LESCALIÉ Jean-Baptiste, Marius

Par Gaston Quinteuil, notice complétée par Daniel Vidal

Né et mort à Nîmes (Gard) : 6 octobre 1866-4 janvier 1928, marié le 6 octobre 1887 à Nîmes à Juliette Marie Marquès, père de deux enfants ; menuisier ; secrétaire du syndicat des cheminots des ateliers P.L.M. , secrétaire des Bourses du Travail d’Alès puis de Nîmes , secrétaire de l’Union départementale du Gard.

Ouvrier menuisier à Nîmes (Gard), Lescalié y fut, en 1893, le fondateur du Groupe d’études sociales révolutionnaire qu’il entraîna au POSR « allemaniste ». Il resta fidèle à son appartenance au POSR, tout en participant, après 1900, à la vie de la fédération autonome, jusqu’à son entrée dans la SFIO en 1905 où il fut porté au bureau de la fédération unifiée. C’est sous l’étiquette du POSR que deux fois il fit acte de candidature : en juillet 1901, il obtint 164 voix pour le conseil d’arr. dans le 3e canton de Nîmes ; en juillet 1904 il en recueillit 244 pour le conseil général dans le canton de Saint-Chaptes.

Mais, comme tout bon militant allemaniste, Lescalié donna une large part de son activité à l’action ouvrière. Il assura tour à tour ou simultanément le secrétariat du syndicat des cheminots – il avait travaillé comme menuisier aux ateliers PLM – et des Bourses du Travail d’Alais et de Nîmes, puis de l’Union départementale des syndicats du Gard.

Militaient à la Bourse du Travail avec Lescalié : à Alais, en février 1908 : Anastasy M., Peyrolles R. ; à Nîmes, en 1908-1911 : Bernard L., Brunet I., Fabre D., Ferrier L. — voir Rey Eug.

Outre cette action en milieu ouvrier, Lescalié s’attacha à défendre les ouvriers agricoles et les vendangeurs du Bas-Gard viticole. Le 10 mars 1904, alors que les ouvriers agricoles des départements voisins, Bouches-du-Rhône et Hérault notamment, avaient mené une grève importante qui leur avait valu de substantiels avantages, et alors qu’ils s’étaient organisés en syndicats, Lescalié lançait un appel aux ouvriers, agricoles du Gard au nom de la Bourse du Travail de Nîmes, puis il parcourait le Bas-Gard, multipliant les réunions et constituant des syndicats. Il s’occupa ensuite des vendangeurs, travailleurs saisonniers venant de la Lozère et de l’Ardèche, exploités par certains offices d’embauchage. Il demanda pour eux un contrat fixant un maximum d’heures de travail, des tarifs à la journée : 5 f pour les porteurs, 2,50 f pour les coupeurs des deux sexes, des conditions acceptables de couchage. Cette action le conduisit à diriger la grande grève des vendangeurs du Gard en septembre 1910 à l’issue de laquelle il entra en conflit avec certains membres du Parti socialiste SFIO, Pastre notamment.

Dans un article écrit le 30 septembre 1910, Lescalié soulignait la primauté du syndicat sur le parti : « La CGT compte dix fois plus d’adhérents que la SFIO et cette dernière a au plus un cinquième de ses membres dans les syndicats ouvriers, soit une infime minorité » ; sa critique de la SFIO allait même beaucoup plus loin lorsqu’il écrivait : « Au congrès socialiste d’Alais, députés, conseillers, militants furent contre ma proposition : nul ne peut être candidat du parti s’il n’est adhérent au syndicat ouvrier de sa profession, exception faite pour les professions libérales. Aux élections municipales, on choisit des non-syndiqués et des syndiqués jeunes. » Alors que cette grève de septembre 1910 avait été menée de bout en bout grâce à la Bourse du Travail de Nîmes, Lescalié accusait le Parti SFIO de vouloir tirer à son profit la victoire et il concluait : « Ah ! si le mouvement agricole avait échoué, on nous en laisserait la paternité ; il y a victoire, on réclame les lauriers ». Une notice policière datée du 30 janvier 1909 le décrit comme "syndicaliste révolutionnaire des plus militants, agent des plus dévoués de la CGT, antimilitariste et anarchiste des plus dangereux, à arrêter".

Les heurts entre Lescalié et la SFIO allaient se poursuivre jusqu’en 1914, notamment à l’occasion de la crise de vie chère des années 1910 à 1912. En 1911, de nombreux incidents se produisirent sur les marchés. Lescalié s’opposa à la municipalité de Nîmes dirigée par des membres du Parti SFIO qui voulaient agir par des meetings et des pétitions, alors que lui, au nom de la Bourse du Travail, réclamait l’action directe, c’est-à-dire des manifestations de rue et sur les marchés. Il engagea les ménagères à se grouper en syndicat pour agir plus efficacement. Il fut entendu et, en septembre 1911, il présidait la réunion où fut officiellement constitué le « syndicat des ménagères de Nîmes » groupant plus de 300 personnes.

Au cours de sa longue carrière militante, Lescalié assista à plusieurs congrès nationaux. Il représenta les Bourses du Travail d’Arles (Bouches-du-Rhône), de Nîmes (Gard) et de Roanne (Loire) au IXe congrès de la Fédération nationale des Bourses du Travail de France et des colonies tenu à Nice (Alpes-Maritimes) du 17 au 21 septembre 1901.

Il assista également aux XVIe, XVIIe et XVIIIe congrès de la CGT : Marseille octobre 1908, Toulouse octobre 1910, Le Havre septembre 1912. À ces deux derniers congrès, il représentait la Bourse du Travail de Nîmes et différents syndicats de cette ville.

Secrétaire de l’Union des syndicats du Gard pendant la guerre, Marius Lescalié s’engagea aux côtés des travailleurs en lutte, fin 1917 et début 1918. Cela lui valut d’être arrêté en mai 1918 à cause de son attitude lors de la grève du bassin minier d’Alès. Remis en liberté en août 1918, il reprit ses activités militantes. Cet ancien syndicaliste révolutionnaire évolua peu à peu, à la suite de la Révolution russe, vers des positions qui devaient l’amener à la CGTU. Il mit son dynamisme au service de son organisation syndicale et le congrès de l’UD-CGTU de mars 1922 lui confia à nouveau la direction de l’organisation qu’il partageait avec L. Gauzy, G. Bolze et Raoul Reynaud. Il fut à l’origine, grâce à ses tournées de propagande, de la création de nombreux syndicats CGTU en 1922 et 1923, notamment à Bessèges (syndicat des métallurgistes et syndicats des mineurs). Il appartenait également au Parti communiste.

Une notice de police datée du 14 novembre 1922 signale qu’il participe aux réunions communistes de Nimes et Alès, et qu’il ne travaille plus, vivant dans sa propriété de la banlieue de Nimes. Marius Lescalié aurait quitté la CGTU courant 1923.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154469, notice LESCALIÉ Jean-Baptiste, Marius par Gaston Quinteuil, notice complétée par Daniel Vidal, version mise en ligne le 1er mai 2014, dernière modification le 22 décembre 2018.

Par Gaston Quinteuil, notice complétée par Daniel Vidal

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 567 et F7/13 602. — Arch. Dép. Gard, 13 M 822 , 15 M 141 et 1M852. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., p. 329. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, op. cit., p. 476.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 307.

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