PERIER Albert [dit Germinal] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né le 7 août 1897 à Buenos Aires (Argentine), mort à Angers le 25 avril 1970 ; terrassier et ouvrier briqueteur ; communiste puis anarchiste et syndicaliste.

Albert Périer (parfois écrit Perrier) naquit de parents français qui, après un séjour de douze années en République argentine, rentrèrent en 1900 dans leur Périgord natal, aussi pauvres qu’ils l’avaient quitté. Son père travailla comme journalier agricole ; Albert, dès l’âge de dix ans, garda les moutons pour 120 francs par an et une paire de sabots. Quelques années plus tard, tous deux partirent à travers la France, travaillant sur de grands chantiers comme ouvriers terrassiers. Mobilisé le 6 janvier 1916, A. Périer apprit à lire au régiment. Au front il lut régulièrement la Vague. Ce fut pour lui le point de départ de son engagement politique.

Démobilisé le 19 août 1919, il partit pour Nancy en compagnie de sa jeune femme dont la famille, réfugiée du Nord, était repliée en Périgord ; il travailla d’abord comme terrassier puis comme maçon. Périer adhéra au Parti socialiste à l’automne 1919. L’année suivante, il prit part aux grèves du Bâtiment puis, en novembre, gagna le Pas-de-Calais et s’installa à Marles-les-Mines, pays de sa belle-famille dont tous les membres, hommes et femmes, travaillaient à la mine.

En 1921, Périer quitta le Parti socialiste et s’inscrivit au Parti communiste ; il devint secrétaire des Jeunesses communistes ainsi que du syndicat du Bâtiment d’Auchel (Pas-de-Calais). En 1922, il fut délégué au congrès national des Jeunesses communistes qui se tint à Paris. Arrêté à la gare du Nord pour distribution de tracts antimilitaristes, il fut incarcéré à la prison de la Santé puis libéré après trente-six jours de prévention.

Peu de temps après sa libération, Périer fut exclu du Parti communiste, au congrès départemental d’Auchel, sur intervention de L.-O. Frossard. Il donna bientôt son adhésion au groupe libertaire dont l’idéologie et les conceptions de lutte répondaient mieux à sa nature frondeuse et indépendante. Bientôt secrétaire de la Fédération anarchiste du Nord et du Pas-de-Calais, il fut délégué au IVe congrès de l’Union anarchiste (Paris, 12-13 août 1923) ainsi qu’à celui qui eut lieu, également à Paris, du 1er au 3 novembre 1924. Le 27 janvier 1924, lors du congrès anarchiste régional tenu à Lens, il avait été nommé secrétaire du groupe artistique L’Aube nouvelle de Wasquehal. C’est lors de ce congrès qu’il avait été décidé d’éditer un organe régional, Le Combat (Lille-Wasquehal, au moins 13 numéros de mai 1923 à avril 1924) à la fondation duquel il participa. Le journal, sous-titré « organe anarchiste du Nord et du Pas-de-Calais », avait pour administrateurs Achille Vigneron* et Paul Celton* et pour rédacteurs principaux Hoche Meurant*, Paul Thant*, Bridoux et Oscar Descamps*.

Ouvrier briqueteur, Périer travailla sur divers chantiers à la reconstruction de la région ; il assura le secrétariat du comité de défense local du Nord-Pas-de-Calais et prit la responsabilité de l’organisation du comité d’accueil des antifascistes italiens, réfugiés dans la région du Nord (1924-1925). Il était alors (en 1925) membre du groupe Ni Dieu ni Maître de Billy-Montigny (Nord) et collaborait au Libertaire. En 1926, il était toujours secrétaire de l’Union anarchiste pour les départements du Nord et du Pas-de-Calais. La reconstruction terminée, le chômage s’installa dans la région. Périer travailla quelque temps à Clamecy (Nièvre), puis, avec sa famille gagna Périgueux (Dordogne), dont la municipalité était alors communiste. Il organisa en 1931 plusieurs réunions de propagande anarchiste, avec la participation de Sébastien Faure*. Il combattit vivement le Parti communiste, notamment à l’occasion des élections législatives partielles de Bergerac en 1932 où il porta de graves critiques contre le candidat communiste, Loubradou. Cette attitude amena le PC à le dénoncer comme « provocateur » et entraîna une polémique aiguë entre le PC et l’Union départementale confédérée qui soutint Périer. Celui-ci était en effet membre de la CGT et secrétaire du syndicat du Bâtiment à Périgueux ; en août 1932, le congrès régional du Bâtiment l’élut délégué suppléant à la direction de la Fédération.

