LUCAS [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Anarchiste au centre des événements du 27 mai 1888 au Père-Lachaise

À la fin des années 1880, Lucas appartenait à la Ligue des antipatriotes et prenait assez fréquemment la parole dans les meetings anarchistes à Paris. Son frère, ouvrier mécanicien, avait combattu sous la Commune et, exilé en Belgique, était mort dans la misère peu après l’amnistie.

Le 9 mars 1883, Lucas avait pris part à la manifestation des Invalides au côté de Louise Michel*.

Le 27 mai 1888, en pleine agitation boulangiste, les anarchistes – dont Louise Michel et Eugène Pottier* – commémorèrent la Commune de Paris au côté des blanquistes de la tendance Vaillant (antiboulangiste). Trois drapeaux noirs furent déployés au milieu des drapeaux rouges, dont l’un, porté par Lucas, était frappé de l’inscription « Aux martyrs de Chicago ».

Tandis que l’anarchiste Leboucher*, puis Édouard Vaillant discouraient devant le mur des fédérés, Lucas était grimpé à califourchon sur le mur avec ses camarades Teyssier* et Saunier*, exhibant son drapeau noir du mieux qu’il le pouvait.
A ce moment arriva devant le mur une procession formée de guesdistes et de blanquistes-boulangistes conduits par Rouillon, portant une couronne de fleurs de L’Intransigeant de Rochefort. Une dispute éclata, anarchistes et blanquistes voulant empêcher la couronne de toucher le mur des fédérés. Juchés sur le mur, Lucas, Saunier et Teyssier encourageaient leurs camarades à repousser l’assaut des pro-boulangistes.

Soudain Lucas sortit un revolver et tira trois coups en direction de Rouillon. Ayant manqué sa cible, il lui cria : « Si je te manque aujourd’hui, je ne te raterai pas la prochaine fois ! » Puis il sauta en contrebas du mur, dans le jardin de la villa Godin, au 89 de la rue de Bagnolet. Quand la police arriva, il avait filé bien que, selon le Ça ira du 10 juin 1888, il se soit blessé grièvement dans cette chute de près de 8 mètres.

Rouillon était indemne, mais deux ouvriers blanquistes, blessés par les balles de Lucas, durent être emmenés à l’hôpital dans la panique. Quant à Saunier et Teyssier, restés sur le mur, ils furent mis à bas et rossés par la foule malgré les tentatives d’interposition des militants anarchistes. Dans la confusion, la couronne de L’Intransigeant fut piétinée et jetée par-dessus le mur.

Les anarchistes durent annuler le meeting qu’ils avaient programmé le soir rue des Amandiers. Ils déclarèrent que l’acte de Lucas était « inqualifiable » et s’en désolidarisèrent totalement. Quelques jours plus tard, le Ça ira s’inscrivait en faux contre les rumeurs qui voulait faire de Lucas un fou ou un mouchard. Le journal expliqua simplement que Lucas était « hardi, dévoué, bon camarade » mais d’une instabilité et d’un manque de caractère qui « engageaient tous les camarades à se tenir sur une réserve prudente à son égard ».

Après cet épisode, Lucas devait disparaître de la scène militante.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154472, notice LUCAS [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 2 mai 2014, dernière modification le 2 mai 2014.

Par Guillaume Davranche

SOURCES : Le Matin du 28 mai 1888 — Le Petit Journal du 29 mai 1888 — Le Temps du 29 mai 1888 — le Ça ira du 10 juin 1888 — Charles Chincholle, Les Survivants de la Commune, L. Boulanger éditeur, 1885.

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