Né le 26 mars 1890, à Bruxelles, guillotiné le 22 avril 1913 à Paris. Anarchiste individualiste, illégaliste ; membre de la bande à Bonnot

Raymond Callemin (1912)
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Raymond Callemin était le fils d’un coordonnier d’Ixelles (faubourg de Bruxelles). Dès l’âge de treize ans, il se lia d’amitié avec Victor Kibaltchiche (Victor Serge*) et Jean De Boë*. Ils intégrèrent ensemble, à quinze ans, la Jeune Garde socialiste d’Ixelles. qu’ils quittèrent pour le Groupe révolutionnaire de Bruxelles, anarchiste.
Raymond fréquenta le milieu libre de Stockel, près de Bruxelles, fondé par un ancien mineur borain, Emile Chapelier*. Il écrivit dans Le Communiste, journal de la communauté, puis dans Le Révolté, journal individualiste belge. C’est à Stockel qu’il s’est initié à la typographie, activité qu’il n’a jamais exercée en dehors d’un cadre militant.
Insoumis, il quitta la Belgique à la fin de l’année 1909 et se rendit en Suisse où il resta un an avant de gagner la France. En 1911, il vécut et travailla au siège de l’anarchie à Romainville, avec l’équipe constituée par Lorulot*. Il y retrouva Jean De Boë, Edouard Carouy* ainsi que des insoumis et des déserteurs français qu’il avait connus en Belgique comme Octave Garnier*. Tous ces camarades s’engagèrent un peu plus tard sur la voie illégaliste, pour certains sans retour possible.
Il quitta l’anarchie à l’automne 1911, peu de temps après l’arrivée de Rirette Maîtrejean* et de Victor Kibaltchiche comme gérants à la suite de Lorulot. Il s’opposait à son ami de jeunesse sur bien des points, le végétarisme, le refus de tout alcool et tout excitant, la place respective de la science et du sentiment dans la théorie politique, et enfin l’illégalisme. Son scientisme exacerbé lui valut le surnom de "Raymond la science".
C’est lui qui, le 27 février 1912, place du Havre à Paris, abattit un agent d’un coup de revolver. Arrêté le 2 avril 1912, il fut condamné, le 28 février 1913, par la cour d’assises de la Seine, à la peine de mort ainsi que ses co-inculpés Soudy*, Monier* et Dieudonné*. Le verdict prononcé, Callemin innocenta Dieudonné, accusé, dans l’affaire de la rue Ordener à Paris du 21 décembre 1911, d’avoir tiré sur l’employé Caby qui prétendait le reconnaître pour son agresseur. Malheureusement cette déposition était trop tardive.
Accusé d’avoir participé, aux côtés de Jules Bonnot* et d’Octave Garnier, à toutes les actions attribuées aux "bandits tragiques". Raymond Caillemin fut guillotiné le 22 avril suivant. Fixant la dizaine de journalistes et de personnalités rassemblés à proximité de la guillotine, il cria à leur adresse : "C’est beau, hein, l’agonie d’un homme !" Avant de mourir, il avait écrit à un de ses amis : « ... Je ne sais pas si je suis anarchiste [...] beaucoup sont dans mon cas. Je suis persuadé que les individus de la rue O. étaient des bonshommes voulant vivre, et c’est tout. » (Lettre à Arthur Mallet du 24 décembre 1912, publiée dans le supplément au n° 4 de L’En Dehors, fin décembre 1922).

SOURCES : Arch. PPo EA140, EA 141 — Mémoires d’un révolutionnaire, Victor Serge — Le Matin, Le Journal ( années 1912-1913)

Jean Maitron, notice complétée par Anne Steiner

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