Bientôt, il fondait « La Ruche », coopérative de production du Bâtiment, dont il assuma la direction. Cette entreprise se spécialisait dans la construction des « maisons Loucheur » ; tous les responsables étaient des militants syndicalistes, de tendances diverses. En 1934, la coopérative occupait soixante-quinze salariés. Le 12 février 1934, Périer fut l’animateur de la grève antifasciste, réplique du 6 février. A Périgueux, la grève fut totale. Cinq mille personnes défilèrent à travers la ville. Des incidents s’étant produits au cours de la soirée, Périer fut inculpé en tant que responsable des manifestations de la journée. Accusé de « violence collective, dégradations diverses », il fut condamné à dix jours de prison avec Bertrand, Lacombe, Rouleau et Perrin. Les cinq condamnés, accompagnés par quelques 400 camarades, se rendirent à la prison où ils furent internés au régime de droit commun. Puis, en appel, à Bordeaux, la peine fut portée à trois mois fermes. Pour obtenir le régime politique, il fit la grève de la faim. Incarcéré le 19 février 1935, il l’obtint le 25.

Le 1er août 1935, il fonda avec P. Lacombe, ex-secrétaire fédéral du PC, un groupement éphémère et il écrivit dans le journal créé à cet effet par ce dernier, la Lutte révolutionnaire, organe des communistes indépendants.

Le 12 août 1936, Périer se rendit en Espagne avec un premier convoi de vivres et d’armes destiné aux camarades catalans de la CNT-FAI, don des comités antifascistes de la région du Sud-Est. Périer s’installa à Puigcerda et, pendant près de trois ans, assura, avec l’aide de Rougier responsable du groupe français, le passage de vivres, mais surtout d’armes, de munitions et de fonds collectés à travers toute la France. Son lieu de passage le plus fréquent était Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales) où il résidait à l’hôtel Salvat ; il y bénéficia longtemps de la complicité des douaniers sympathisants, voire de celle du commissaire de surveillance et de l’intervention bénéfique près du préfet des Pyrénées-Orientales, du député socialiste de Foix, Rosi. Durant les derniers mois de la lutte, il favorisa la fuite de militants menacés par les franquistes et le transport de fonds et de films.

De retour en France, Périer reprit son activité militante. Durant l’Occupation, il entra en relation avec les maquis de la Dordogne ; arrêté, il fut condamné à dix-huit mois de prison.

A la Libération, Périer vint s’établir en Anjou. On l’arrêta pour l’interroger sur les circonstances de son évasion du camp de travail où il avait été interné par le gouvernement de Vichy. Son aide à la Résistance lui valut d’être libéré et, durant quinze ans, Périer dirigea le Centre angevin de formation professionnelle accélérée. Il fut secrétaire du syndicat des techniciens du Bâtiment, membre de la commission administrative de l’UD-CGT puis, après la scission de 1947, de celle de la CGT-Force ouvrière. En mai 1948, il participa à la tentative de regroupement des syndicalistes révolutionnaires dit "manifeste d’Angers" (texte publié dans Le Libertaire, 28 mai 1948) dont il avait été l’un des rédacteurs et signataires avec Alexandre Hébert* (secrétaire de l’UD-FO de Loire-Atlantique), Gaston Hervé (secrétaire de l’UD-FO d’Indre-et-Loire), Lacueille (secrétaire de l’UD-FO du Cher), Patoux (secrétaire de l’UD-FO du Maine-de-Loire) et Thareau (secrétaire de la CNT du Maine-et-Loire). Il fut délégué au congrès de Force ouvrière à plusieurs reprises. En novembre 1949 il participa à la conférence nationale du Cartel d’unité d’action syndicaliste tenu à Paris. Il collabora au Libertaire dans les années cinquante, puis au Monde Libertaire.

Périer prit une part décisive à la formation du CIL paritaire, organisme appelé à promouvoir la construction d’HLM aux meilleurs prix. Il en assura la gestion pendant plusieurs années. Il était par ailleurs membre de la section d’Angers de la Libre pensée et du groupe libertaire de Trélazé (Maine-et-Loire) où il fut conseiller municipal.

Albert Périer est mort à Angers le 25 avril 1970.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154495, notice PERIER Albert [dit Germinal] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 2 mai 2014, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

SOURCES : Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 2387. — Arch. Dép. Dordogne, 1 M 77, 4 M 47, 10 M 22, 10 M 38. — Le Travailleur du Centre-Ouest. — La Dordogne syndicaliste. — Le Peuple de la Dordogne. — Témoignage de l’intéressé auprès de M. Poperen. — Libertaire, 30 janvier 1924, 8 février (article d’A. Prudhommeaux), 22 février et 1 mars 1935, années 1937, 1948 & 1949 — Notes de P. Couchot et F. Colbac.

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