du PSA, du comité politique national du PSU ; membre du Comité départemental de Libération de la Haute-Garonne, maire de Toulouse (1944-1959), député (1946-1951).

Raymond Badiou dans les années 1940
Raymond Badiou dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fils d’un instituteur (Léon, Pierre Badiou) et de Jeanne Taillepied, institutrice, Raymond Badiou fit ses études secondaires à Autun (Saône-et-Loire) et à Lyon puis entra à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1924. Il obtint la licence es sciences en 1926 et l’agrégation en 1927. Il effectua le service militaire dans la DCA à partir de novembre 1927 et le termina, en novembre 1928, avec le grade de sous-lieutenant. Nommé professeur au lycée de Rochefort (Charente-Maritime) à la rentrée 1928, mis à la disposition du Ministère des Affaires étrangères, il enseigna les mathématiques au lycée Gouraud à Rabat (Maroc) d’octobre 1929 à 1937, date à laquelle il obtint une classe de mathématiques spéciales au lycée de Casablanca.

Il se maria le 22 décembre 1930 à Rabat avec Marguerite, Félicie Rouxbedat, née le 27 octobre 1902 à Mouchard (Jura), fille d’un professeur d’école primaire supérieure et d’une receveuse des chemins de fer. Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Sèvres (1924-1927), elle fut professeur de Lettres aux lycées de jeunes filles d’Oran (1927-1928), de Rabat (1928-1937), de Casablanca (1937-1941), enfin de Toulouse de 1941 à sa retraite en 1966. Elle décéda le19 novembre 1986 à Paris (XIIIe arr.). Le couple eut deux garçons.

De 1933 à 1939, Raymond Badiou fut secrétaire de la fédération marocaine de l’enseignement. Membre de la SFIO depuis 1934, il entra deux ans plus tard au bureau fédéral. En 1935-1936, il était membre du cercle antifasciste « Études et actions » à Rabat.

Mobilisé du 9 septembre 1939 au mois d’août 1940 dans la DCA à Casablanca, il fut révoqué et renvoyé en France en juillet 1940. Réintégré dans l’enseignement, nommé au lycée de Toulouse en 1941, il enseigna en classe préparatoire à l’École navale, puis en mathématiques spéciales, enfin en 1943, en classe préparant l’ENS de Saint-Cloud. Entré dans la Résistance, il devint membre du bureau fédéral du Parti socialiste clandestin et du mouvement Libérer et fédérer. Il expliquait sa décision de résister par un réflexe de « dignité humaine ».

Raymond Naves, désigné par les organismes résistants pour occuper le poste de maire de Toulouse à la Libération ayant été arrêté et déporté, Raymond Badiou, à ce moment-là, chef régional de « La France au Combat », fut chargé de le suppléer. Désigné tout d’abord par le Parti socialiste clandestin, agréé par l’ensemble des partis et mouvements de Résistance, il fut nommé le 19 août 1944 par Jean Cassou, Commissaire de la République dans la clandestinité. Il devint donc maire de Toulouse alors qu’il était inconnu dans la ville. Il s’imposa rapidement à cette fonction et les RG notèrent régulièrement durant quatorze années qu’il assuma cette fonction que « tous s’accordaient à reconnaître en lui un administrateur de premier ordre ».

La Libération venue, le maire provisoire de Toulouse, président du Comité local de Libération, se fit remarquer, dès le 29 août 1944, par des mesures de socialisation exceptionnelles en cette période : il réquisitionna les entreprises privées de gaz et d’électricité et les tramways, dont il confia la gestion à un organisme public en les transformant en régies municipales. Ces réformes contribuèrent à faire naître le mythe polémique de « la République rouge de Toulouse ». Le maire participa à l’accueil du général de Gaulle à Toulouse le 15 septembre 1944, rencontre difficile entre le chef de la France libre venu affirmer l’autorité du pouvoir central et les organismes issus de la Résistance.

Raymond Badiou, qui dirigeait l’Espoir socialiste avec Paul Debauges, incarna rapidement dans la SFIO une tendance de gauche qui exigeait la rénovation du Parti. Elle s’opposait à la direction blumiste nationale, incarnée par Daniel Mayer et à Vincent Auriol sur le plan fédéral. Au congrès national extraordinaire qui reconstitua la SFIO en novembre 1944, Badiou mit en avant l’expérience de collectivisation des services publics d’électricité, gaz et tramways de la ville de Toulouse et proposa au nom de plusieurs fédérations méridionales, en séance et à la commission de résolution, de constituer un comité directeur composé de représentant des régions. L’année suivante, au congrès national d’août 1945, il siégea à la commission chargée d’examiner les comptes du Populaire et demanda de nouveau que l’organisation du parti en régions soit inscrite dans les statuts. Dans le débat sur l’unité organique, il demanda la mise sur pieds de comité d’unité à la base. En octobre 1945, il refusa l’alliance du Parti avec le MRP, critiqua Léon Blum pour avoir pris la défense des Républicains populaires et demanda l’union avec le PCF. Lors du congrès de 1946, il fut un des signataires de la motion de Guy Mollet et appela à voter contre le rapport moral de Daniel Mayer.

