SENEZ André, Jean, François [dit Morgane A.] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, complété par Guillaume Davranche

Né le 8 octobre 1917 à Paris (Xe arr.), mort le 20 février 1998 en Touraine ; cordonnier ; anarchiste et syndicaliste.

En novembre 1932, à l’âge de 15 ans, André Senez adhéra aux Jeunesses communistes. Il les quitta au moment du Pacte Laval-Staline, en mai 1935, pour rejoindre les Jeunesses anarchistes communistes, liées à l’Union anarchiste (UA). En février 1937, il fut secrétaire du groupe des Jeunesses syndicalistes-anarchistes, affilié à la CGT-SR. Fin 1937 d’après ses souvenirs, il abandonna l’UA et se rapprocha peu à peu de la Fédération anarchiste de langue française (FAF).
En mars 1938 il fonda un Club d’action et d’études anarchistes à Paris 20e, qui se réunissait dans un café de la rue de Ménilmontant.

Au début de l’Occupation, il participa à quelques réunions anarchistes clandestines sans lendemain, autour de Charles Carpentier. Puis, « pour des raisons de sécurité, ayant des policiers zélés aux fesses » selon ses dires, il partit travailler dans une usine de chaussures en Allemagne où il entra en contact avec des militants communistes et socialistes. Il ne revint en France qu’en juillet 1943. En septembre, après avoir rencontré Julien Toublet, il intégra le réseau anarchiste d’Henri Bouyé, actif sur la Région parisienne. Sur le plan professionnel il milita au syndicat de la chaussure où il retrouva d’anciens militants CGTU, puis se fit licencier « pour menaces envers le patron » et « obligé de nouveau de [se] planquer » selon ses souvenirs. Au sein du réseau Bouyé, il collabora à la rédaction de la brochure Les Libertaires et le problème social, publiée en mars 1945.

À la Libération, il adhéra à la Fédération anarchiste (FA). Militant très actif, il était, dit Georges Fontenis, « de tous les meetings, de toutes les manifs dans lesquelles il manie redoutablement une canne dont il ne peut se séparer étant donné son handicap ». Enfant, il avait en effet subi une attaque de poliomyélite mal soignée qui l’avait laissé infirme. Il résidait alors, selon un rapport de police de 1950, au 7, rue de Tourtille, à Paris XXe.

En 1950, il se rendit en Yougoslavie, suite à la rupture Belgrade-Moscou.

En 1952 il quitta la FA et participa aux réunions du groupe Socialisme ou Barbarie. En 1956, il rejoignit l’Alliance ouvrière anarchiste de Raymond Beaulaton. Il était alors également militant CNT.

Dans les années 1960, installé à La Chapelle-Gaugain (Sarthe), il fut membre du groupe FA de Saint-Calais, et de l’Union des groupes anarchistes communistes.

En novembre 1966, il constitua avec Yves-Michel Biget, un éphémère Comité de coordination anarcho-syndicaliste et anarchiste de l’Ouest qui comprenait « 3 ou 4 membres et quelques sympathisants ». Ce groupe publia 3 ou 4 numéros d’un bulletin intitulé Lettre syndicaliste de l’Ouest auquel collaborèrent René Le Clainche* et Louis Laurent.

Le 1er octobre 1967, il participa à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), à une réunion qui décida la formation d’une nouvelle organisation, l’Union fédérale anarchiste (UFA) et la reparution du Libertaire. Il fut alors administrateur du Bulletin anarchiste, qui ne compta que 2 numéros et servit d’organe de liaison à l’UFA avant la relance du Libertaire en janvier 1968.

Après avoir été un des animateurs de l’UFA avec Henri Bouyé et René Le Clainche, André Senez fut entraîné par Georges Fontenis dans la fondation du Mouvement communiste libertaire, puis en 1971 de l’Organisation communiste libertaire dite « 1re manière ». En 1976 il adhéra à l’OCL 2e manière. En 1978 il rejoignit l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL, voir Patrice Spadoni), et fut directeur de publication de son mensuel Tout le pouvoir aux travailleurs, devenu Lutter ! en mai 1982.

En 1981, il fut partisan du vote Mitterrand, même s’il ne croyait pas au « miracle », et il le regretta amèrement, comme il l’expliquera dans un courrier du 7 février 1986 publié dans le journal du CENALIDEP, Initiative n°3 (15 juin 1986). Pour le reste, il se plaignit amèrement que ce journal ait déformé ses propos et l’ait instrumentalisé pour lui faire dire du mal de l’UTCL, comme il s’en expliqua dans une lettre du 21 juillet 1986 à Georges Fontenis.

Il habitait alors Cangey (37).

En 1991, André Senez adhéra à Alternative libertaire, et y resta pendant quelques années.

Retiré en Touraine, il ne se déplaçait plus guère mais poursuivait sa correspondance avec diverses publications. Il était membre de l’Union des athées, du groupe Eugène Bizeau des Libres-penseurs de Touraine et des Groupes de salariés pour l’économie distributive (GSED).

Georges Fontenis rédigea sa nécrologie dans Alternative libertaire de mars 1998, saluant le « frère », le « vieux compagnon du cœur, intraitable et solidaire ». Sa compagne Marguerite était décédée quelques mois avant lui.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154523, notice SENEZ André, Jean, François [dit Morgane A.] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, complété par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 27 avril 2014, dernière modification le 26 janvier 2019.

Par Jean Maitron, complété par Guillaume Davranche

SOURCES : Arch PPo BA/1899. — René Bianco, Un siècle de presse… op. cit. — Bulletin du CIRA Marseille n°23-25, 1985 (témoignage d’André Senez) — Initiative n°3 (15 juin 1986) — lettre à Georges Fontenis du 21 juillet 1986 — Alternative libertaire, mars 1998. — Organise ! n°49, printemps-été 1998. — Julien Loncle, « Histoire d’un courant anarcho-syndicaliste français : la CNT de 1945 à 1995 », mémoire de maîtrise d’histoire, université de Bourgogne, 2002. — Notes Rolf Dupuy

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