Né le 29 juillet 1857 à Clichy ; forgeron ; anarchiste.


Le 1er mai 1891, après avoir manifesté à Levallois, les compagnons anarchistes Louis Léveillé, Charles Dardare* et Henri Decamps* s’attablèrent chez un marchand de vins de Clichy. Alors qu’ils étaient en train de rouler le drapeau rouge brandi durant la manifestation, un groupe de policiers et de gendarmes entra dans le commerce pour les arrêter. S’ensuivit une violente bagarre et un échange de coups de feu. Léveillé, qui avait tenté de s’enfuir, eut la cuisse percée par une balle. Les trois hommes furent ensuite amenés au commissariat où ils furent passés à tabac.
Louis Léveillé, qui n’avait pas d’antécédents judiciaires, demeurait alors 2, place de Sablonville à Neuilly-sur-Seine.
Les trois anarchistes comparurent le 28 août devant la Cour d’assises de la Seine. Léveillé fut acquitté tandis que Decamps était condamné à cinq ans de prison et Dardare à trois ans pour « coups volontaires, suivis d’effusion de sang, portés à des agents de la force publique ».
L’affaire, très commentée dans La Révolte et Le Père Peinard, donna lieu à l’édition de la brochure de Sébastien Faure* L’Anarchie en Cour d’assises (1891).
L’affaire Decamps-Dardare-Léveillé fut également à l’origine de la vague d’attentats anarchistes de 1892-1894 puisque c’est pour protester contre ces condamnations que Ravachol*, le 11 puis le 27 mars 1892, attenta aux domiciles du président de la Cour d’assises, Benoit, et de l’avocat général Bulot.
Le 15 janvier 1892, Léveillé fut arrêté, à la suite de l’explosion au commissariat de police de Clichy. Il se serait vanté plusieurs fois d’avoir allumé des incendies à Clichy et fut soupçonné d’avoir participé à cet attentat mais fut finalement relaxé. Il fut de nouveau arrêté le 22 août 1892 pour affiliation à une association de malfaiteurs mais bénéficia d’un nouveau non lieu.
Le 6 juillet 1894, nouvelle arrestation pour association de malfaiteurs. En février 1895, sa présence aurait été constatée à Londres où il s’était réfugié à la suite d’un vol commis à Courbevoie. En mars 1895 Léveillé fut recherché en Belgique, un arrêté d’expulsion aurait été pris contre lui.
Le 3 novembre 1897, il se rendit de Roubaix à Cravant (Yonne) où il fut employé par l’anarchiste Paul Bernard*. Arrivé à Reims le 4 février 1898, il y travailla comme serrurier forgeron et fréquentait les réunions anarchistes du groupe "Au cruchon d’or". Le 27 mars 1899 il quitta Reims en compagnie de Marie Forest, "fille soumise", sa maîtresse, ils se dirigeraient vers Paris. En juin 1899, il réapparut à Cravant chez Bernard, forgeron. Son intention était de quitter la France soit pour la Belgique, soit pour Barcelone.
Selon le témoignage de sa petite-fille, transmis par son arrière-petit-fils au CIRA de Lausanne en septembre 2011, Louis Léveillé aurait par la suite émigré au Canada, mais rien n’a été trouvé à ce jour dans les registres d’immigration canadiens.

SOURCES : Arch. dép. Marne, 30 M 107 — La Presse du 30 août 1891 — La Révolte n°56, septembre 1891 — Henri Varennes, De Ravachol à Caserio, Garnier Frères, 1895 — René Bianco, « Cent ans de presse anarchiste… », op. cit. — Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, Gallimard, 1992 — note de Marianne Enckell.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Rolf Dupuy, Guillaume Davranche, Dominique Petit

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