Raymond Badiou, désigné second de la liste menée par Vincent Auriol, fut élu député socialiste de Haute-Garonne à la seconde Assemblée constituante, en juin 1946, avec 75 257 voix sur 244 887 suffrages exprimés, puis dans les mêmes conditions à l’Assemblée nationale (novembre 1946-1951), par 65 580 voix sur 232 761 exprimés. Il ne se représenta pas en 1951, les militants critiquant le cumul des fonctions de député et de maire. Il était délégué à la fédération nationale des élus municipaux en 1947. Il reprit son service d’enseignement en classe de mathématiques élémentaires au lycée de Toulouse. A partir de 1959, il enseigna en classe préparatoire aux écoles nationales supérieures d’ingénieurs au lycée Pierre de Fermat.

Raymond Badiou, longtemps favorable au rapprochement avec le Parti communiste, dû s’adapter à l’évolution des rapports politiques. En décembre 1946, il fit face à une violente campagne de presse et de calomnies contre lui et la municipalité, menée par de Larroque, adjoint communiste qui mettait en cause l’utilisation des crédits municipaux, qu’ils avaient pourtant votés, et les nominations à la mairie. Début 1947, des incidents musclés se produisirent, Badiou contribuant à expulser de sa permanence son adjoint communiste. Il retira leurs fonctions administratives aux élus communistes en avril 1948. Après avoir dû affronter en 1948 de violentes attaques combinés des communistes, du RPF et de radicaux alliés à ces derniers qui faisaient bloc contre lui et le mirent plusieurs fois en minorité sur les comptes administratifs, il s’appuya sur une majorité de troisième force comprenant le RGR, l’UDSR et surtout le MRP. Après les élections de 1953, les élus de la troisième force furent rejoints par des indépendants.

À la fin de l’année 1947 et au début 1948, il appuya la tentative de créer le Rassemblement démocratique et révolutionnaire, signa l’appel national du mouvement mais resta minoritaire sur ce plan, même dans sa ville de Toulouse. Il se représenta sans succès au comité directeur au congrès de 1948.

Durant la guerre d’Algérie, Raymond Badiou se prononça dès l’été 1956 contre la politique menée par Guy Mollet et Robert Lacoste et devint une référence des minoritaires qui s’organisaient progressivement dans le Parti. Il versa une cotisation régulière au Comité socialiste d’études et d’action pour la Paix en Algérie en 1957 et en devint un pilier et l’un des animateurs du journal de tendance Tribune du socialisme. Partisan de la paix en Algérie par la négociation, il fit une intervention remarquée au congrès national de juin 1957 qui se tenait dans sa ville, ayant une passe d’arme animée avec Max Lejeune. Après s’être prononcé contre le retour au pouvoir du général de Gaulle, il combattit le référendum de 1958, rallia l’Union des Forces démocratiques durant l’été 1958. Puis au congrès de septembre 1958, il fut rapporteur de la motion minoritaire sur l’Algérie et fut l’un des fondateurs du Parti socialiste SFIO autonome. Membre de la commission administrative permanente de ce parti, il démissionna de ses fonctions de maire de Toulouse le 1er octobre 1958, estimant qu’il lui était impossible moralement de continuer ses fonctions après avoir démissionné de la SFIO. Il conduisit aux élections municipales de mars 1959 une liste « d’entente socialiste » avec l’UGS. Celle-ci ne recueillit que 11,2 % des voix, mais, élu, il siégea comme conseiller municipal de Toulouse, jusqu’en 1965.

Partisan convaincu de la fusion entre le PSA et l’UGS, Raymond Badiou entra au comité politique national du Parti socialiste unifié en 1960 jusqu’en 1963. Il était le principal dirigeant de la fédération de la Haute-Garonne avec Alexandre Montariol. Il se présenta sans succès aux élections législatives de 1962 et 1967 dans la 2e circonscription de Haute-Garonne, contre Dominique Baudis (CNI).

Badiou ne sollicita pas le renouvellement de son mandat dans la direction du PSU en 1963, en arguant de raison de santé. Mais il conserva des fonctions fédérales au moins jusqu’en 1966. Il fut élu de la motion B, à l’issue du congrès d’Alfortville en janvier 1963.

Raymond Badiou fut une dernière fois candidat aux municipales de 1965 à Toulouse, sur la liste d’union (PCF, PSU et personnalité de gauche). Il ne fut pas réélu et se retira plus tard à Paris où il devait décéder.

Raymond Badiou, père du philosophe Alain Badiou, était titulaire de la médaille de la Résistance.

Il était titulaire de la médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15462, notice BADIOU Raymond par Gilles Morin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 décembre 2018.

Par Gilles Morin

Raymond Badiou dans les années 1940
Raymond Badiou dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Raymond Badiou orateur d’un meeting contre le franquisme à Toulouse
Raymond Badiou orateur d’un meeting contre le franquisme à Toulouse

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/440 ; 72AJ70, témoignage du 5 mars 1947, F17/28824, 28605 ; CAC 19850085, art. 2, n° 4396. — État civil de Bellerive-sur-Allier. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1958. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 35 et 108. — Archives André Seurat. — Notes de Jean Maitron. — Tribune socialiste, n° 41, 2 février 1963, 13 mars 1965. — Jean Estebe, Toulouse, 1940-1944, Paris, Perrin, 1996, 353 p. — Marc Heurgon, Histoire du PSU, Paris, édition de la Découverte, 1994, t. 1, — Notes de Jacques Girault.



444 p. — Le Monde, 15 au 15 mars 1959. — DBMOF, t. 17. — Dict. parl. t.1.

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